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Battleships


Tout comme les dirigeables à enveloppe rigide, les cuirassés furent une des plus glorieuses, et pourtant lamentables, pages de l'histoire de l'ingénierie humaine.

Ces navires de taille inhabituelle étaient des plate-formes d'armement mobiles. Rien de plus simple que de monter des canons sur un bateau. Un jour, quelqu'un eut l'idée débarrasser les navires de leurs mâts pour les mouvoir à la vapeur. Du coup, il devenait possible de nantir les bateaux de guerre de tourelles, ce qui avait l'avantage de découpler la direction du navire avec la direction du tir. On perfectionna le système en garnissant les flancs du navire de plaques d'acier capable de dévier les boulets, puis d'encaisser les obus.

Et là, on arrive au nœud du problème. Pour qu'un cuirassé en touche un autre, il fallait que celui-ci fut à portée de tir. Cette portée dépendait avant tout du calibre du canon. C'était primordial que le canon soit le plus gros possible, car entre un navire qui tire à 10km et un autre qui tire à 12km, la différence est énorme. En effet, le capitaine du navire "à 12" avait tout le temps d'ajuster son tir, le temps que le minus habens s'approche. 2km, à 30 noeuds, ça se parcourt en deux minutes, soit le temps d'envoyer quelques salves. Et s'il n'est trop con, le capitaine du navire à gros canons va manœuvrer pour garder son adversaire dans la zone adéquate le plus longtemps possible. Bref, un modeste avantage de portée se traduisait, sur mer, par un gros avantage de létalité.

Sauf que pour emporter un gros canon, il faut un gros bateau. Si le bateau est gros, il va coûter cher, et sa perte sera signifiante, autant donc l'éviter en blindant le navire autant que possible. Ce qui rendait le navire encore plus lourd et cher, et plus lent, or la vitesse avait aussi son intérêt. Donc il fallait des moteurs puissants et modernes, ce qui finissait de rendre le cuirassé particulièrement onéreux.

Au début du XXe siècle, le système avait enfanté des monstruosités qui grévaient sévèrement le budget des nations industrielles. Et pour quel résultat ? Les cuirassés, trop lourds, trop chers, trop emblématiques de leurs pays respectifs, sortirent rarement de leurs ports d'attache durant les guerres, et les amiraux se refusaient souvent à les envoyer au combat. Du coup, les véritables batailles navales pour lesquelles ils avaient été conçus eurent rarement lieu. Dans la pratique, il n'y en eut que deux :
- La bataille de Tsushima, où la flotte Japonaise envoya par le fond celle de la Russie tsariste en 1905
- La bataille du Jutland, en 1916, où la Royal Navy affronta la kriegsmarine lors d'une empoignade à l'issue confuse
Dans le premier cas, le lamentable état de la flotte Russe, qui venait de traverser toutes les mers du monde dans de bien mauvaises conditions pour affronter une marine impériale toute neuve et en pleine forme, explique l'aspect définitif de l'épisode. Dans le second, on notera qu'aucun cuirassé ne fut coulé au cours de la bataille.

Durant l'entre-deux guerres, on perfectionna l'avion et le sous-marin, et on inventa le porte-avions. Apparemment, il n'avait pas frappé les stratèges de l'époque que ce dernier avait un énorme avantage sur un cuirassé. Un canon de marine de belle taille avait une portée d'une quarantaine de kilomètres. Un avion avait une portée de plusieurs centaines de kilomètres.

Les anglais furent les premiers à profiter de ce détail lors du second conflit mondial. En 1940, alors que l'Italie se montrait menaçante en Méditerranée, la Royal Navy monta un assaut à l'aide du peu de forces dont elle disposait : un porte-avion garni de biplans avec des torpilles. Ceci se solda par trois cuirassés hors-service au fond du port de Tarente, et la fin des ambitions navales de Mussolini. Cette modeste opération au résultat spectaculaire inspira fort l'amirauté Japonaise, qui la réitéra sur une plus grande échelle à Pearl Harbor.

Le reste de la guerre fut un calvaire pour les grands cuirassés. Si le Bismarck parvint à couler le Hood, il fut envoyé au fond de l'océan par, encore une fois, une torpille lancée d'un avion, lui-même provenant d'un porte-avion. Le Tirpitz reçut la visite de vagues et de vagues de bombardiers avant de finalement sombrer à la fin de la guerre. Le Yamato et le Musashi, les plus grands cuirassés de l'histoire, furent eux aussi victimes d'essaims de bombardiers. A ceci il faut rajouter la menace des sous-marins, le cuirassé était décidément une arme obsolète, pour autant qu'elle fut jamais pertinente.

Le dernier cuirassé, le Missouri, partit à la retraite en 1992. Voici comment on opérait le bousin qu'était la tourelle principale. Comme vous l'explique Troy McClure, il en fallait, des bonshommes, pour opérer une tourelle.


Sinon, pour info, vu que ces engins étaient des boîtes en fer avec un minimum d'ouvertures, dès que l'un d'entre eux coulait, il emportait avec lui la majorité de son équipage, qui n'avait pas le temps ou pas la capacité de s'enfuir. Il n'y eut que 280 survivants du Yamato sur près de 3000 marins, 114 sur les 2200 du Bismarck, etc... Historiquement, les cuirassés ont donc principalement tué leurs propres équipages.




Oui, parce qu'il faut se figurer que Babymetal,
c'est encore plus cinglé quand c'est au Japon.
Tags: belles histoires
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