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La catin de Baentcher II - Chapitre 2

Chapitre 2 : Qu’est devenue Vertu ?



« Messieurs, un peu d’attention je vous prie. Je sais que beaucoup d’entre vous ont le but étrange de laisser leur nom dans l’histoire d’une manière ou d’une autre. Ne niez pas, je connais les hommes. Mais sachez que rares sont ceux qui réussissent. En fait, il n’est que trois races d’hommes qui parviennent jamais à changer l’histoire du monde par leurs actions. La première race, c’est celle des génies inspirés, des êtres supérieurs, des hommes que les dieux auront doté d’un talent exceptionnel, et qu’ils auront utilisé à bon escient. La seconde race, c’est celle des chefs, des leaders charismatiques qui, poussés par leur propre ambition ou motivés par une cause quelconque, parviennent à lever des foules de fidèles. La troisième race, c’est ceux qui possèdent un arc et qui savent faire ça. »
L’archère se détourna vivement de ses auditeurs, extirpa une flèche de carquois de cuir, l’encocha dans la corde de soie et la tira à une vitesse ahurissante. Le projectile suivit une course de cinquante pas avant de traverser une pastèque qui, plantée sur un poteau, figurait la tête d’une malheureuse victime.
Il y avait quatre ans que Nilbor Demi-Elfe, l’ancien maître-archer, avait connu un trépas aussi regrettable que naturel (1) en allant courir l’aventure avec des compagnons douteux. La Guilde des Lames Nocturnes, que certaines mauvaises langues continuaient à appeler « guilde des voleurs de Baentcher », avait alors racheté sa salle, par l’entremise d’un homme de paille, afin que les vauriens puissent continuer à s’entraîner entre gens « du milieu ». Vertu n’était pas seule à y dispenser des cours, néanmoins, son adresse croissante et son sens pédagogique, ainsi que le fait qu’elle soit une des rares femmes de l’organisation à porter le titre de voleuse, lui valaient une clientèle fidèle. Ce qui ne l’empêchait pas, de temps en temps, de faire une petite démonstration autosatisfaite aux jeunes recrues, histoire de bien montrer qui était le maître et pourquoi.
En quatre ans, elle n’avait pas chômé, Vertu. Bien sûr, elle avait travaillé son habileté à l’arc, mais elle s’était aperçu que cette arme n’était d’aucun secours à courte portée, et malheureusement, c’est là que se déroulent la majorité des combats. Elle avait donc étudié avec une belle énergie l’art de l’escrime, se spécialisant plus particulièrement dans la combinaison rapière – gauchère. Outre ses activités sportives, sa connaissance des lois, règlements et droits coutumiers lui avait permis de sauver la tête de quelques compagnons influents, voire de les sortir de prison. On comprend que cela ai pu lui valoir de solides amitiés dans la guilde. Elle avait aussi, à diverses occasions, rejoint des bandes éphémères de forbans pour dérober de l’or aux bourgeois ou pour faire la carambole, et avait prouvé sa valeur à ses camarades. Bien sûr, lorsque l’occasion se présentait, elle faisait de petits coups toute seule, soutirant des bourses sur les marchés, ou se glissant par les soupiraux des maisonnées endormies pour voir ce qu’il y a sous les manteaux de cheminée, mais elle faisait ça plus par jeu que par besoin, elle avait maintenant quelques moyens. En fait, sa réputation parmi les Lames Nocturnes commençait à se faire, de telle sorte que malgré son jeune âge, on venait de lui confier la responsabilité d’un groupe de malfrats.
Ah, bien sûr, ce n’était pas la dream team de la cambriole. Mais on y reviendra.
Adonc, ce soir là, Vertu faisait son numéro devant un petit groupe de clients béats, principalement des béjaunes. En effet, la salle d’armes n’accueillait pas que des voleurs dans ses rangs, loin de là. Il y avait aussi une grande quantité de miliciens du guet venus se frotter à la canaille sous le prétexte qu’il faut côtoyer ses ennemis pour les tenir à l’œil, et puis aussi, l’inévitable clientèle des tout-venants, les gars du coin, les amateurs du quartier, les bourgeois, les petits cons, les employés qui profitaient des facilités de leur comité d’entreprise, en un mot, les caves.
Elle prodigua donc un cours d’initiation à l’arc court, répondant avec une patience angélique aux questions les plus sottes qui lui étaient posées, s’abaissant au niveau de ses élèves pour les convaincre que le maniement de l’arc était facile – car s’ils avaient eu la moindre notion de la complexité de cet art, s’ils avaient ne serait-ce que l’intuition de la manière dont la flèche contourne le bois et ondule sur sa trajectoire, s’ils avaient connaissance des efforts qu’il faut déployer pour arriver à un niveau vaguement correct, ils se seraient enfui pour faire de la poterie ou de la danse folklorique, et n’auraient certes pas versé leur obole à la salle ainsi qu’à sa personne.
Puis, elle se retira pour prendre après une bonne douche dans le vestiaire moite et sombre, nue parmi les corps féminins ruisselants d’eau et de sueur, offerte sans retenue au jet bouillonnant...
Euh... bref, tel n’est pas le propos de notre récit. Elle chaussa ses longues bottes de cavalière qui gainaient de cuir noir jusqu’à mi-cuisse ses longues jambes fuselées, son élégant pourpoint noir et argent ajusté à ses mesures, dont les ferrures étaient autant de petites lames du meilleur acier, son manteau gris en fourrure de loup à la doublure garnie de petites outres de poison, son chapeau triangulaire gris et noir, alourdi par deux couteaux de jet, enfila son ceinturon déjà chargé de ses deux armes, puis s’admira avec satisfaction dans le grand miroir du vestiaire. Vraiment, il n’y avait pas à dire, quel contraste il y avait entre cette élégante et libre dame de Baentcher et la petite souillon crasseuse qui se vendait à trois sous pour ne pas crever de faim, il y a seulement quelques années, dans les mauvais quartiers de la ville.
Néanmoins, quelque chose n’allait pas. Quelle était ce sentiment d’incomplétude qui la prenait soudain ? D’où venait cette sensation glacée qui la prenait aux tripes ? Soudain, elle fut prise d’une compréhension tardive.
Elle ôta ses longues bottes de cuir noir et mit un pantalon.


(1) Pour celui qui a la curieuse habitude d’emmerder les succubes, se prendre un poignard entre les omoplates peut être considéré comme une mort naturelle.
Tags: la catin de baentcher
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