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La catin II - livre III - Chapitre 6

Chapitre 6. Fight for of survive



Inutile de dire qu’ils ne perdirent pas de temps à se rechausser, et filèrent retrouver leurs compères et leurs armes sans demander leur reste. Ceux-ci, alarmés par les craquements et hurlements de la bête furieuse, avaient déjà pris des dispositions, la Princesse en arrière, l’esprit en alerte et la dague pas très loin de la main, le docteur à ses côtés pour former une dernière ligne de défense à l’aide d’un gros bâton, Toudot en première ligne, équipé de sa longue épée, d’un bouclier rond et d’un casque Bardite, et Dizuiteurtrente s’esquivant parmi les ombres, prêt à prendre l’ennemi en traître. La princesse lança son glaive et sa gauchère à Corbin, qui les saisit au vol avant de flanquer Toudot, Ange le dépassa et, en deuxième ligne, s’empara de l’arc de Vertu, bien qu’il n’eut jamais fait montre d’une grande compétence avec ce type d’arme.
De peu engageantes volutes de vapeur s’insinuèrent entre les lianes basses, un écran de fumée dissimulait l’approche de l’ennemi. Une odeur infecte frappa alors les narines de nos héros tandis que le bruit se rapprochait inexorablement, mêlant les sons d’une reptation chaotique à une bruyante et profonde respiration. Hélas, par instant, des fragments de la chose étaient discernables derrière le brumeux paravent. Un amas abominable de chair rose et mouvante, à la surface sans cesse renouvelée, un ennemi informe. Parfois, un œil pervers scrutait ses ennemis, l’œil rond, dément, d’une chimère insane.
La lente approche de la bête était éprouvante pour les nerfs, et bientôt, Ange n’y tint plus. Une flèche plus puissante qu’il ne l’aurait voulu partit en sifflant vers l’horreur rampante et se ficha dans la chair tremblotante avec un bruit mou, suivi d’un horrible hurlement. Avant qu’il n’ai eu le temps d’encocher une seconde flèche, le monstre lança son attaque. Sortant un pseudopode de ses volutes protectrices, il transféra prestement sa masse à l’extérieur, tout en se constituant deux tentacules massifs qui claquèrent dans l’air avant de partir à l’assaut de ses proies. Ses deux yeux roulant dans leurs orbites, d’une manière presque comique, et sa grande bouche édentée évoquant un sphincter étaient les seuls éléments fixes de sa physionomie.
Les deux fouets se détendirent en direction de Toudot et Corbin, ce dernier esquiva de justesse, portant au passage une estafilade à la chair répugnante. Toudot, pour sa part, se protégea derrière son bouclier, dégagea rudement le tentacule musculeux et frappa de toutes ses forces pour le trancher, mais c’était sans compter sur la rapidité du monstre qui avait habilement incurvé son membre pour que le coup l’éviter. Il repoussa à son tour le bouclier de Toudot ainsi que celui qui le portait, le faisant rouler à terre. Une flèche d’Ange visant – sans les atteindre - les yeux du monstre vint cependant troubler son attaque, ce qui permit au guerrier de se dégager. Le tentacule s’était rétracté, puis il se détendit à nouveau pour former une boucle, un lasso destiné à circonvenir le guerrier de Pthath. Pendant ce temps, Corbin parvenait tant bien que mal à éviter les étreintes de son tentacule, lui infligeant des dégâts mineurs. Hélas, il nota que les plaies se refermaient aussitôt qu’elles étaient ouvertes. Observant ce phénomène, la Princesse eut une idée : elle arrêta le geste d’Ange qui s’apprêtait à lancer une nouvelle flèche, et prodigua à celle-ci un sortilège de sa connaissance. C’était chose malaisée que de lancer une incantation au milieu d’un tel combat, à proximité immédiate d’un monstre hideux dont on entendait le vacarme derrière soi, mais en aventurière quelque peu expérimentée, elle parvint à accomplir sa tâche. La flèche, jusque là parfaitement ordinaire, se teinta de noir et de filets rouges dansant sur toute sa longueur. Lorsque le voleur put reprendre son tir, il visa soigneusement, attendit que la masse de l’ennemi fut à peu près immobilisée, et lâcha enfin son projectile avec douceur, comme dans un rêve. Dès qu’elle eut dépassé le bois de l’arc, elle s’enflamma et fila en un ronflement d’apocalypse, laissant derrière elle un sillage incandescent de flammèches blanches. Elle frappa l’horreur en dessous de la bouche, là où les humains ont un cou, et explosa en enflammant tout l’avant de son corps frémissant. Il poussa un hoquet, se redressa jusqu’à porter sa hauteur à celle de deux hommes, puis s’abattit avec violence sur le sol. Nos compères n’eurent toutefois pas le temps de fêter leur victoire : loin de périr brûlé, l’affreuse bête se roulait dans l’humus frais afin d’éteindre le feu qui le rongeait. Afin d’éviter toute attaque par derrière, il émit un énorme bourrelet de chair par la partie arrière de sa personne, qui se transforma en une sorte de lourd marteau au bout d’un tentacule haut de deux pas, qui balayait l’air autour de lui en moulinets menaçants.
Quenessy ne perdit pas son temps à admirer le résultat de son sortilège, elle entama aussitôt l’enchantement d’une deuxième flèche, blanche celle-là. Lorsqu’elle quitta l’arc d’Ange, elle se mit à crépiter d’énergie, puis fit beaucoup d’effet au monstre qui se redressait pour attaquer : une violente décharge électrique se propagea depuis le point d’impact, provoquant des spasmes incontrôlables et vraisemblablement douloureux chez le métamorphe, qui se mit alors à prendre les formes les plus diverses et les plus saugrenues. Il recula enfin, comprenant qu’il avait sous-estimé la résistance de ses proies. Voulait-il fuir, ou bien gagner du temps pour panser ses blessures ? Toujours est-il qu’après avoir reculé de quelques longueurs de son corps mouvant, perdant au passage quelques gros bubons de sa substance infecte, il y eut un sinistre craquement, des feuilles et des brindilles se mirent à pleuvoir, suivies d’une ombre énorme. Il releva la « tête ». Il n’eut que le temps d’apercevoir une branche énorme tombait dessus depuis les frondaisons, une branche pourrie que Dizuiteurtrente avait délogée à son passage. Ecrasé sous la masse végétale, presque coupé en deux, l’horreur protéiforme tenta de se dégager par une débauche de contorsions puissantes, mais ses efforts furent réduits à néant par la prompte arrivée de la princesse Quenessy qui, voyant les effets de l’électricité sur la bête, toucha de ses mains entourée d’un puissant sortilège la surface répugnante du monstre, y imprimant une puissante décharge d’énergie. A nouveau, des spasmes horribles parcoururent la bête agonisante, que Toudot, Dizuiteurtrente et Corbin achevèrent avec dégoût en bûcheronnant le titan amorphe jusqu’à ce qu’il n’en reste aucun bout qui fut plus gros qu’une tête humaine.
« Ah, s’exclama le docteur, que Hazam me foudroie si j’ai jamais vu bête aussi répugnante. Qu’est-ce que c’était ?
- On comptait un peu sur votre science pour nous éclairer, docteur, répondit Dizuiteurtrente.
- J’ai beau me creuser la cervelle, dit Toudot, je n’ai jamais rien vu de tel, ni jamais entendu parler.
- Regardez ça ! S’exclama soudain Ange (qui fidèle à son habitude, profitait de ce que ses compagnons discutaient stérilement pour détrousser les cadavres). Voyez, j’ai trouvé ça dans les restes du monstre. »
Ça, c’était un grand couteau au manche de cuivre et à la lame d’obsidienne, une arme ornée de glyphes hideux autant qu’abscons, dont aucun de nos héros n’avait jamais ru d’exemplaire.
« C’est très intéressant, nota le docteur, ceci témoigne du fait qu’il y a des êtres humains sur ce continent. N’est-ce pas réconfortant de savoir que nous avons des frères dans les parages ?
- Je préfèrerai qu’ils soient un peu moins dans les parages et un peu moins nombreux, dit alors Toudot en tirant son épée. »
Car une vingtaine d’hommes venaient de sortir des bois dans le plus grand silence, formant un grand arc de cercle. Ils avaient la peau cuivrée, pour autant qu’on puisse en juger dans la pénombre de la jungle, et n’étaient vêtus chacun que d’un pagne tressé, de bandes d’étoffe rouge serrées autour des cuisses et des biceps, de bracelets cliquetants de pierreries et de lourds colliers formant quasiment un pectoral. L’un d’eux, sans doute le chef, se singularisait par une coiffe extravagante à cinq grandes plumes bariolées. Tous étaient tatoués de motifs géométriques complexes et avançaient sans montrer de peur, armés d’une lance, d’un bouclier de paille ovale et d’un coutelas semblable à celui qu’ils venaient de découvrir.
Toudot examina froidement les options qui se présentaient. Il y avait la fuite, mais ces hommes les rattraperaient facilement, ils étaient sur leur terrain. Il était aussi possible de se battre, avec d’ailleurs quelques chances de réussir car ils disposaient d’un armement supérieur et d’une magicienne, mais c’est fort hasardeux.
« Je pense que la meilleure chose à faire, c’est de nous rendre. Nous ne savons de toute façon pas où aller, ces gens vont sans doute nous conduire à un quelconque village, nous en apprendrons plus à ce moment là. »

La silhouette blanche s’effondra enfin dans la poussière, au pied des collines pelées qui annonçaient les premiers contreforts de la grande cordillère. Comme tant d’autres créatures avant elle, la bête venait de découvrir qu’au-delà du désert de la soif, il n’y a point d’eau. Comme tant d’autres créatures, elle venait de s’effondrer, sa volonté brisée par le désespoir. Le grand condor, qui suivait depuis des heures la démarche titubante de ce malheureux bipède, observa la scène avec satisfaction, mais sans haine. Un bon repas en perspective. Par sécurité, il allait attendre un peu, conservant son altitude en jouant habilement des puissants tourbillons ascendants qui remontaient de la plaine surchauffée. Ah, mais le soleil déclinait déjà ! Bientôt, les bêtes terrestres allaient sortir de leurs terriers, les chacals, les pumas, toutes ces créatures qui, à n’en pas douter, n’allaient sûrement pas lui laisser les beaux morceaux sous prétexte qu’il avait vu la proie le premier.
Sa religion faite, le grand condor fondit sur sa proie, et se posa à proximité. Il aimait bien ce genre de situation, car le terrain étant parfaitement dégagé, il ne craignait pas l’attaque d’un prédateur. Il se posa à quelques mètres et observa le petit tas de chair enveloppé dans une étrange peau agitée par le vent. Ça ne bougeait pas. Ça sentait bon la sueur et la peur. Il se rapprocha en se dandinant, jetant des coups d’œil à droite et à gauche. Il se pencha au-dessus de l’animal et en estima la taille. Il s’approcha encore un peu, poussa du bec un membre qui traînait par terre, inerte. Il considéra le tronc affalé sur le sol desséché, qu’une faible respiration soulevait encore. Il picora un peu en divers endroits, faisant perler ici et là de minuscules fleurs de sang. Tout ceci était bien appétissant.
Soudain, la créature se retourna, saisit le cou du grand condor et le plaqua au sol. L’oiseau comprit alors qu’il avait été piégé, et que dans le grand jeu de la chaîne alimentaire, il avait mal estimé la place qu’il occupait par rapport à cette créature. Il se débattit, avec toute l’énergie que mettent les bêtes sauvages lorsqu’il est question pour elles de survivre, mais bien qu’il fut épuisé et blessé de maintes façons, le bipède fut le plus fort.
Et alors, le grand condor comprit que ce n’était pas à sa chair que l’autre en voulait, ce n’était pas aussi simple. Il sentit ses forces l’abandonner, ou plutôt, lui être arrachées. Un désespoir sans fond saisit le volatile lorsqu’il comprit que, par quelque procédé qu’il ne comprenait pas, on buvait sa vie, on absorbait son essence vitale, la substance même de son être.
Un hurlement déchirant résonna dans la plaine désertique.
Encore troublée par l’ivresse que confère la noire sorcellerie de la Déesse Noire, Vertu se redressa. Elle avait recouvré quelques forces, pas assez à son goût. Le noir enseignement de Jaffar avait enfin trouvé quelque utilité dans cet endroit maudit. Elle se retint toutefois de triompher. Sa soif et sa faim étaient en partie étanchées maintenant, mais elle savait qu’elles reviendraient, ces sinistres compagnes des expéditions désastreuses. Ce n’était qu’une question de temps, il lui fallait de l’eau.
De l’eau, il y en avait forcément. Ce grand oiseau devait bien boire quelque chose pour rester en vie. Ses proies aussi. Une idée lui vint alors, l’enseignement de Jaffar allait encore être utile. Car le jour où elle avait appris le Drain de Vie, son mentor lui avait inculqué un autre sortilège qui, sur le coup, ne lui avait pas semblé d’une grande utilité. Ah, si seulement elle avait prêté plus d’attention à ce qu’il avait raconté... Elle essaya tout de même, priant pour que Nyshra se montre clémente avec sa distraite servante.
Elle ramassa le cadavre desséché du pauvre oiseau, se mit à l’abri derrière un rocher saillant, et porta contre son cœur la frêle dépouille. Puis, elle chanta, sans grand talent mais avec conviction, l’Injonction de Rappel Animal.
Ah, quel doux sentiment de puissance l’envahit lorsqu’elle sentit son esprit quitter son corps pour s’insinuer avec force dans l’enveloppe vide. Ça marchait ! Bientôt, elle ressentit le vent s’engouffrer sous ses plumes, la vigueur gagner ses ailes mortes, quelque substitut de sang glisser en silence dans ses veines. Et tandis que son corps humain s’affalait contre la pierre, elle prit son envol, lentement, majestueusement, au-dessus des collines, au-dessus des vallées, jusqu’à ce que d’un regard des ses yeux pourrissants, elle put embrasser tout le labyrinthe des cañons où, à n’en pas douter, elle débusquerait l’eau qui lui faisait tant défaut.
Tags: la catin de baentcher
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