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Make America great again


Des fois, je suis un peu déprimé, j'ai une mauvaise journée au boulot, j'ai mal aux lombaires, tout ça, mais je n'en suis pas tout à fait aux dernières extrémités (écouter "no rain, no rainbow"). Alors, pour me démélancoliser un peu, je vais sur Youtube et je me passe des vidéos de la soirée électorale américaine du 8 novembre dernier. Bien sûr, l'aspect réjouissant de l'affaire, c'est de voir la déconfiture progressive de ces connards de journalistes en plastique dont le brushing s'effondre à mesure que les Etats rougissent. Et à chaque fois, je suis frappé de la différence entre le QG de Trump et celui d'Hillary.

Les supporters de Trump sont dans une sorte de hall d'hôtel, le genre d'endroit qu'on loue pour une convention de dentistes du Minnesota. Ce sont pour la plupart des hommes d'une quarantaine d'années, casquette rouge sur le crâne, debout, entassés car ils sont nombreux dans un lieu finalement assez exigu, ils donnent l'impression de passer une bonne soirée entre amis. De toute évidence, il s'agit des cadres de la campagne de Trump, les gens qui ont œuvré depuis des mois à servir leur candidat, et qui se voient récompensés par cette opportunité d'assister à l'histoire qui se fait.

En face, il y a l'immense hall loué par Hillary Clinton. Les gens sont assis, et sans doute sont-ils vertement chapitrés par la sécurité s'ils font mine de bouger. Apparemment, il y a eu des consignes pour inviter les gens, ce n'est pas n'importe qui qu'on voit dans les travées. Les supporters invités dans la salle sont majoritairement jeunes, pour beaucoup des femmes, en grande partie "ethniques". Chacun est bien reconnaissable dans la minorité qu'il est supposé représenter, on suppose que les personnes qui ont vraiment mouillé la chemise pour soutenir Clinton sont reléguées quelque part, dans un couloir, là où les caméras ne peuvent pas les voir. Et puis, il y a cette salle, immense, ce terminal d'aéroport recouvert d'un immense plafond de verre. Et là, on comprend que le lieu aussi a fait l'objet d'un casting. "Ce soir, nous avons brisé le plafond de verre !", était sans doute supposée dire Hillary lors de son discours victorieux, c'était juste pour ça, pour un message, une image, un mot foireux, un autre concept creux de politicien professionnel.

Ça ne marche plus. L’ingénierie politique ne suffit plus à berner les peuples, et c'est plutôt réjouissant. Hillary était une mauvaise candidate. Il suffisait d'ailleurs de se souvenir qu'en 2008, elle avait perdu les primaires contre Obama. Faut-il être un piètre politicien pour perdre contre un noir qui s'appelle Barack Hussein Obama dans un pays comme les USA ? Mais non, il fallait absolument qu'Hillary soit présidente. C'était écrit, c'était son destin, c'était son tour, alors le parti démocrate l'a soutenue et les media ont embrayé. Une vieille femme, manifestement malade, portée à bout de bras par une classe politique condamnée, poursuivant un rêve enterré depuis longtemps. Toute la couche de peinture rutilante n'a pas suffi à masquer que la voiture était pourrie.

Les artifices de langage, les symboliques fumeuses, les polémiques artificielles, ça n'a de sens que pour les inclus de la mondialisation heureuse. Pas pour des gens qui doivent se loger, se nourrir, se vêtir et payer leurs soins dentaires avec mille euros par mois. Quand vous crevez la dalle et qu'on vient vous dire, la gueule enfarinée, que l'Amérique va mieux que bien, on peut comprendre une certaine exaspération. Quand vous devez vous soigner aux herbes faute d'assurance et qu'on vous explique que le principal problème de l'Amérique, c'est qu'il n'y a pas assez de toilettes unisexe pour respecter la sensibilité des personnes transgenres-e-s, ça peut foutre les boules, c'est normal.

Et puis, il faut aussi se demander pourquoi les minorités n'ont pas tant que ça voté démocrate. Peut-être la réponse est-elle, aussi, dans ce casting grotesque et millimétré. A entendre glapir les journalistes le lendemain du vote, l'enjeu était d'avoir "enfin une femme présidente". Mais bordel de merde, on ne choisit pas un chef d'état sur son nombre de couilles ! La caissière de chez Walmart se fout de savoir que madame Clinton soit une femme comme elle, ce qu'elle veut, c'est avoir une opportunité de quitter son boulot de merde pour faire quelque chose de mieux. Si Juan Ramirez, de Miami, a voté Trump comme un tiers des latinos, ce n'est pas parce que les saillies du candidat républicain l'amusent follement. C'est parce qu'il n'a pas passé les quinze dernières années à trimer comme un âne à monter un petit business et à acquérir la citoyenneté pour se faire piquer son petit bout de rêve américain par un quelconque Paco Sanchez, ou un Ali ben Zigouigoui, ou un Omar Diouf. Les minorités, qu'elles fussent raciales, religieuses ou sexuelles, on a bien fini par comprendre que c'était un attrape-gogos, c'est prendre les gens pour des cons. Un ouvrier noir a plus d'intérêt commun à défendre avec un ouvrier blanc qu'avec un avocat d'affaire noir, fut-il devenu Président des Etats-Unis. Et c'est ça la politique : se mettre ensemble avec les gens qui partagent vos intérêts pour les défendre.

Clinton est morte et c'est bien fait pour sa gueule. C'est une politicienne d'un autre siècle. Le meilleur a gagné, God bless America.

Tags: vive sarkozy
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