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Le cri du neutron cosmique le soir au dessus des jonques

Il y a longtemps, très longtemps, à la fin des années 70, dans un très lointain pays appelé Italie, se pratiquait encore l'art noble et ancien du cinéma. Certes, les beaux esprits évoqueront ici les mânes de Fellini, Rossellini, Pasolini, Viscontini et autres invertini crypto-marxistes qu'il est bon de louer dans les cercles bobos rive-gauche-caviar entre deux lignes de coke. Mais ce n'est pas de ceci qu'il est question ici. Moi je vous parle du vrai cinéma, celui que les vrais gens vont vraiment voir dans des vraies salles en faisant la queue sous la pluie et en payant leur place avec de l'argent à eux. En ces temps là, l'industrie italienne du cinéma était basé sur un principe sain et limpide qui avait fait sa vigoureuse santé : on s'enquiert de ce qui marche aux USA, et on en fait une pâle copie avec trois lires et deux acteurs ricains de seconde zone venus en Europe financer leur cure de désintox au Betty Ford Center.

Et il se trouve qu'en 1979, il n'était pas besoin d'avoir un diplôme de l'Ecole Nationale Supérieure des Marketeurs à Cravate pour avoir une petite idée de ce qui marchait au cinéma. Il suffit d'ailleurs de cinq secondes de générique pour que n'importe quel spectateur moyennement cinéphile devine quelle muse a inspiré les producteurs de "Starcrash", réalisé par le navrant Luigi Cozzi : on y voit en effet, sur fond d'étoiles, un texte déroulant exposant le début de l'histoire. Et là on se dit : "Eh bé, ça va pas être triste".

" Au-delà des temps, la vie existait aux confins de l’univers. Des
galaxies entières prospéraient sous le règne bienveillant
de l’Empereur des étoiles. Jusqu’au jour où le féroce
Zarth Arn, qui régnait sur les étoiles maudites,
découvrit l’arme absolue, capable de dominer
les esprits. L’Empereur, informé de l’accès
de mégalomanie de Zarth Arn, chargea une
frégate spaciale d’enquêter sur ses projets.
La frégate fut détruite. Zarth Arn, qui se
crut invincible et entreprit la conquête
de la galaxie. Des étoiles maudites aux
confins de l’univers, Zarth Arn répend
terreur et destruction. L’heure arrive
enfin de s’opposer à son délire de
domination. "


(déroulant tiré du site "nanarland", l'orthographe très spétiale vient du film)



On découvre alors nos deux compères, Akton et Stella Star (qui donne d'ailleurs son nom à une version américaine du film, "The Adventures of Stella Star", ce qui en dit long sur le charisme de son compagnon). Akton est un bellâtre - enfin, il fait semblant - orné de boucles blondes lui donnant un faux air de David Hasselhoff époque K2000, mais attention, ce n'est pas David Hasselhoff, c'est un certain Marjoe Gortner (non, ce n'est pas le nom du personnage, c'est le nom de l'acteur) ! Le fait que ce ne soit pas David Hasselhoff a d'ailleurs son importance un peu plus loin dans le film. Akton est doté de pouvoirs d'origine inconnue et d'étendue indéterminée (et comme de juste, la suite du film ne donnera aucun éclaircissement sur ces curieux phénomènes). A ses côtés, Stella Star, interprétée par Caroline Munro, qui est "le meilleur pilote de la galaxie" (dixit l'empereur de la galaxie, c'est du sérieux). La preuve qu'elle est le meilleur pilote de la galaxie, elle est capable d'éviter un neutron cosmique (ça ressemble à un gros globule vert, comme toutes les planètes du film). En quoi le port de tenues de vol format bikin en latex noir améliore-t-il l'habileté du pilote ? Cette question non plus ne trouve hélas pas de réponse, j'encourage toutefois les spectageurs virils à tenter de percer ce mystère par un visionnage image par image des scènes où apparaît cette personne, qui est le principal intérêt du film (pour résumer, c'est une ex-James Bond girl).


click to... enlarge...


L'histoire commence par une bataille spatiale (pardon, spaciale) assez confuse, se déroulant sur fond d'étoiles. Notez que dans cette galaxie, il n'y a pas un seul coin de l'espace qui ne soit littéralement moucheté de planètes et de nébuleuses. Admirez aussi les effets spéciaux roulés à la main sous les aisselles par des prisonniers politiques Albanais (nous étions à l'époque du regretté Enver Hoxha). Une mention particulière au maquettiste, monsieur Paolo Zeccara : tout au long du film, il nous donne à contempler des vaisseaux spatiaux (pardon, spasiaux) de toute beauté, à côté desquels le glorieux "Liberator" du capitaine Lamar passerait pour parfaitement plausible du point de vue astronautique (pour les plus jeunes, rappelons que le "Liberator" était fabriqué à partir d'une chaudière...). Ces merveilleux engins sont des maquettes filmées en flou avec un éclairage violent pour qu'on ne voie pas trop les points de colle, et constituées de morceaux de maquettes en plastique achetées dans le commerce. Certes, ce film n'est pas le premier à employer ce procédé. Les cinéphiles se souviennent que sur les flancs des destroyers impériaux de Star Wars par exemple, on peut clairement distinguer des canots de sauvatage provenant de croiseurs de la seconde guerre mondiale. Cependant, Starcrash est à ma connaissance le seul film où les maquettistes ne se sont même pas donné la peine de découper les éléments avant de les assembler ! En observant la Cité Impériale, on peut voir des planches entières de fuselages d'avion encore soigneusement attachés sur leurs petites papattes en plastique, comme si on venait de les sortir de la boîte.

Bref, après diverse péripéties sans intérêt ni grande logique, nos deux compères se retrouvent flanqués d'un robot du nom d'Elias s'exprimant, en VF, avec la voix de Dark Vador, et d'un chauve vert-de-gris que dès qu'on le voit, on se dit "tiens, un fourbe". Tout ça pour aller courser l'ignoble Comte Zarth Arn à l'autre bout de l'univers et, le cas échéant, sauver le fils unique de l'empereur de la galaxie.

Cap sur la zone des planètes hostiles ! Caroline Munro (qui a changé de bikini) fait finement remarquer qu'en navigation classique, il faudrait des mois pour y arriver, mais que grâce à l'hyperespace, ça ne leur prendra que quelques minutes. Visiblement, elle est la première à y penser, ce n'est pas pour rien qu'elle est le meilleur pilote de la galaxie. Ils arrivent donc sur zone en un tournemain et commencent leurs explorations en visitant trois planètes :

- Sur la planète des amazones, Caroline Munro et son robot sont confrontés à la reine, qui est vendue à l'ignoble Comte Zarth Arn. Après un pugilat intéressant - car les amazones sont en bikini - le robot est mis hors d'état de nuire et Caroline Munro est capturée. Notons ici une petite faiblesse du film : dans une telle situation, on aurait pu légitimement s'attendre à une séance de bondage, voire à quelques tortures bien senties. Ici, hélas, le robot se relève (personne n'ayant eu l'idée de vérifier qu'il était bien déglingué) et s'enfuit avec la cruche en prenant la reine en otage. Nos compères se retrouvent alors sur la plage. La reine des amazones, que le robot a relâché dans un accès de stupidité parfaitement raccord avec le reste du film, envoie alors son arme secrète, un robot de trente mètres de haut armé d'une épée. Un truc pour ceux qui sont allés pisser à ce moment là et se lamentent d'avoir loupé cette scène d'anthologie : il y a exactement la même dans "Jason et les Argonautes", à ceci près que Ray Harryhausen n'a visiblement pas prêté son talent à l'animation du colosse.



- Sur la planète des glaces, Crucruche et son robot (qui était joué par son mari dans la vie, soit dit en passant) font un peu de tourisme. Par un inexplicable souci de réalisme, Caroline Munro s'est rhabillée pour sortir dans la neige, puisqu'elle porte une combinaison totalement couvrante. Hélas ! Elle ne la quittera plus de tout le film... Il faut dire que la planète des glaces est particulièrement caillante, la nuit, la température baisse de mille degrés (les thermodynamiciens apprécieront l'exploit). Et malheureusement, Stella et monsieur Munro vont être obligés de passer la nuit dehors, vu que l'ignoble Zarth Arn a (surprise!) perverti le verdâtre à crâne chauve qui, après avoir assommé Akton, a pris le contrôle du vaisseau. Ou en tout cas, il essaye, car l'ordinateur de bord, un énorme cerveau jaune-vert, l'en empêche par des manoeuvres dilatoires. Juste le temps qu'Akton se réveille et lui fasse manger sa mère. Moyennant quoi, Cruchette passe la nuit dehors (par 700 degrès en dessous du zéro absolu, si vous suivez bien), mais survit grâce à son copain robot. Et là vous vous dites "trop minable, il a tout repompé sur le début de "l'Empire contre-attaque", le gars Cozzi. Sauf qu'en fait, ce serait plutôt Lucas qui aurait pompé sur Cozzi, puisque Starcrash est antérieur ! Ou bien alors, Cozzi est un précurseur de génie. C'est un des plus grands mystères du cinéma...

- Troisième planète, celle des hommes-singes. Errant dans les cavernes, leur robot démonté, les Stella et Akton sont sauvés des griffes des abominables simiens par un jeune homme portant un masque. Il l'enlève, le masque. Et là, on découvre David Hasselhoff ! Non, pas Marjoe Gortner, je parle bien du vrai, de l'unique David Hasselhoff, celui d'Alerte à Malibou ! Bon, c'est David Hasselhoff jeune fille, mais c'est bien lui, venu en terre transalpine payer sa cure. On apprend avec stupéfaction que c'est lui le capitaine du vaisseau qu'ils recherchent. Il va le dire ? Il va le dire ? Non, il ne va pas le dire tout de suite, qu'il est aussi le fils unique de l'Empereur de la Galaxie. En tout cas, ils ne sont pas loin de la base du fielleux comte Machin, alors tant qu'à faire, ils infiltrent, et se font coincer par l'ignoble en personne, et ses golems (deux robots très laids animés avec les pieds par un paraplégique). Que ferait Obiwan Kenobi dans une telle situation ? Il sortirait bien sûr son sabre laser et trancherait les droïdes en rondelles. Que fait Akton dans cette situation ? Eh bien je vous le donne en mille : IL SORT SON SABRE LASER. Mais Force nous est de constater que pas bien doué un padawan il a dû être, car s'il détruit l'un des robots, il est blessé au bras par le suivant. C'est le prince Delu, David Hasselhoff quoi, qui s'empare alors de l'arme noble d'une époque plus civilisée et finit le boulot. Oui, vous avez bien lu, DAVID HASSELHOFF AVEC UN SABRE LASER ! Vous en avez rêvé... ben, non en fait, mais il l'a fait quand même. Et là, scène pathétique, Akton meurt dans les bras de la cruche. Oui, mesdames et messieurs, l'immortel assorti de pouvoirs surhumains décède d'une blessure au bras !



J'épiloguerai bien sur la fin du film, mais je crois que vous avez un bon aperçu et je m'en voudrais de vous dévoiler le dénouement poignant de ce drame psychologique. J'en profiterai donc pour vous dire quand même un mot de la musique. En fouillant sur internet, on s'aperçoit avec stupéfaction qu'elle est de John Barry, qui est un compositeur quelque peu renommé. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, elle n'est donc pas de Maurice Otis ou de John Mac Rouxetcombaluzier. Et c'est TOUJOURS la même petite ritournelle qui nous passe en boucle dans les oreilles, que ce soit dans les scènes dramatiques, de comédie ou de combat.

Il y a tant d'aspects merveilleux dans ce film inépuisable que je pourrais en écrire encore quelques pages - rien que l'Emprereur de la Galaxie, payé pour essayer tous les moyens de s'asseoir sur un trône, mériterait un bon paragraphe. Pour prendre un point de comparaison, je dirais qu'il est inférieur en grotesquerie au célèbre "Doc Savage" de 1974, mais qu'il compense par les intentions sous-jacentes. Car si Doc Savage est risible par nature (on ne sait pas qui, ni quoi, ni comment, mais ce film est un foutage de gueule intégral), on sent qu'il y a derrière Starcrash des professionnels du divertissement animés par la volonté de faire un vrai film, volonté qui a tout simplement tourné en eau de boudin.

Bref, un film à voir absolument, pour Caroline Munro en bikini, pour David Hasselhoff en jedi du pauvre, pour ses combats au laser peints à la main sur la pellicule, et surtout parce que ça ne dure qu'1h25.

Tags: art
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