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M'enfin ?


Lorsqu'il entra aux éditions Dupuis à l'âge de 22 ans, au titre de modeste garçon de course, le moins que l'on puisse dire est que Gaston Lagaffe ne se caractérisait pas réellement par sa productivité. Toutefois, dans la Belgique d'après-guerre, les ressources humaines étaient rares, le travail abondant, et bien qu'il fit boulette sur boulette, le jeune Gaston parvint à se faire sa place, réjouissant souvent ses collègues de ses inventions farfelues dont, parfois, les fonctionnalités incongrues perçaient jusque dans les planches des dessinateurs de la maison. Après une dizaine d'années, il fut promu documentaliste, poste que dans la pratique, il était le seul à pouvoir occuper, puisqu'il était le seul à pouvoir se déplacer avec aise dans le labyrinthe des archives Dupuis. Ayant sécurisé une situation assise, Gaston, qui s'assagissait, finit par épouser Caroline Van de Keerber, sa voisine, qui était institutrice. Dans les années qui suivirent, le couple Lagaffe accueillit deux fils et une fille, tandis que Gaston, ayant embauché un documentaliste adjoint, s'attela à la tâche colossale de réorganiser les archives en vue de leur transfert à la nouvelle annexe de la zone industrielle de Sambreville. Il s'en acquitta en deux ans et demie, délai qui impressionna sa hiérarchie au point de lui valoir les éloges de monsieur Dupuis lui-même. C'est en 1972 qu'il devint responsable en second des services techniques, puis, en 1974, chef du service.


A l'enterrement de Léon Prunelle, en 1981,
Gaston est repéré par une croix jaune

C'est à ce titre qu'il lance, en 1977, le projet d'informatisation de l'entreprise, et innove avec la création d'une entité séparée de Dupuis, la CGIPE. Initialement détenue à 100% par Dupuis, l'entreprise finira par s'émanciper, gagnant d'autres clients dans l'édition, d'abord sur le marché Belge, puis s'étendant en France, aux Pays-Bas et en Allemagne. Elle sera par la suite introduite à la bourse de Bruxelles, avec Gaston Lagaffe restant actionnaire de référence avec 22% du capital. Après le rachat en LBO, en 1982, de la société De Mesmaeker, Lagaffe, devenu une des étoiles montantes du capitalisme d'outre-Quiévrain, se retrouve à la tête d'un réseau de librairies, qu'il ne tarde pas à réorganiser et à rationaliser, négociant durement avec les éditeurs, investissant dans la presse, milieu qu'il connaît bien.


Le siège de Vivéolys, ex-CGIPE, à Bruxelles

C'est à cette époque qu'il s'intéresse, discrètement, mais de façon régulière, à la politique. Tout d'abord pour protéger ses activités d'ingérences étatiques qu'il juge disproportionnées, puis petit à petit, pour mettre à profit l'influence que lui donnent ses publications pour faire la promotion de divers mouvements politiques conservateurs dans une Europe alors déchirée entre sociaux-démocrates triomphants et néolibéraux anglo-saxons. Lui-même amené par sa femme à fréquenter des mouvements Chrétiens traditionnalistes, il devient en effet, en 1978, Chevalier de l'Ordre Apostolique Romain de Saint-Jean de la Croix, une obédience soupçonnée, dans les années suivantes, d'avoir des liens avec la droite extrême, les survivants du REX, voire avec les sinistres Tueurs du Brabant.


Marie-Béatrice Dengrelle, future épouse Lagaffe et mère
de Gaston, en compagnie de jeunes rexistes en 1942

Victime, en 1992, d'un attentat à la voiture piégée - jamais élucidé - qui le laisse hémiplégique, Gaston Lagaffe ne perd toutefois rien de son énergie légendaire. Maintenant résident à Locarno, il dirige son empire depuis sa villa luxueuse, et poursuit ses discrètes activités de lobbying. Il met chaque année son vaste chalet à disposition des organisateurs du forum de Davos. Ses bons offices auraient été appréciés lors de la conclusion de plusieurs deals pétroliers importants au moyen-orient, il serait, par le truchement d'une cascade de sociétés-écran, le principal actionnaire de plusieurs aéroports internationaux et d'infrastructures portuaires, on retrouve son nom associé à l'industrie du diverstissement au Japon et au Mexique, il se serait lancé dans l'agroalimentaire en Argentine, il serait très actif sur le marché du riz en Thaïlande... Beaucoup de rumeurs, mais peu de faits concrets. C'est donc ce vieux monsieur très discret s'apprête à laisser les rênes de son obscur empire à son fils Roland.


Dernière photographie publique de Gaston
Lagaffe, à la conférence de Bilderberg en 2012




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Tags: belles histoires
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