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Je suis un devin

Suis-je un prophète ? Suis-je inspiré de visions ? Mon esprit a-t-il acquis une telle acuité que ce que je crois être mon imagination soit en fait une profonde connaissance de l'univers ? Au début de "la Catin", vous vous souvenez peut-être que je décris un congrès de parløj. Et certains mauvais esprit ont pu croire faussement que ça faisait référence à l'espéranto, alors que dans mon esprit, je vous l'assure, pas du tout. Eh bien récemment, je suis tombé par hasard sur les photos d'un vrai congrès d'espérantistes qui s'était tenu à Roubaix ou dans je ne sais quel trou paumé dans ce genre. Eh, franchement :

Le texte :

Un tonnerre d’applaudissements accueillit cette brillante conquête, à la grande satisfaction du président du Comito Rurâlos Parløjos, qui rosissait d’orgueil. Enfin, un tonnerre d’applaudissements, ce n’était pas tout à fait vrai. Pour qu’il y ai un tonnerre d’applaudissements, il aurait fallu qu’il y ai foule, mais l’élégante salle du Théâtre de la Palestre Marie-Boule n’était remplie qu’au tiers. Ce qui bien sûr n’empêcherait pas les organisateurs du troisième Congrès Mondial de Parløj (Čongresso Mondialos Parløjos) d’annoncer dans leur organe interne, le « Parløjam Libèrouskij », le grand succès de la manifestation, qui témoignait de la vigoureuse santé du parløj et de son prochain avènement en tant que vecteur de communication parmi les hommes.

et plus loin...

Tout ça pour expliquer que deux cent vingt ans après l’invention du parløj, il n’était toujours parlé que par deux pelés et trois tondus. L’essentiel de l’assistance était fourni par un assortiment de dadames élégantes, bien en chair et d’un certain âge, du genre de celles qui ont des petits chiens, pas de problèmes d’argent et beaucoup de temps libre. Et ça ne faisait pas l’affaire d’Ange Parsimoni.

et encore...

Aurait-on entretenu correctement le Théâtre de la Palestre Marie-Boule qu’il se serait agi du plus beau théâtre de Baentcher. Bien situé dans le quartier des Palissades, un des plus animés de la ville, sa prétentieuse façade de stuc rose ornée d’atlantes et de cariatides avait jadis attiré entre ses murs tout ce que la région comptait d’amateurs d’art dramatique. C’était ici que le célèbre Sigismond de Clairobscur avait créé le rôle d’Inceste dans « le Médecin imaginaire », et l’on se souvenait encore de la polémique qui avait défrayé la chronique lorsqu’on avait donné « Accroche-toi au dromadaire, je retire le palanquin », le chef-d’œuvre de Brodelius. Plus près de nous, on avait encore assisté en ces lieux chargés d’histoire au « Gymnocéphale aquatique » de Colimnophère, le « Fongoïde déliquescent » d’Elasmosaurus, les « Trois fistules bulleuses du sicaire fuligineux » de Felix Stromatolithe ou à la fameuse « Comédie de l’éromène farceur » de Jambion Silacoïde.
Mais cet âge d’or appartenait au passé, les atlantes arboraient maintenant des pectoraux craquelés, et les cariatides s’étaient reconverties en pleureuses. La façade n’était pas décrépite, elle était lépreuse. Et à l’intérieur, tout était à l’avenant. Les fauteuils n’étaient plus même bons à faire du bois de chauffe, tant ils étaient vermoulus, la scène était complétée ça et là de tréteaux, tant et si bien que les rares comédiens qui s’y produisaient devaient justifier avant le spectacle d’une expérience en tant qu’acrobate, le toit fuyait tant qu’en toute logique, il aurait dû à l’autre bout de la Terre, et il y avait longtemps que personne n’avait poussé les portes des loges pour faire les rideaux, de peur de déclencher l’ire vengeresse de l’écosystème couinant qui s’y était développé à la faveur des ténèbres humides.


enfin...

Par rapport à la tour, le lac était situé à l’exact opposé du bois où ils avaient laissé leur carriole. Donc, une fois arrivés sur la rive, ils durent décrire une large courbe de contournement parmi les collines broussailleuses et les traîtres cailloux, transis de froid dans leurs vêtements trempés – car même au printemps, le vent nocturne est frais dans la région. La manœuvre était tactiquement hasardeuse, toutefois ils ne furent pas rejoints par les parløphones, d’une part parce que ceux-ci avaient perdu leur chef, et d’autre part parce que, comme je l’ai déjà signalé, cette secte comptait principalement parmi ses membres des veuves aisées entre deux âges, des professeurs bedonnants et autres variétés d’oisifs sédentaires qui avaient en commun d’avoir du temps à perdre et guère de goût pour l’exercice physique.

Et maintenant, comparez avec les photos :


Le théâtre de la Palestre Marie-Boule tel qu'en lui-même



Roulez, jeunesse (en l'occurrence, c'est plutôt Lucien)


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Tags: espéranto
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