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30 December 2015 @ 07:40 am
Tadam tam tadam tam tadam tadam...  

" Alors en premier lieu, merci John-Patrick pour votre scénario, le board et moi-même l'avons trouvé très intéressant.
- Merci monsieur Mayerbergström, ça me fait très plaisir.
- C'est inventif, rythmé, un vrai film d'action...
- J'ajoute que c'est un honneur que vous m'ayez choisi pour lancer ce reboot de James Bond que tout le monde attend.
- Mais vous le méritez John-Patrick, vous le méritez. Alors bien sûr, c'est un premier jet, hein, évidemment, donc il va falloir quelques petits ajustements, mais on est sur la bonne voie.
- Bien sûr, monsieur Mayerbergström. Quels genres de petits ajustements ?
- Eh bien, le James Bond que vous nous avez décrit est bien dans la ligne de ce que l'on a connu précédemment, et je dirais même, dans la ligne du James Bond de Ian Fleming, je dirais que c'est un James Bond vintage. Mais ce qui est attendu par les fans n'est pas forcément ce vers quoi il faut tendre. Nous sommes au XXIe siècle, voyez-vous, John-Patrick.
- Tout à fait monsieur Mayerbergström.
- Il nous faut un héros qui soit plus dans l'air du temps, un héros plus... comment dirais-je... moins typé... Comment dire...
- Euh...
- Par exemple, essayons de penser "out of the box". Bon, après tout, est-ce que c'est gravé dans le marbre que James Bond est blanc ?
- Pardon ?
- Oui, je veux dire, les aventures d'un trento-quadragénaire blanc, dans un monde d'hommes blancs, se battant contre d'autres hommes blancs... c'est un peu leuco-centriste vous ne trouvez pas ? Ça se comprend, évidemment, dans un univers issu des années 60, mais ce sentier a été déja beaucoup exploré et de nos jours... Outre le fait que des groupes de pression de nature ethnique pourraient s'émouvoir de et état de fait, il ne faut pas sous-estimer l'importance du marché urbain dans l'affluence attendue dans les salles de cinéma, un marché jusque là totalement négligé par la franchise.
- Vous voulez voir un James Bond noir ?
- Dans mon idée, il était plutôt arabe. Mais bien bronzé. Et puis, ça permettrait de présenter le héros dans des situations où il exprimerait sa foi musulmane. On pourrait imaginer une scène dans une mosquée, que sais-je.
- Quoi ?
- Oui, c'est important par les temps qui courent. Il est nécessaire qu'en cette période troublée, où la société est divisée par des tensions tragiques, nous autres, gens de cinéma, tendions la main à une communauté trop souvent stigmatisée. Et puis, ne nous le cachons pas, le monde arabe représente un marché non-négligeable, et jusqu'ici, fort peu prospecté. Mais la raison principale de ces réflexions reste qu'il est temps d'offrir au public issu de l'immigration afro-maghrébine un héros positif qui lui ressemble. Quel plus beau symbole que James Bond, ce dernier personnage de l'époque coloniale.
- Je comprends. Mais j'y songe, ça pose quelques problèmes. Par exemple, James Bond, il boit. Beaucoup.
- Ah oui, là, il devra se passer de son martini.
- Et il couche avec des femmes.
- S'il s'en abstenait, là encore, ça arrangerait bien des choses. De toute façon, avec les groupes féministes qui veillent au grain et qui ont James Bond dans le collimateur - sans mauvais jeu de mot - depuis longtemps, je crains que les galipettes don-juanesques ne soient plus à l'ordre du jour.
- Ah. Mais alors, excusez-moi d'être franc mais... Du coup, est-ce que ça ne fait pas un peu... tapette ?
- Eh bien justement, c'était le point suivant sur lequel je voulais insister. Je crois que James Bond en parangon d'un mode de vie patriarcal et hétérosexuel, c'est quelque chose dont il va falloir faire le deuil. Nous ne sommes plus au moyen-âge, que diable, c'est aujourd'hui tout à fait admis que l'on puisse être incliné vers les personnes de même sexe, et du reste, la communauté LGBTAD jouit, disons-le, d'un pouvoir d'achat supérieur à la moyenne, et présente des habitudes de consommation de biens culturels très supérieures à la population générale. Ça entre en ligne de compte, ça aussi.
- D'accord. Donc, un James Bond qui serait...
- Pourquoi UN ?
- ...
- Je vous vois dubitatif. Ne croyez-vous pas qu'une femme puisse aussi être un personnage d'action ? Ne nous laissons pas limiter par des stéréotypes du passé, je vous prie, out of the box !
- Alors, pour résumer, vous me demandez de créer un James Bond qui serait une lesbienne arabe.
- Je comprends, c'est un challenge.
- Ah oui.
- Mais n'oubliez pas que la fortune sourit aux audacieux. Oh, et puis il faudrait qu'elle soit dans la tranche d'âge senior. Ce qui aurait deux avantages : d'une part on raccroche le public qui a vu et aimé les premiers James Bond, et deuxièmement, ça justifie qu'elle se déplace en fauteuil roulant. Ah oui, j'ai oublié, on a un contrat de branding avec une marque de fauteuils roulants.
- Êh ?
- Allons, ne faites pas cette tête, je suis sûr qu'il n'y a que quelques paragraphes à changer.
- Mais est-ce qu'au moins, elle est au service secret de Sa Majesté ?
- Ben... oui, dans l'idéal. Enfin, ça fait folklorique. Mais je ne vous cacherai pas que si elle travaillait plutôt pour les Chinois, ce serait plus dans l'air du temps. On prévoit une sortie sur 800 écrans en RPC, vous comprenez.
- James Bond travaille pour les services secrets Chinois ?
- Qui vous parle de services secrets ? Non, on va faire quelque chose de moins vulgaire, moins violent, plus lisse. Tenez, un drame psychologique sur les tourments d'une femme au crépuscule de sa vie, souffrant des tourments de son grand âge, et se remémorant avec nostalgie les amours de sa jeunesse, interdites par le poids d'une tradition religieuse patriarcale.
- Ah. Ok. C'est votre argent. Et pour l'Aston ?
- Faites à votre guise. Je ne vais pas vous apprendre votre métier. Allez, merci John-Patrick, et continuez comme ça hein. "
 
 
 
dnafactory on December 30th, 2015 07:45 am (UTC)
Copieur
Gaiman l'a déja raconté celle là.
Pas avec James Bond, mais avec Sandman (même si il a romancé le truc) :
The Goldfish Pool and Other Stories
(Anonymous) on December 30th, 2015 09:00 am (UTC)
Re: Copieur
Ouaip. Dur de faire toujours du neuf.
(Anonymous) on December 30th, 2015 09:31 am (UTC)
Re: Copieur
"Ce qui a été, c'est ce qui sera, et ce qui s'est fait, c'est ce qui se fera, il n'y a rien de nouveau sous le soleil. S'il est une chose dont on dise: Vois ceci, c'est nouveau! cette chose existait déjà dans les siècles qui nous ont précédés". (Ecclesiaste 1:9)
(Anonymous) on December 30th, 2015 04:21 pm (UTC)
Re: Copieur
L'histoire en question était inspirée de faits réels : les producteurs voulaient adapter Anansi Boys avec un casting entièrement blanc. C'est souvent dans ce sens que ça se passe d'ailleurs : Hollywood cherche plus à protéger la représentation des hommes blancs hétéro que les lesbiennes chinoises musulmanes handicapées.

Athreeren
(Anonymous) on December 30th, 2015 11:16 am (UTC)
Au vu des deux denriers James Bond, je dirais que c'est plutôt l'inverse qui se passe à Hollywood.

Kyp.
(Anonymous) on December 30th, 2015 07:53 pm (UTC)
Euh, la lesbienne arabe handicapée du troisième âge, on pourrait pas en faire un transexuel tant qu'on y est ? Parce qu'il y a de la discrimination, là.
Et oui, que ça plaise ou non, l'avenir de la télé, c'est le cosby show. Ca tombe bien je voulais arrêter. La télé, pas le cosby show. Je n'ai jamais vu un cosby show.

Mel Gibson