?

Log in

 
 
23 April 2016 @ 08:51 am
Je suis un gros Buffon  
J'avais écrit voici pas mal d'années ce petit embryon de texte ma foi assez marrant, mais qui n'a jamais servi :

Il n'est dans l'univers de fait plus stupéfiant que l'infinie diversité de la vie. Une goutte d'eau provenant d'une mare, une infime goutte semblable à tand de milliards d'autres gouttes, se révèle sous l'objectif d'un microscope grouillant d'une vie prolifique et complexe, de multiples micro-organismes s'échangeant sucres et protéines en un complexe jeu de qui-mange-qui. Que la goutte s'assèche, et c'est un univers qui s'écroule peu à peu, une tragédie antique qui se livre à votre regard, une civilisation qui s'évanouit, ne laissant que d'infimes traces sur une plaquette de verre. Une telle profusion défie à elle seule l'imagination et les il faudrait sans doute des vies entières de chercheurs, des mètres de rayonnages dans les bibliothèques universitaires et des centaines de thésards pour faire un tour à peu près exaustif de cette écologie, pourtant infime. Nombreuses sont dans l'univers les planètes où la vie a trouvé son chemin, et partout, elle a fleuri, s'est diversifiée et a produit ces arabesques fractales infiniment ramifiées que sont les écosystèmes.

Partout sauf sur Eonia qui, à la grande surprise des naturalistes, n'a engendré que cinq formes de vie.

L'essentiel de la biomasse y était représentée par une sorte de lichen noir et gluant encombrant les marécages, les berges des rivières et les littoraux les moins tourmentés. Ce végétal vivait d'eau, de soleil et des excréments des autres formes de vie.

Un animalcule articulé que l'on pourrait décrire comme une grosse mouche bipède pondait ses oeufs dans le lichen. Les oeufs éclosaient en asticots blafards, grandissaient en mangeant le lichen, se mettaient en pupe, puis devenaient à leur tour des mouches qui allaient se reproduire comme leurs parents au détriment du lichen.

A moins qu'ils ne fussent dévorés par une bestiole du genre de la musaraigne, qui vivait sur le lichen et mangeait les oeufs et occasionnellement les mouches. C'était la musaraigne à mouche.

Une autre variété de musaraigne mangeait tout ce qui était mort, qu'il s'agisse de mouche, de lichen ou de musaraigne, des deux espèces.

Enfin, il y avait les Eoniens proprement dits, seule espèce intelligente.

Sur cette planète sans grand relief, ils avaient développé une culture que l'on pourrait qualifier de succincte. Pour s'en convaincre, il suffit de considérer la cuisine Eonienne, qui comportait en tout et pour tout huit plats :

- Le lichen cru.
- Le lichen aux mouches.
- La musaraigne à mouche sur son lit de lichen.
- Le délice aux deux musaraignes et au lichen.
- La musaraigne à mouche aux mouches et au lichen.
- L'omelette d'oeufs de musaraigne et ses lichens.
- La musaraigne charognarde farcie au lichen et aux mouches.
- Le sublime d'asticots et sa salade surprise.

Et parmi tous les arts, sciences et techniques pratiqués par les Eoniens, la cuisine était de loin la discipline la plus créativement développée. Il faut dire qu'Eonia étant une planète humide et dépourvue de forêts, on n'y trouvait guère de carburant, si l'on exceptait une sorte de charbon composé de couches de lichens, de mouches et de diverses bestioles tombées au fond de la mer et fossilisées il y a des millions d'années. Du coup, compte-tenu du peu d'ingrédients disponibles et de l'impossibilité qu'il y avait à les cuire, vous conviendrez aisément qu'il n'y avait pas de quoi concurrencer le Grand Véfour.
La guerre était aussi inconcevable à l'âme Eonienne que la biochimie des méduses pouvait l'être à la quiche lorraine moyenne, toutefois, ces créatures avaient toujours su défendre farouchement l'indépendance de leur planète grâce à deux dispositions astucieuses : en premier lieu, Eonia était scrupuleusemsent dépourvue de toute ressource valant qu'on la pille. Et ensuite, c'était la planète la plus déprimante de la galaxie. Mais déprimante à un point, mes amis, on a du mal à se l'imaginer sans l'avoir visitée. Si morne et sans intérêt, en fait, que seul un génie littéraire tel que Gr"xnphiõn de Xhb'ul, le fameux poête Colostomien qui y avait incidemment fait escale, avait pu en rendre la laideur de l'infinie désolation, la platitude du paysage, la spongiosité des sols, l'uniforme gris des nuages et l'apathie des habitants dans son célèbre "Conte Inachevé d'Eonia". Inachevé car le Colostomien s'était pendu trois semaines après son arrivée.

Thanks for your attention,
here is a sexy fludentri


 
 
 
Jrmie LussiezRPGWanderer on April 23rd, 2016 09:44 am (UTC)
J'ai beaucoup aimé :)
(Anonymous) on April 23rd, 2016 11:25 am (UTC)
En effet, c'est plutôt sympa.

Kyp.
(Anonymous) on April 23rd, 2016 12:21 pm (UTC)
Tu nous manques, Asp.
(Anonymous) on April 23rd, 2016 12:37 pm (UTC)
C'est très bon ! Tu devrais écrire !

Athreeren
(Anonymous) on April 23rd, 2016 04:58 pm (UTC)
Tout ça me donne fort envie de voir un nouveau chapitre des Cretinous space sauvageons. Ce genre d'écriture me manque.

Quoi qu'il en soit, merci pour ce petit moment de bonheur.
(Anonymous) on April 24th, 2016 12:33 am (UTC)
ça me rappelle d'excellents souvenirs...

Merci en tout cas