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La catin II - livre III - Chapitre 10

Chapitre 10. Le voyage de la Reine Noire



Condeezza resta accroupie, estimant à quelle distance elle avait le plus de chance de fendre le crâne de Vertu en lui lançant son gros caillou. Vertu ne bougea pas plus, tentant de deviner s’il valait mieux se battre à l’épieu ou en tirant sa dague. Puis, elle observa le chantier autour de son ennemie. Elle avait assemblé un paquet de lianes au bord de la rivière, et abattu un petit arbre. Elle s’attaquait maintenant à un beaucoup plus gros. Son intention était visiblement de se constituer un radeau. Elle était seule, sans arme, sans armure, donnait un spectacle si misérable qu’on l’eut chassée à coup de pierres du campement de romanichels le plus mal tenu. D’un autre côté, notre héroïne se souvint qu’elle évitait depuis un bon moment de se mirer dans l’onde, et qu’elle ne devait pas paraître particulièrement en beauté.
« Tiens, Condeezza, quelle bonne surprise, fit-elle d’une voix qui disait tout le contraire.
- Mais c’est mademoiselle Lancyent. Quel plaisir. Le monde est petit. Vous visitez la contrée par agrément ou par obligation professionnelle ?
- Tourisme, sans plus. Un bon trekking en montagne, il n’y a rien de tel pour se refaire une santé. J’étais un peu asthénique. Et toi ?
- Je fais des repérages pour un film. Certains de ces paysages sont très spectaculaires. Mais dites-moi, j’ai l’impression que vous avez récupéré de la légère égratignure que je vous avais faite il y a quelques temps, bien malgré moi.
- En effet. Mais j’y songe, après votre départ un peu précipité, je n’ai pas eu l’occasion de vous rendre un certain objet qui était je crois à vous, et qui a dû tomber de votre poche. Ah, que c’est dommage, je ne l’ai pas sur moi...
- Oui. Bon. Plaisanteries mises à part, on fait quoi là ?
- Ben, on arrête de martyriser ce végétal qui ne t’a rien fait, déjà, parce que c’est pas comme ça que tu vas construire un radeau.
- Ah oui ? Parce que madame l’architecte naval a des lumières sur la manière de s’y prendre ?
- Eh bien visiblement, plus que toi. Il se trouve que moi, si je voulais construire une embarcation, je ne prendrais pas ce bois là. C’est du bois-de-fer.
- Et alors ? Il n’est pas bon ?
- Il est excellent pour faire des charpentes qui te dureront trois siècles, mais ça va te prendre des jours à couper, et en plus, c’est tellement lourd que ça coule presque, ce qui n’est pas l’idéal pour faire un bateau. D’autant que derrière toi, il y a un sympathique balsa tout mou qui à lui tout seul peut nous faire une embarcation bien pratique et à peu près sûre.
- D’où il sort ce « nous » que j’ai entendu ?
- Eh bien, je ne te cacherai pas que j’ai une furieuse envie de t’empaler sur ce pieu que tu viens d’abattre fort diligemment, et je ne doute pas une seconde que c’est réciproque, néanmoins, si on analyse froidement la situation, on va dans la même direction, et séparément, on ne risque pas d’aller bien loin. Et puis surtout si on se met à se battre, comme je vois les choses, il y a une de nous qui va mourir, et l’autre qui va rester grièvement blessée et qui va mourir un peu plus tard. Ça me fait aussi mal au cul qu’à toi, mais on est plus ou moins condamnées à s’entendre. »
Ah, qu’elles eussent été bien douces en comparaison, les étreintes tarifées et brutales des paysans nordiques, si Vertu n’avait pas eu la fâcheuse idée de racheter sa liberté, ce fameux soir, dans les faubourgs de Baentcher. S’allier avec elle répugnait tant à Condeezza que, bien qu’elle ne fut pas des plus émotives, les larmes lui en virent presque aux yeux. Mais hélas, elle devait bien se rendre à la raison, et accepter une nouvelle fois cette alliance contre-nature.

Le jour du grand départ arriva. Nul dans la cité n’était assez vieux pour se souvenir de la dernière fois où le dieu de la cité avait franchi les remparts, aussi l’événement était-il d’importance. Alors que l’étoile Yupanqi Cahualtepec – ce qui en Tupaku signifie « Gros Testicule Enflé de Chiqlicolcahua le dieu des massues sans clous » – disparaissait derrière l’horizon déchiqueté par les dents acérés de la grande cordillère, tout le peuple de Chocacaotl s’était assemblé en deux rangs le long de la route sinueuse, au son des sistres, des fifres, des tambourins et des claves en tibias d’ennemis. C’était, selon les critères tupaku, une fête bon enfant, où l’on jeta joyeusement une vierge par-dessus le précipice afin d’honorer Itchlipoxchluxlixcahuactotepec, le dieu des expéditions militaires. C’est par des moyens similaires que l’on s’assura le soutien de Kexloculcan, le dieu des épidémies, Ocalcocacan, le dieu des morts accidentelles, et Pi-Amon Merenptah, le dieu qu’est pas du coin. Puis, le groupe se mit en marche au son des flûtes de roseaux maintenues par des tendons séchés de Teltochtitlans – un peuple voisin.
Comme il était exaltant, le spectacle des hautes collines couvertes de végétation, déjà escarpées, mais qui n’étaient que le prélude aux rudes montagnes enneigées qui leur succédaient, là-bas. Ce saisissant panorama, éclairé par les premiers feux rougeoyants d’une journée sans nuage, avait quelque chose de l’ordre du divin. Au début. Parce qu’évidemment, à mesure que les heures passent, on est de moins en moins attentif aux beautés sauvages du paysage et de plus en plus aux revendications prosaïques de ses pieds. Car il faut bien le dire, si les Tupaku maîtrisaient à merveille l’art de tailler l’obsidienne, de sertir les pierres fines dans l’or et de calculer les phases de la lune avec une précision d’un jour tous les 104 766 ans, ils n’avaient semblait-il aucune idée de ce que pouvait être une bête de monte, ni de l’usage pourtant bien pratique que l’on pouvait trouver à deux rondelles de bois fichées sur un moyeu, et du coup, pour se déplacer, ils ne comptaient sur rien d’autre que leurs jarrets.
Durant la première heure et demie, ils empruntèrent dans l’autre sens la route qu’ils avaient prise à l’aller, puis ils obliquèrent pour s’engouffrer dans une vallée aux reliefs relativement peu prononcés, que s’échinaient à cultiver des villageois du dernier misérable. Un peu plus loin, ils longèrent une mine d’or. Avides de ce métal, comme tous les Klistiens, nos amis avaient constaté que le pays en regorgeait, et avaient profité de leur séjour à Chocacaotl pour apprendre tout ce qu’il y avait à savoir à ce sujet. Ils avaient ainsi découvert que les Tupaku ignoraient l’usage de la monnaie, lui préférant le troc, aussi l’or ne servait-il qu’à orner parures et bâtiments, il était du reste à l’usage exclusif des nobles et des prêtres. Les montagnes alentours en étaient prodigues, et les paysans étaient ravis de prêter une main aussi énergique que bénévole à son extraction, d’autant plus que l’alternative à cette bonne volonté était le plus souvent de se faire ouvrir la poitrine par un prêtre emplumé.
Un peu plus loin se trouvait un village fortifié où ils firent halte, découvrant au passage un nouveau délice culinaire, la platée de haricots aux piments et à la viande de singe. Ils se remirent bien vite en route, et poursuivirent leur périple jusqu’à se retrouver à l’orée d’une forêt. Pour tout dire, ils se sentaient encore assez de force pour marcher encore une heure ou deux sans entamer leur capital de santé, mais déjà, l’astre du jour déclinait pour s’échouer sur la dent de scie des sombres montagnes. L’officier commandant l’escorte, un taciturne gaillard qui ne semblait pas avoir inventé la chromodynamique quantique, émit l’avis a priori plutôt sensé qu’il serait plus prudent de camper là, au lieu de passer la nuit dans la jungle. Tout le monde en convint, et ainsi fut fait.
Nos compagnons purent alors goûter au privilège particulièrement rare de passer une nuit en expédition aventurière tout en étant servis par une abondante domesticité. Les porteurs de colis, en effet, se montrèrent tout à fait empressés à contenter chacun et chacune, sans grande compétence bien sûr, mais avec bonne volonté. Le repas fini, les factotums se mirent en devoir de faire la vaisselle et de préparer les couchages, ce qui permit à Aristide, d’un ton badin, de faire un peu la conversation.
« Dites-moi, je ne vous ai jamais demandé, mais à la bagarre, vous êtes de quel niveau ?
- Dans l’absolu, répondit le docteur, c’est difficile à évaluer.
- Par exemple, si vous tombiez sur... je ne sais pas moi, une dizaine de guerriers de même force que nos chers camarades Tupaku, ici présents, vous pensez que vous pourriez les vaincre ?
- Messire Toudot, vous êtes plus versé que moi dans ces matières.
- Je crains que nous ne soyons pas de taille à vaincre, ou en tout cas, pas de façon écrasante. Si l’on excepte votre personne, mon cher Aristide, je dois constater que moi-même et Corbin sommes les deux seuls combattants de premier rang. Dizuiteurtrente peut aussi occuper un tel poste, mais au vu de sa corpulence et de ses compétences, il serait mieux avisé de tenter de prendre un ennemi à revers. La Princesse est notre atout maître, bien sûr, l’ami Ange a prouvé qu’il se débrouillait correctement à l’arc, quant au docteur, je crains, sauf votre respect docteur, que son rôle soit plus de panser les blessés que de croiser le fer. En tout état de cause, cinq combattants contre dix soldats professionnels, c’est une partie difficile. Ces hommes sont très solides, compétents et disciplinés. De tels hommes, je pense, peuvent venir à bout d’un parti tel que le notre.
- C’est bien ce que je craignais. Il faudra donc ruser.
- Ruser ? Vous craignez quelque chose ?
- Oh, trois fois rien, vous allez rire, j’ai surpris les pensées superficielles de nos braves gardes. Dès que nous serons suffisamment éloignés du territoire Tupaku pour que personne ne vienne chercher, ils ont reçu l’ordre de nous saigner dans notre sommeil.
- Comment ? Mais n’êtes-vous pas leur roi ?
- Si, bien sûr, mais depuis toujours, des prêtres et la noblesse fomentent contre moi des machinations plus simplistes et niaises les unes que les autres. Si on m’avait donné cent sous à chaque complot qu’on m’a monté, mon palais serait trop petit pour contenir tant de richesses. Ce n’est donc que le dernier en date.
- Ça n’a pas l’air de vous mettre particulièrement en rage.
- Je vous rappelle que je suis un animal à sang froid. Par ailleurs, n’ayant aucune intention de retourner à Chocacaotl ni de côtoyer encore ses brillantes élites, je n’ai nulle intention de me venger de ces canailles, toutes fourbes qu’elles soient. Il n’en reste pas moins qu’il faut nous débarrasser de leurs laquais, ces brutes officiellement chargées de nous escorter, et si possible sans craindre pour nous.
- Mais vous-même, ne pouvez-vous pas les circonvenir par vos pouvoirs mentaux ?
- Ils sont hélas bien limités. Dans mon palais, j’ai pu tous vous tenir en mon pouvoir car ces bâtiments s’étaient, au cours des années, imprégné de ma force mentale, mais ici, dans ces contrées sauvages, je ne pourrai guère en retenir que deux ou trois à la fois.
- Oui, dans ce cas là, vous avez raison, il faudra ruser. »

Vertu et Condeezza y passèrent une partie de la journée. Combinant leurs maigres connaissances et le peu de matériel dont elles disposaient, elles obtinrent finalement une embarcation dont l’étanchéité n’était pas la qualité première, mais qui supporterait leurs maigres poids et celui de leur étique bagage avec une marge d’erreur décente. En fait, le plus dur fut encore de confectionner des rames. Toujours est-il que le soir approchant, avec son cortège d’angoisses nocturnes et de profond ennui, elles furent bien obligées d’en venir à cette triste extrémité : faire la conversation.
Après que Vertu eut exposé dans ses grandes lignes le procédé qui l’avait conduite en ces lieux et la catastrophe qui l’avait séparée de ses compagnons, ce fut à Condeezza de conter son histoire.
« Ce ne fut pas non plus une partie de plaisir. Nous envisageâmes tout d’abord la traversée des océans à l’aide d’un navire, cependant, cela aurait pris des mois, et une telle navigation était des plus hasardeuses. Bien sûr, il était inconcevable d’utiliser un tapis volant, un pégase ou tout autre moyen magique pour franchir de telles distances, car même en chevauchant à la vitesse du vent, il aurait fallu des jours et des jours, et nous serions morts de soif, ou bien nous aurions été jetés dans les flots par quelque tempête. Il nous fallait un moyen de transport à la fois sûr, rapide, robuste et susceptible d’emporter de grandes quantités de ravitaillement et de matériel.
C’est alors que le maître de notre cercle, le seigneur Pegod, nous révéla l’existence d’une nouvelle puissance qui assemblait lentement ses forces, à l’est, une puissance menée par un jeune seigneur du mal épris de mécanique et de sorcellerie. D’après le seigneur Pegod, ce personnage, qui se faisait appeler « l’Empereur Secret » et avec qui il entretenait correspondance, ambitionnait depuis quelques années de s’affranchir de la gravité dans le but de concevoir des nefs volantes. Peut-être avait-il réussi dans son entreprise ? Et dans ce cas, serait-il assez bien disposé à notre égard pour mettre à notre disposition l’une de ses embarcations ? Nous partîmes en ambassade, moi, Gaspard et Arcimboldo, pour voir de quoi il retournait.
Nous chevauchâmes à diable vers le sud jusqu’au port Bardite de Thalassocrateion, embarquâmes sur un navire contrebandier que nous stipendiâmes en conséquence, puis mîmes les voiles vers l’est, en direction des contrées orientales. Nous débarquâmes sur la grève, dans un endroit discret, puis marchâmes quelques lieues jusqu’à une cité parfaitement sans intérêt du nom de Babaldak, où nous fûmes accueillis par un détachement d’hommes de main de l’Empereur Secret, que maître Pegod avait fait prévenir de notre arrivée. Ils nous conduisirent jusqu’à leur repaire et à leur maître. Celui-ci nous reçut fort bien, nous fit visiter ses installations, qui étaient des plus impressionnantes. Mais bientôt, nous comprîmes que nous avions affaire à ce genre de nécromant autosatisfait et paranoïaque qui jamais ne nous laisserait quitter sa forteresse vivants après ce que nous y avions vu. Nous décidâmes donc d’agir avec hardiesse avant de devenir les jouets impuissants de ce dément et de son parti de fanatiques.
Donc, profitant de la nuit, nous faussâmes compagnie à nos gardes, nous faufilâmes dans les couloirs, déjouant les patrouilles et les pièges, et débouchâmes finalement dans le hangar où l’on procédait à l’entretien d’un prototype de navire volant que nous avions eu l’occasion d’admirer la veille. Nous le dérobâmes d’épique façon, le manoeuvrant tout d’abord avec maladresse, puis avec plus d’assurance. Une assurance qui nous fut bien utile, car dès que nous nous fûmes éloignés de la montagne, un cor d’alarme retentit, et des cavaliers montés sur des griffons nous assaillirent. Par bonheur, et grâce au pouvoir du seigneur Naong, nous parvînmes à les repousser au terme d’un combat particulièrement rude. C’est ainsi que nous mîmes le cap vers l’ouest, faisant quelque ravitaillement dans les faubourgs de Sembaris avant de filer vers le continent occidental.
Nous voyageâmes au ainsi gré des vents, au-dessus de cette mer infinie, modulant notre altitude en fonction des courants que nous rencontrions pour toujours nous rapprocher de notre but. Nous nous aidions parfois d’une grande hélice mue par un grand chaudron à vapeur, mais nous devions économiser son emploi, car il utilisait pour son fonctionnement une huile noire et nauséabonde dont hélas, la provision n’était pas infinie. J’en ai d’ailleurs encore une petite flasque dans ce sac, ainsi qu’une lampe, au cas où. Quoi qu’il en soit, après trois semaines de navigation, nous arrivâmes au-dessus de ce vert continent. Nous poursuivîmes sur de longues distances, survolant forêts, pampas et prairies s’étendant jusqu’à l’horizon, avant d’apercevoir enfin la cordillère supposer abriter... enfin, la cordillère qui était le but de notre voyage.
Néanmoins, durant tout ce temps, j’avais appris à mieux connaître mes compagnons de voyage, Arcimboldo et Gaspard. Bien qu’ils fussent sous mes ordres, j’avais bien compris qu’ils ne m’aimaient pas et ne m’obéissaient qu’avec réticence. Cependant, à mesure que nous approchions du but, ils se faisaient plus joyeux, plus détendus, parfois même obséquieux. Je suis par bonheur d’un naturel soupçonneux, aussi flairais-je quelque entourloupe. Et j’avais raison ! en écoutant leur conversation tandis qu’ils me croyaient endormie, je les entendis clairement comploter mon assassinat, ma mise à mort devant intervenir lorsque nous serions devant l’entrée du donjon, afin que je ne risque pas de m’emparer... d’une certaine chose. Ils ne faisaient en ceci qu’obéir aux ordres de Pegod, ce chien, qui souhaitait se débarrasser de moi.
Entendant ceci, je ne dormis pas de la nuit. Je préparais les quelques affaires essentielles que vous voyez ici, et profitant que mes indignes compagnons fomentaient leur complot dans leur coin, je pris la barre de l’esquif, lui fit perdre de l’altitude et le fit s’échouer assez rudement contre le flanc d’une colline. Pour ma part, je m’étais pelotonnée dans un recoin de la cabine juste avant l’impact, espérant que celui-ci les prendrait par surprise et les tuerait, ou au moins les estropierait assez pour qu’ils ne constituent plus une menace. Hélas, si je parvins à survivre au choc avec seulement quelques contusions, ces félons furent aussi chanceux que moi, à moins que je n’ai sous-estimé la robustesse de la coque, et dès que je parvins à m’extraire de la carcasse, je vis que les deux arsouilles étaient en train d’en faire autant. Je ne fis alors ni une ni deux : abandonnant mon armure et mes armes, bien trop lourdes pour que je cavale avec dans ces régions accidentées, je m’échappais à toutes jambes, poursuivie par ces abominables traîtres. J’eus bien du mal à les semer, toutefois j’y parvins. Je finis par atteindre cette rivière providentielle, que je me proposais de descendre lorsque j’eus l’agréable surprise de vous retrouver. Voici toute l’affaire. »
Vertu, tout en donnant l’impression de s’en foutre à moitié, avait noté scrupuleusement chaque détail du récit, essayant d’en deviner les zones d’ombre, les non-dits et leurs significations. Pour autant qu’elle puisse en juger, son ennemie lui avait sorti une histoire vraisemblable, dont elle dut se contenter. Elle la médita néanmoins, avant d’être interrompue par une question.
« Tout ça ne me dit pas pourquoi vous faites tout ça.
- Tout ça quoi ?
- La quête des clés. A quoi ça vous sert, au juste, de poursuivre cette chimère ?
- Eh bien, ça me sert à retrouver une certaine épée. Pas vous ?
- Si, bien sûr. Mais... enfin, vous ne vous êtes pas lancée là-dedans toute seule, sur un coup de tête.
- Non, bien sûr. C’est une petite fille qui m’a guidée.
- Ah ? Vous aussi ? Et que vous a-t-elle raconté au juste ?
- Qu’elle était l’émanation d’un dénommé Palimon, qui souhaitait empêcher que tu ne mettes la main dessus, ce qui précipiterait l’avènement du Destructeur et la fin du monde, un truc dans ce goût.
- Ah. Ça correspond tout à fait à ce que j’ai entendu, moi aussi.
- Donc, tu comprends pourquoi j’agis. Je cherche à sauver le monde. Mais toi, pourquoi cherches-tu donc tant à l’asservir et à libérer le Destructeur ? J’avoue que ton nihilisme m’étonne beaucoup.
- Quand je dis que ça correspond à ce que j’ai entendu, ça veut dire que ma fillette à moi m’a servi très exactement la même histoire, à savoir qu’elle était Palimon, et qu’il fallait t’empêcher de réveiller le Destructeur, ceci-cela. J’avoue que maintenant, je comprends mieux tes motivations. En fait, nous poursuivons le même objectif.
- Mais il y a une de nous deux qui s’est fait raconter des bobards.
- Au moins.
- Et pour ne rien te cacher, je commence à soupçonner fortement que c’est moi. »
Et sans en dire plus, Vertu s’endormit.
Tags: la catin de baentcher
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