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24 April 2017 @ 08:01 am
Les ailes de la France  

Dans la hâte désespérée qui prit la IIIe République finissante quand elle se rendit compte de l'ampleur du réarmement Allemand, de grands ingénieurs et de grands entrepreneurs se révélèrent. Dans le domaine crucial de l'aéronautique en particulier, la France eut quelques fulgurances, dont l'issue du conflit ne fait qu'accentuer le sentiment tragique d'occasion gâchée.

C'est ainsi qu'en 1937, pressée par le Ministère de la Guerre, la société Nieuwrout-Delavoisine, basée à Nantes, se lance dans l'aventure aéronautique. Ce modeste industriel, jusque là spécialisé dans les fours tourne-broches électriques destinés à la restauration, va dès lors déployer une activité hors du commun. Il faut dire que l'entreprise compte un ingénieur hors du commun, Gaspard Poulineau, passionné d'aviation depuis toujours, qui va mettre toute sa passion dans un grandiose projet : créer un avion de chasse capable de tenir tête aux appareils de l'Axe.

C'est en février 1939 que le Nieuwrout-Delavoisine 630 vole pour la première fois. D'emblée, un ensemble de solutions innovantes classe l'appereil parmi les plus prometteurs de sa génération. Avec son train tricycle mi-rentrable mi-éjectable, son empennage en W, son aile à profil ultramince, ses instruments de vol en cuprate de bakélite renforcée, issus de l'entreprise Rastacoère, il avait fière allure. Mais il devait surtout beaucoup à l'excellent moteur Troll-et-Loire de 1140 CV, un 15 cylindres en X disposé en étoile autour de deux cames centrales fixes. Les essais confirment les excellentes facultés manœuvrières du ND-630 : capable de décoller court sur des pistes sommaires, il pouvait dépasser les 610 km/h et montait jusqu'à 12500m, une altitude qui ne sera atteinte par la Luftwaffe qu'en 1943. Facile à piloter, intuitif et pardonnant les erreurs, tout en étant maniable, le ND-630 était en outre suffisamment robuste pour répondre aux besoins des opérations.

Devant le succès du programme, l'armée commande aussitôt 450 appareils. Les ateliers tournent alors à plein rendement, on réquisitionne des granges dans les environs pour installer des machines, les ouvriers font des journées de douze heures. Malgré cela, seuls 285 appareils sont livrés le 1e septembre 1939, au déclenchement du conflit. Les aviateurs de la XIII escadrille, les premiers à recevoir la dotation, confirment les qualités manœuvrières du 630, mais relèvent cependant plusieurs défauts, tels que le positionnement non-standard de certains instruments, la tendance au craquèlement de certains éléments de la verrière, et surtout, ils notent l'absence totale d'armement. Ce dernier point retint l'attention de l'Etat-Major, qui craignit alors - avec quelque raison - que ce détail ne rende l'avion vulnérable en combat aérien contre les Messerschmitt BF-109, les Fokke-Wulfe 190, les Heinkel 111, ainsi que certains oiseaux de grande taille.

Aussitôt informé du problème, l'ingénieur Poulineau et ses équipes se remettent au travail. Rappelant les exemplaires déjà livrés, il les équipe en hâte d'un système de tir complexe, permettant de commander l'arsenal embarqué, composé de quatre mitrailleuses Vickers de calibre .303, ainsi que d'un canon de 150mm. Certains s'alarmèrent de ce que ce lourd équipement risquait d'amoindrir les performances de l'avion. Les essais firent taire ces critiques, en effet, aucun des 12 prototypes du Nieuwrout-Delavoisine 630-B ne parvint à décoller, alourdis qu'ils étaient par les 3t du canon et les 800kg d'obus.

La société Nieuwrout-Delavoisine disparut après la guerre, de même du reste que l'ingénieur Poulineau, sans doute quelque peu embarrassé d'avoir reçu, en 1942, la Croix de Fer avec épées et feuilles de chêne de la part du Gauleiter de Paris pour services éminents rendus au Reich.




Hope
 
 
 
(Anonymous) on April 24th, 2017 07:07 am (UTC)
Ce qui est marrant, avec toi, c'est qu'on ne sait jamais vraiment si tu racontes des conneries ou pas.
(Anonymous) on April 24th, 2017 07:40 am (UTC)
C'est aussi le fait que l'Histoire foisonne d'anecdotes presque aussi improbables, et qui pourtant ont bien eu lieu...

Un petit tour sur la page Wikipedia d'Albert Severin Roche permet d'en voir un exemple typique.

FFB
(Anonymous) on April 24th, 2017 04:40 pm (UTC)
C'est là un très beau récit. Je repenserai avec émotion à Poulineau et son ND-630 quand Je jouerai de nouveau à War Thunder, avec des Yaks qui ne peuvent ni tourner ni grimper et des Ilyushins qui se traînent à 20 km/h, prêts à se faire cartonner par tous les autocannons d'en face.

Le Créateur Fou, Aces High.
(Anonymous) on April 24th, 2017 05:17 pm (UTC)
Cette histoire est complètement pas crédible, mais comme elle est bien racontée, j'y crois un peu. C'est dramatique.

Melvas
Wladoushkoï: Mister Wladwl4d on April 25th, 2017 11:11 am (UTC)
"L'entreprise Rastacoère" => "lol, je c pa si c un arcticle sérieu lolilol".

Voilà voilà...