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Pshit pshit glou glou

Revenons aux sous-marins préhistoriques, avec l'essai français : le Plongeur. En ces temps là, l'entente cordiale n'était pas encore à l'ordre du jour, et la Grande Bretagne était encore la perfide Albion, défiant la France depuis les mers. Et pour tenir en respect cette thalassocratie, contre laquelle il était vain d'espérer aligner plus de navires, quelques officiers eurent l'idée du sous-marin. Une arme peu coûteuse, mais capable de causer bien des soucis à la Royal Navy.

Construit à l'arsenal de Rochefort à partir de 1860, mis en eau en 1863, c'était un appareil très effilé, de 44m de long, un bel engin donc, sans commune mesure avec le Hunley, mais embarquant toutefois un équipage plus réduit, de sept marins seulement. Il faut dire, le Plongeur n'avait pas de manivelle, mais un véritable moteur, de surcroît assez puissant pour l'époque (80 chevaux). L'engin était beaucoup plus élaboré, à plusieurs niveaux. Ainsi, il était équipé d'un remarquable dispositif qui aurait été bien utile sur le sous-marin confédéré, ou même sur le Koursk : un canot de sauvetage dans lequel l'équipage pouvait se réfugier pour rejoindre la surface.


Ça a quand même plus de gueule que l'autre cercueil pour huit

Évidemment, le Plongeur n'échappa pas au traditionnel naufrage qui était le lot des machines de cette époque, mais au moins, il ne tua personne. Il avait apparemment un fâcheux penchant à piquer du nez, et n'avait une autonomie que de quelques miles marins, des péchés de jeunesse bien excusables pour un prototype. Ce fut de toute évidence une machine plutôt solide, mais qui souffrait de quelques défauts de conception. A commencer par le moteur, qui avait une particularité singulière.

Car en 1860, on ignorait encore tout du moteur à combustion interne, et le moteur électrique en était à ses débuts. Et évidemment, c'était difficile d'imaginer trimballer une chaudière à charbon sous l'eau. Du coup, ils ont fait un sous-marin à air comprimé.

Oui, à air comprimé. Il y avait à bord un énorme réservoir d'air comprimé à 12 bars, qui actionnaient les cylindres du moteur. L'avantage de l'air comprimé, c'est qu'on peut relâcher les gaz d'échappement dans l'habitacle. On avait pu craindre que l'air détendu ne fusse trop froid pour le bien-être des marins, mais il semble que ces craintes aient été rapidement démenties. Un autre avantage de l'air comprimé, c'est qu'il permettait de pressuriser l'intérieur de la coque, qui était donc à la même pression que l'eau autour. Du coup, la coque n'avait pas besoin d'avoir la même résistance que celle des sous-marins modernes, qui doivent résister à la pression extérieure.

Les inconvénients du système, toutefois, étaient nombreux. En premier lieu, donc, il y avait l'autonomie. Malgré son énorme bidon, le Plongeur ne pouvait faire qu'une brève sortie, il n'était pas adapté à la course en mer. Le deuxième problème, c'était qu'en raison de sa pressurisation interne, l'équipage était lui-aussi sous pression, et du coup, pour éviter ce qu'on appelait le "mal des caissons", on devait rester à très faible profondeur (12m maximum, ce qui donnait 2 bars). En outre, l'échappement se faisant dans l'habitacle, il fallait relâcher les bulles en permanence pour éviter une surpression, phénomène assez paradoxal dans un sous-marin. Du coup, ces bulles s'échappaient derrière le navire en grand nombre, ce qui annulait de fait l'avantage de la furtivité que confère l'approche sous-marine. Et puis enfin, et surtout, l'air comprimé, ça pèse plus lourd que l'air détendu. Du coup, l'engin s'allégeait à mesure qu'il avançait, ce qui rendait très difficile son maintien en profondeur (remarquez, il avait comme ça une tendance naturelle à remonter tout seul, ce qui est plutôt sécuritaire).


20000 lieues sous les mers est sorti en 1870, moi j'dis ça...

L'affaire ne fut pas poussée plus loin. Le premier sous-marin Français fut dépouillé de ses gadgets, et après la guerre de 70, converti en simple convoyeur d'eau fraîche pour les navires de la marine, où il fit une longue carrière, entre Rochefort et Toulon. Eh oui, destin paradoxal pour un sous-marin, il passa l'essentiel de son existence rempli d'eau. Il fut finalement ferraillé dans les années 30.

La technologie de l'air comprimé est toujours en usage courant dans les sous-marin pour chasser l'eau des ballasts, et fut utilisée avec succès pour les premières torpilles.




Un joli clip d'Ultravomit pour Takoyaki
Tags: belles histoires
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