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Dieu existe-t-il ?

" Vodka, Gennadi ?
- Vodkaaaaaaa Youri ! Vodka ! "
Il y avait une chaude ambiance dans l'antonov de la compagnie Uralski Heavy Freight Service. Les trois hommes d'équipage, il est vrai, se connaissaient depuis toujours. Certes, à une époque, le capitaine Youri Zangdiev, le copilote Sacha Pavlovitch et le mécanicien Gennadi Popov avaient été de jeunes et brillants officiers de l'Union Soviétique, des braves à l'âme bien trempée et au patriotisme chevillé au corps. Mais le temps passe, les empires s'écroulent, et parfois, emportent avec eux les rêves de grandeur des hommes. Ainsi, nos trois compères, jadis si fiers de desservir les bases isolées de la Sibérie Orientale, en étaient maintenant réduits à faire des livraisons de matériel lourd pour des compagnies occidentales pleines de fric. Un derrick ici, un bulldozer là, une caisse de matériel agricole ailleurs...
Ils avaient pris de la bedaine ces vingt dernières années, les héros du communisme, et leurs épouses aussi d'ailleurs, néanmoins, elles leur manquaient diablement. Cela faisait des jours qu'ils naviguaient d'un aéroport à l'autre, de Dubaï à Mumbaï, de Kyoto à Quito, de Benares à Los Angeles... Certes, ils avaient pu récemment rentrer en Russie, la bonne vieille Russie, mais c'était pour visiter l'une de ces satanées bases du fin fond de la Sibérie, une base ex-militaire qui avait récemment connu un bref regain d'activité.
En effet, on venait de mettre au jour dans la région un spécimen tout à fait singulier de proboscidien, congelé depuis 12 000 ans dans le permafrost, une bête énorme et entièrement conservée ! La nouvelle avait fait le tour du monde. Le problème, c'est que la Russie, toujours impécunieuse, n'avait ni les moyens, ni l'envie de garder ce spécimen sur son territoire, aussi l'Académie des Sciences avait-elle décidé de vendre cet exceptionnel témoignage de la préhistoire au musée de Tampa (Floride), moyennant quelques millions de dollars fort bienvenus. Ah, c'était le genre de choses qui déplaisaient à nos camarades, mais que voulez-vous, les temps changent, et nécessité fait loi.
Bien que la précieuse cargaison fut enfermée dans un container isotherme géant, on avait donc pris soin de réfrigérer la carlingue de l’antonov, de peur que le fossile ne dégèle. Du coup, et bien que l’on survolât les côtes de l’ouest de la France à altitude moyenne, nos braves aviateurs avaient plutôt froid, ce qui justifiaient qu’ils combattissent l’inclémence du climat avec les armes qu’avait forgé la tradition Russe millénaire, et auxquelles ces slaves farouches se remettent volontiers et sans réserve dès que le besoin s’en fait sentir.
« Vodka ! Vodka ! Ah ah ah !
- Youri, tonneau youri !
- Oh oh oh ! Tonneau ? Tonneau Sacha ! »
Youri inclina alors l'avion sur la droite, et fit un tonneau remarquablement exécuté, car si l’alcool avait quelque peu émoussé son bon sens, ses qualités de pilote étaient intactes.
« Tonneau, ah ah ah ! Balalaïka !
- Youri, looping Youri !
- Looping ? Niet looping !
- Looping ! Looping !
- Niet niet niet !
- Youri, tapetsky ? Tapetskaya Youri !
- Niet tapetsky !
- Looping Youri !
- Da, da, looping !
- Vodka ! »
L’antonov piqua alors du nez pour prendre de la vitesse, puis Youri tira sur le manche comme un sourd pour redresser l’appareil de vingt degrés, trente, cinquante, soixante... Un claquement se fit alors entendre, suivi d’un roulement et d’un fracas de tous les diables. Les chaînes retenant le lourd container venaient de lâcher, la cargaison avait alors dévalé le plancher à roues de l’appareil, jusqu’à heurter la porte arrière, qui s’était arrachée sous le choc. Il bascula alors dans le vide. Nos trois compères se regardèrent en silence, puis se remirent sagement en palier.

Jean-René Bilbon se demandait pourquoi la « Vendée Libérée » l’envoyait toujours, lui, interviewer les doux dingues, illuminés et autres insensés si pittoresques qui encombraient les campagne. Sans doute parce que son rédacteur en chef ne l’aimait pas beaucoup. Enfin, pour une fois, il n’avait pas pu se tromper de destination, la salle des fêtes de Moutiers-les-Mauxfaits était le seul bâtiment du hameau qui ne fut pas une ferme. Qu’on organise un congrès mondial de quelque chose dans ce trou du cul du monde était, il est vrai, assez singulier, mais pas autant que la personnalité du drôle de zozo qui l’avait organisé.
« Et donc, monsieur Masson, vous me dites que le congrès est un succès.
- En effet, plus de 25 espérantistes venus de plus de 3 pays différents sont venus ici, à Moutiers, pour faire part de leurs initiatives pour promouvoir l’espéranto dans le monde.
- Remarquable. Et vous dites que votre cause avance.
- En effet, très bientôt, l’espéranto sera la langue commune en Europe, et un peu plus tard, dans le monde entier.
- Mais l’anglais a pris pas mal d’avance en ce domaine, vous ne croyez pas ? Eh, qu’est-ce qu’il y a, vous faites un malaise ?
- Non, c’est rien. Il y a des mots que j’ai du mal à supporter. En tout cas je suis formel, d’ici vingt ans, le monde entier parlera espéranto.
- C’est difficile à croire.
- Quoi ? Mais je vous l’assure ! Tenez, vous fais-je l’effet d’un fou ? Non, eh bien je vous le dis, si dans vingt ans l’espéranto n’a pas été déclaré au moins langue officielle en Europe, je veux bien être écrasé sur le champ par un mammouth volant ! »
Tags: textes divers
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