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06 April 2016 @ 06:56 am
Historiographie  
Parmi les nombreuses figures qui émaillent l'histoire glorieuse de la renaissance Italienne, il en est une, tragique et singulière, qui se distingue particulièrement : celle du Tintoresitto.

Né Nicolo Darrelli dans une obscure famille de fondeurs de seiches, celui que l'on surnommait tout petit "Dimebaggio", monta bien jeune à Vérone pour y suivre sa vocation. Toutefois, ne trouvant à se faire engager chez aucun pizzaiolo de renom, il dut se rabattre sur l'atelier du peintre Fra Minusculo, le maître de la technique du smerdato. De ses toiles de jeunesse, il ne reste rien, si ce n'est des soupçons de collaboration avec son mentor sur "La passion de Saint Joseph" ou "L'apocalypse aux rochers". Selon la légende, Fra Minusculo le congédie vivement en s'apercevant que son apprenti l'avait dépassé, toutefois, cette histoire est remise en cause par la découverte des documents comptables de la mise sous séquestre de l'atelier l'année du départ du Tintoresitto, suivi de l'incarcération du maître pour dette de jeu.

Arrivé à Venise, invité chez un ami, le Tintoresitto se lance dans le portrait de cour, peignant successivement le Doge Balbiniano Balbininani, le Cardinal Vetustini, la Révérende-Mère Jessichetta Atreidi et la courtisane Fiora Del Casto. Il se taille un certain succès dans la bonne société de la Sérénissime, qui s'amuse à tenter de reconnaître quel portrait correspond à quel personnage, tant la ressemblance est stupéfiante par son inexistence. Hélas, de cette période, ne reste aucun tableau, il semble en effet qu'ils aient tous été emportés par l'inondation de 1518.

Chassé par la peste, il trouve refuge à Rome, où le Pape Innocent XXIII lui confie le prestigieux chantier du plafond de la Chapelle Sixtine. Hélas, au moment de débuter les travaux, il y trouve Michel-Ange affairé depuis un bon moment à ce même ouvrage. Après un échange houleux, ils constatent qu'il y a une méprise dans le contrat, et que ce n'est pas la Chapelle Sixtine qui est dévolue au Tintoresitto, mais la bien plus modeste Chapelle Seventine, qui la jouxte. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, il se lance dans une version réduite de son "Jean-Baptiste triomphant des Philistins". Cette œuvre majeure, hélas réduite en poussière par le tremblement de terre de 1630, fut décrite par les contemporains comme "c'est dans quel sens que ça se regarde ?"

Atteint de syphilis, le Tintoresitto part se faire soigner à Florence où, sous l'égide de Laurent de Medicis, dit "le Mimoyen" (que l'on ne confondra pas avec son cousin "le magnifique"), il va s'atteler à la construction d'une statue équestre monumentale de son commanditaire, un colosse de bronze de près d'un mètre de haut, hélas disparu trois ans plus tard lorsqu'il fallut le fondre pour fabriquer des canons.

Quelque peu dépité, il part à Milan proposer ses talents aux Sforza, qui lui confient la décoration du réfectoire du couvent de Santa Maria delle Grazie. Il y dépeint une agréable bacchanale dans un décor bucolique et champêtre, décrite par le Prieur comme "mais qu'est-ce que c'est que ces putes la foune à l'air ?" On mandate en urgence un scribouillard Florentin pour repeindre à la va-vite, par-dessus, un quelconque sujet biblique, avant que les moines ne meurent de priapisme. C'en est trop pour le pauvre Tintoresitto qui, humilié, mourra peu après, livrant au monde ces dernières paroles pleines de sagesse : " e va fan culo, stronze ".

Ainsi donc, celui que Vasari, dans Le Vite de' più eccellenti pittori, scultori, ed architettori, évoque en ces termes " Ah oui, et puis il y avait aussi ce mec, là... ", aurait pu finir dans l'oubli des hommes si, obstiné mais persévérant, son historiographe Aspexplorini n'en avait fait un panégyrique émouvant, probablement destiné à attirer quelque chaland à la vente aux enchères des biens personnels du maître.


L'annonciation des mages à Saint Michel de Padoue
Attribué à un type qui se réclamait de l'école du Tintoresitto
v. 1531 - Musée des Offices, Florence
(réserves)
 
 
 
Wladoushkoï: Mister Wladwl4d on April 6th, 2016 05:36 am (UTC)
Mort de rire du début à la fin !
(Anonymous) on April 6th, 2016 03:58 pm (UTC)
Ah! Ah! ça ne m'étonne pas de toi, Wlad. Tu aimes rire, n'est-ce pas? et tu as raison! C'est bon pour la santé.

Blagman(jour couché)
Wladoushkoï: Mister Wladwl4d on April 7th, 2016 05:58 am (UTC)
C'est lui, l'inventeur du Can't Draw Shit ?
(Anonymous) on April 7th, 2016 09:46 am (UTC)
La peinture prophétique Tesoro tra gli italiani e gli austriachi, c'est Tintoresitto ou Caporesitto?

Le Créateur Fou, un maltais dans la brume (ce n'est pas sale).