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La catin II - livre III - Chapitre 7

Chapitre 7. On peut pas dire que ça s’arrange franchement



Il y a quelques années, un homme s’était perdu dans le désert Américain. Il avait fait toutes les conneries possibles et imaginables. Il s’était éloigné de son véhicule, il n’avait pas pris d’eau, il avait marché en plein jour, c’était comme s’il avait pris le manuel « la survie en milieu hostile pour les nuls » et s’était acharné à en prendre l’exact contrepied pour voir ce que ça faisait. On l’avait retrouvé, inexplicablement vivant au bout d’une semaine. Après qu’il se fut requinqué et qu’il eut raconté aux sauveteurs consternés les « techniques » qu’il avait employés, il devint évident que s’il était encore vivant, c’était uniquement en raison d’une farouche et surhumaine volonté de survie. Mais d’où venait-elle, cette envie de vivre ?
« Je suis en instance de divorce, et ça me faisait trop chier que ma femme hérite de tout », expliqua-t-il.
Cette histoire, probablement du registre de la légende urbaine, illustre néanmoins combien il est primordial d’avoir une bonne raison de vivre pour se tirer des pièges que vous tend, imperméable à votre bonne volonté, la stupide nature.
Vertu, par exemple, avait fini par repérer un petit trou d’eau entouré de végétation pas trop éloigné, et une fois rentrée dans son corps, elle s’était aussitôt remise en route. Elle s’était alors rendue cruellement compte du sens profond de l’expression « à vol d’oiseau » et de la différence que ça fait avec « à vol de pied ». La nuit tomba, mais comme la précédente, elle fut très claire, de telle manière qu’elle pouvait encore se déplacer assez efficacement, bien que le sol fut devenu rocailleux, pentu et très accidenté. Elle tomba plusieurs fois, s’écorcha en divers endroits, mais poursuivit sa progression. Elle commençait à être exténuée, la soif et la fatigue venaient de recevoir le renfort d’un troisième larron, la faim, et ses pas se faisaient hésitants. Il lui fallait faire des détours au fond du lit d’un torrent asséché qui montait en assez forte pente, et ses cuisses étaient en feu. Néanmoins, elle avançait, songeant au reflet de cette eau fraîche qu’elle avait vue depuis là-haut. Ah, comme ça semblait facile, quand on volait...
Il faut donc, comme je vous l’expliquais tantôt, de solides raisons de s’accrocher à la vie pour endurer les souffrances d’une longue et aléatoire misère au lieu de se laisser aller paisiblement sur le chemin qui mène à la mort. Il faut avoir en tête un objectif précis et important pour ne pas s’effondrer et accepter l’inéluctable fin. Il faut des motivations bien ancrées à l’âme, comme par exemple l’envie furieuse de voir un jour Condeezza Gowan crucifiée tête en bas, pour surmonter le désespoir qui vous saisit lorsque vous découvrez, lové à proximité du point d’eau qui va vous sauver la vie, un putain de gros basilic de merde !
Je vous prierai ici de croire qu’en cet instant, Vertu supporta stoïquement l’immense déception que lui causait cette vision d’horreur, fit une plaisanterie laconique du genre « Un basilic ? Voici qui me laisse de marbre ! ». Je sais que vous avez tous une haute opinion de notre héroïne, et qu’il ne vous plairait pas de la voir s’agenouiller en pleurant de rage, taper du poing contre un rocher et maudire les dieux comme le feraient les gens du commun. On va donc faire comme si.
Il n’en demeure pas moins qu’après quelques minutes, elle se mit à chercher un moyen de circonvenir la sale bête, une attitude que l’on est en droit d’attendre d’une héroïne digne de ce nom.

Ils marchèrent jusqu’à ce que la nuit fut tombée, puis campèrent à même la jungle en compagnie des hommes armés. Un point n’était pas très clair, c’était leur statut. Ces hommes les avaient-ils capturés, ou bien les avaient-ils invités à les suivre ? Etaient-ils geôliers, guides ou escortes ? D’un certain point de vue, ils n’avaient pas insisté pour leur enlever leurs armes. D’un autre, ils étaient plutôt rudes dans leurs manières, et à les voir agir, on n’avait guère envie de faire des expériences pour voir ce que ça donnerait si on essayait de partir dans une autre direction. En outre, les difficultés de langue rendaient impossible toute communication plus élaborée que celle qui consiste à porter la main à sa bouche pour mimer l’action de manger ou de boire. Les guerriers parlaient en effet un sabir guttural et particulièrement laid, composé de syllabes courtes et hachées, avec beaucoup trop de consonnes, et qui semblait plus adapté à donner des ordres dans le fracas des champs de bataille qu’à conter fleurette et madrigaux aux jolies dames. Par bonheur, ils étaient peu bavards, de telle sorte que leurs affreux grognements étaient rares.
Néanmoins, quelque rugueuse que fut cette compagnie, elle n’en était pas moins appréciable. S’il arrive parfois que quelques espèces de bêtes féroces attaque des groupes de six hommes, il est rare qu’ils s’en prennent à une troupe approchant la trentaine. En outre, ces gens connaissaient la jungle, savaient faire la différence entre les bons et les mauvais fruits, les champignons comestibles et les mortels, l’eau qui désaltère et l’eau qui donne la diarrhée, ils savaient lire dans le terrain des chemins praticables là où l’œil non-exercé ne voyait qu’un fouillis sans rime ni raison, bref, ils étaient chez eux. C’était réconfortant de se sentir chez quelqu’un.
Le lendemain, ils se remirent en route, et bientôt, totalement par surprise, ils sortirent de la jungle. On avait coupé les arbres sur une bande large d’une centaine de pas, sans doute pour dégager un terrain impropice à l’avancée de certaines bêtes. Un peu plus loin s’étendaient une prairie où paissaient de drôles de bêtes évoquant des chèvres géantes à long cou, des créatures laineuses à l’aspect particulièrement stupide, mais il arrivait parfois que la nature joue des tours en conférant une assez forte intelligence aux bêtes les plus ingrates (en l’occurrence toutefois, ce n’était pas le cas). De jeunes pâtres fort crasseux et à moitié nus s’occupaient de ces troupeaux, trompant leur ennui en jouant d’une sorte de flûte à multiples tuyaux. Ils semblaient aussi se livrer à une compétition pour déterminer une bonne fois pour toutes qui avait les cheveux les plus gras et les plus collés. C’est à ce niveau qu’ils rejoignirent enfin un sentier digne de ce nom, qui se fit bientôt chemin, jusqu’à s’orner d’une sorte de pavage. Un chemin dépourvu d’ornières, ce que le docteur nota avec attention, faisant remarquer que les gens d’ici ignoraient peut-être l’usage de la roue. Pourtant, l’artère était fréquentée, car ils croisèrent bientôt des cohortes de paysans à la limite de la famine croulant sous leurs fardeaux, et de soldats qui ne semblaient pas avoir ces problèmes.
Les pâtures cédèrent le pas aux champs, curieusement aménagés sur des terrasses à flanc de collines et séparés par des murets. Un grand nombre de pauvres bougres y peinaient sous le regard de contremaîtres impitoyables, qui à l’occasion faisaient usage du fouet ou du bâton (chacun avait sa méthode pour améliorer les rendements à l’hectare). Ces malheureux, vêtus de nippes et de ridicules petits chapeaux ronds semblaient trimer sans répit, ne s’arrêtant que pour cracher le jus infect d’une énorme chique qu’ils mâchonnaient tous autant qu’ils étaient, hommes, femmes ou enfants. Une chique qui ne semblait pas avoir pour principale vertu de protéger des caries, puisqu’ils étaient tous édentés.
Puis ils découvrirent enfin leur destination, perchée contre les flancs d’une montagne trop escarpée pour qu’on la mette en culture, une cité fortifiée, aux immenses temples et aux vastes palais, assez grande pour accueillir dix à vingt mille âmes. D’où ils se trouvaient, ils pouvaient distinctement admirer à quel point tous les bâtiments étaient peints de vives couleurs et de motifs en zig-zag qui lui donnaient une allure très gaie. Dans l’air sec de la vallée, les fumées des multiples foyers se dispersaient en volutes multiples, synonymes de victuailles et de chaleureux repas.
« Ah, enfin, la civilisation ! S’enthousiasma le docteur. »
Dans le champ qu’ils traversaient toutefois, ils furent témoins d’une scène curieuse. Un vieux paysan recru de fatigue, que dans toute autre contrée on aurait invité à reposer ses vieux os au coin d’un bon feu avec un bol de soupe, venait de trébucher au bord du chemin, laissant choir le contenu du lourd panier qu’il portait sur son dos. Ce n’était pas grand-chose de bien précieux, des bottes de longues herbes destinées à quelque travail de vannerie, toutefois l’un des hommes robustes qui surveillaient le travail accourut. Il aboya un ordre incompréhensible. Le vieil homme le regarda, et commença à répondre, mais l’autre répéta son commandement. Alors, le vieux s’agenouilla humblement et courba la tête. Le grand gaillard saisit alors sa lourde massue de bois incrustée d’éclats de pierre, et d’un coup précis autant que violent à l’occiput, occit le malheureux. Les autres paysans observèrent la scène avec détachement, puis reprirent leur labeur, sans plus de cérémonie, laissant le cadavre au bord du chemin.
« Quand je parlais de civilisation, vous aviez compris que c’était dans l’acception la plus large du terme. »

Elle s’écarta en sang du cadavre du basilic, dont la tête n’était plus qu’une masse immonde écrasée sous un gros rocher. Vertu avait finalement triomphé, contre toute attente, de la créature reptilienne au mortel regard. Elle avait dû sa victoire à une approche furtive, à de douloureuses acrobaties à flanc de rocher, au son sang froid dont elle avait fait preuve lorsque l’abominable saurien verdâtre avait bougé, humant l’air de son groin, inquiet. Elle n’avait pas tremblé, malgré la fatigue et la peur. Puis, très lentement, pouce par pouce, elle avait repris sa progression jusqu’au rocher qui surplombait la mare. De là, elle s’était préparée à un affrontement qui serait fatalement bref. Il avait fallu battre au jeu de l’immobilité un être réputé pour y être passé maître. Elle avait songé cent fois au moindre de ses gestes. Puis, lorsqu’elle avait été sûre que rien ne pourrait mieux la préparé, elle avait empoigné son épieu, et brusquement, se détendant comme un ressort, avait jailli dans les airs avant de fondre de quatre pieds de haut sur la bête écailleuse. Mais l’armure de la bête était plus épaisse qu’elle ne l’avait escompté. L’épieu avait ripé. Se retournant vivement sur ses trois paires de pattes, elle avait riposté d’une morsure cruelle au flanc, qu’elle n’avait toutefois pas eu le temps d’assurer avant que Vertu ne s’en défasse. Terrorisée, mais conservant les idées claires, elle avait alors bondi derrière le rocher qui lui avait servi de promontoire, avant que l’ignoble reptile ne la pétrifie de son mortel regard. Elle avait ramassé la grosse pierre, celle qui lui avait semblé la plus lourde qu’elle puisse soulever de ses muscles affaiblis par les blessures et les privations. Elle avait alors dû se fier à sa seule ouie pour repérer son ennemi, allait-il passer à gauche ou à droite ? Qui serait le plus rapide ?
La dépouille écailleuse en témoignait maintenant. Tenant d’une main son flanc déchiré, Vertu s’était dirigée en chancelant vers le point d’eau, où elle s’était écroulée sans retenue. Elle avait absorbé goulûment tout ce que son estomac avait pu accepter, jusqu’à s’en donner envie de vomir.
Puis, elle avait examiné sa blessure. On disait la morsure du basilic empoisonnée. Etait-ce vrai ? Elle en aurait bientôt le cœur net. Elle s’assit au bord de l’eau, le cul dans la boue, et réfléchit à sa situation, qui n’était guère brillante. Même s’il n’avait aucun venin, ce carnivore puant avait dans sa gueule assez de germes pour vous donner dix maladies mortelles. Elle était perdue sans le secours d’un prêtre...
Ah oui, au fait...
Un mouvement attira son attention à la lisière de son champ de vision. A quelques pas de là, près de la charogne, deux masses noires indistinctes bougeaient vivement. Il y eut un petit couinement particulièrement désagréable. Des hyènes ou des chacals, qui se chamaillaient déjà autour de la dépouille. On ne perdait pas de temps, dans ce désert. Peut-être était-ce aussi un peu pour elle qu’ils traînaient dans les parages ? Elle se mit à quatre pattes et avança vers la source de l’agitation. Elle n’eut pas trop de peine à simuler un animal blessé se traînant misérablement. Les deux canidés glapissant cessèrent bientôt leurs disputes, et voyant que la nourriture venait à eux, se séparèrent, un à droite, un à gauche. Puis, la prenant en tenaille, ils s’approchèrent un peu, un peu plus, un peu trop...
Elle se détendit soudain, tout comme pour le condor qu’elle avait occis tantôt, elle se lança à corps perdu contre l’un des charognards, chez qui la surprise se mua soudain en abominable terreur. Comme elle l’avait escompté, son frère, subodorant quelque diablerie, prit la tangente au triple galop sans demander son reste, tandis qu’elle restait seule, intimement liée à sa victime mourante.
Lorsque tout fut consommé, elle tomba à terre, les bras en croix, apaisée. Elle partit d’un petit rire nerveux, puis acheva sa reptation vers le corps du basilic. Elle le retourna sur le dos, ouvrit son abdomen d’un coup de lame, écarta les côtes avec fureur, puis plongea sa tête toute entière parmi les entrailles tièdes de la bête pour se repaître de ses chairs crues à même les os.

Un hurlement déchirant retentit sur toute l’esplanade des temples au moment précis où, leur longue escalade achevée, nos amis y arrivèrent. En haut de la pyramide de Tlotlecloptepec, dieu de la guerre, le prêtre venait d’immoler un jeune enfant sur l’autel noir.
Ceci signifiait pour les habitants de la cité qu’il était cinq heures du soir.
L’esplanade offrait des alignements d’idoles hideuses et bariolées, des champs cérémoniels bornés par d’horribles sculptures têtes humaines déformées jusqu’à leur donner une forme cubique, et de hauts mats aux pieds desquels on avait déposé des colliers de fleurs et des corbeilles de fruits. Trois grandes pyramides à degrés, ainsi qu’une profusion d’autres bâtiments moins élevés, en formaient le périmètre. Des fidèles pénitents et des prêtres hautains la sillonnaient en tous sens, vaquant à leurs mystérieuses affaires. Le jour bientôt déclinerait, et on allait allumer les torches sacrées de Xlutlopltchli, le dieu combattant, tandis que dans le secret de son sanctuaire, on immolerait comme chaque soir sept chatons à Itchlipotchcahua, dieu de la fureur martiale.
Mais nos héros, ignorant tout de la langue et des coutumes, n’avaient guère le moyen de s’imaginer tout cela. On les conduisit par l’allée cérémonielle, dédiée à Tchitchenapanca, le dieu des blessures, jusqu’à un bâtiment plus bas, mais plus vaste encore que les pyramides, un palais aux allures de forteresse. Ils ne purent qu’apercevoir toute la vie de la cité qui bourdonnait de part et d’autre de la voie sacrée, les marchés, les colporteurs, les petits artisans. Ces gens ordinaires que l’on trouve dans les villes, et qui semblaient tout juste un peu mieux nourris et traités que les pauvres diables qui trimaient dans les champs.
Ils entrèrent donc, et furent tout de suite frappés par l’atmosphère du palais, fraîche et humide, qui contrastait avec l’air sec du dehors. En étaient responsables des rigoles ménagées à hauteur de regard le long des murs de pierre massive, et qui à intervalle régulier déversaient par de petits canaux de minuscules cascades qui suintaient le long des parois en cascades moussues. A ceci s’ajoutait le fait que, dans tout l’édifice, il n’y avait pas la moindre fenêtre, et fort peu de portes, lesquelles ne donnaient que sur des murs qu’il fallait contourner et contourner encore pour pénétrer dans le cœur de l’ouvrage. De la sorte, pas un rayon de soleil ne pénétrait jamais dans la l’étrange manoir, chichement éclairé par les mèches de très rares lampes à huile.
Les soldats qui les avaient conduits jusque là leur barrèrent alors le chemin d’une assez vive autorité, et désignèrent un coffre où s’entassaient des armes en grandes quantités. Ils hésitèrent un instant, puis voyant le nombre de leurs adversaires, ils se dirent qu’il valait sans doute mieux éviter tout affrontement, et se défirent de tout leur équipement pointu. Le chef des gardes aboya son contentement, puis désigna une porte obscure, surmontée d’un linteau figurant quelque hideux entrelacs de ronces, ou d’autres choses.
Ils entrèrent, seuls. Les gardes refermèrent la porte derrière eux, sans entrer eux mêmes. Ils se tenaient maintenant dans quelque vaste sanctuaire baigné dans une odeur doucereuse de sang corrompu, pris d’une bien légitime appréhension. Quel étrange enchaînement d’événements les avait-il conduits à se jeter ainsi de leur plein gré dans ce piège, sans arme d’aucune sorte ? Il vint soudain à l’idée de la Princesse que jamais, du temps de Vertu, ils ne se seraient retrouvés dans une aussi mauvaise situation, et que tout compte fait, remettre l’autorité entre les mains de Toudot sans en discuter, sous prétexte qu’il était baraqué, couturé de cicatrices et plus vieux que la moyenne n’avait peut-être pas été la chose la plus intelligente qu’ils aient faite.
La pièce était encore plus sombre que la précédente, toutefois, avec un peu d’habitude, il était possible d’en distinguer des détails. A n’en pas douter, c’étaient bien des idoles, des totems, des pièces de mobilier et des divers ustensiles d’or qu’éclairaient les maigres flammèches, et tout ceci jonchait le sol dans le plus grand désordre. On avait de ci de là placé des tentures entre les colonnes, de telle sorte qu’il était impossible d’embrasser l’étendue du lieu, aussi était-il difficile de se placer de façon à s’y défendre efficacement. Mais était-ce seulement bien utile de se défendre ? Car il apparut que l’endroit n’était pas si effrayant qu’il en avait l’air au premier abord. En vérité, c’est même avec une certaine quiétude qu’ils poursuivirent leur progression, écartant sans appréhension les tissages pourrissants pour arriver devant le trône. Joie ! Une bienveillante créature siégeait là, débonnaire et magnifique, un être humanoïde de grande taille revêtu d’une robe somptueuse, dont la face violacée et squameuse aux immenses yeux blancs s’ornait, non pas d’une bouche vulgaire ou de quelque pilosité mal venue, mais d’un agréable fouillis de tentacules mutins agités de mouvements lents et harmonieux. Leur ami céphalopodien se leva alors lentement pour les accueillir, ses grandes mains à trois doigts largement ouvertes en signe de bienvenue. Comme il était beau ! C’était un ravissement pour les yeux, et un grand honneur que d’être en présence d’une sainte créature comme celle-ci. Pris d’une même inspiration, nos amis courbèrent humblement la tête pour présenter leurs crânes à la créature qui approchait.
Quelle extase.

C’était un peu moins l’extase pour Vertu, qui pour sa part en chiait comme un Russe, mais au moins, elle se battait pour survivre. Après une nuit éprouvante, elle se remit en route en direction de la montagne qui se dressait à l’est. Elle trouverait bien un col quelconque où traverser. Elle traverserait. Même si c’était la dernière chose qu’elle faisait de sa vie, elle traverserait ces putains de montagnes. Elle avait oublié ses compagnons, l’épée à la con et même cette pétasse de Condeezza. Là, ça se jouait entre elle et le reste de l’univers. Même si sa cheville la faisait souffrir, si sa morsure au ventre suppurait, si ses mains et ses genoux saignaient à force de tomber tous les vingt mètres sur des rochers pointus, elle avancerait jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de montagnes sous ses pieds. Elle pouvait user ses membres jusqu’à n’avoir plus ni moignon de bras, ni moignon de jambe, elle ramperait jusqu’à son dernier souffle, à la force des mâchoires s’il le fallait.
Tags: la catin de baentcher
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