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Ph'nglui mglw'nafh Cthulhu R'lyeh wgah'nagl fhtagn

Il y a souvent, le soir, en marge des grands congrès scientifiques officiels, de discrètes et informelles réunions entre quelques spécialistes, unis par un même centre d'intérêt dont, pour une raison ou pour une autre, ils ne veulent, ou ne peuvent, parler ouvertement à une large audience de leurs pairs. Peu de chercheurs vous l'avoueront, mais c'est bien souvent au cours de telles réunions, et non pas lors des grandes messes solennelles au sein d'auditoriums où l'on s'endort, que se fait réellement la science. Cela se passe ordinairement dans une chambre d'hôtel, dans l'arrière-salle d'un bar. Ce soir là, à l'occasion du neuvième World Archaeological Congress à Prague, le vénérable professeur Antonin Hrabal avait tout simplement convié chez lui, dans le modeste appartement qu'il partageait avec son épouse et collaboratrice de longue date Eva, quelques collègues qu'il pouvait compter au nombre de ses amis fiables. Il y avait Jade Orbisson, de l'Université du Kansas, qui avait découvert la cité aztèque de Xutchubalkapa en 1978, Jean-Luc Hébertet, pionnier de l'archéologie sous-marine, qui avait mis au jour nombre de sites engloutis en Méditerrannée, le discret mais entousiaste Xian Juwei, qu'un récent accident de santé avait privé de l'usage de ses jambes, mais pas de sa bonne humeur, et Roy Farnsworth, titulaire de la chaire de philologie à Oxford (à qui il ne fallait surtout pas parler de Tolkien) et grand érudit pour tout ce qui relevait des langages les plus obscurs du début des temps historiques. Après un bon repas, et après avoir débarrassé la table, c'est ce dernier qui entra dans le vif du sujet.

" J'ai tout d'abord repris les notes du professeur Harkins, découvertes avec les restes de son expéditions malheureuse de 1870 en dans l'archipel de Tumameru, où il fait mention d'une entité maléfique du nom de "Kulu", endormie depuis les temps préhistoriques dans les profondeurs benthiques du Pacifique sud. Ceci m'a immédiatement fait penser au dieu Cthulhu, cité à maint reprises par l'écrivain Américain Howard Phillips Lovecraft dans ses nouvelles horrifiques. Y aurait-il quelque trace de véracité dans ces monuments de littérature effroyable ? Une telle perspective me glaçait de terreur, je me rassurais en imaginant que peut-être, des sources précédentes, oubliées depuis, avaient mis l'auteur de Providence sur la piste de cette entité ? J'ai alors fiévreusement tenté de démêler les fils de cet écheveau. J'ai contacté notre amie Jade ici présente, et les découvertes qu'elle fit ne me rassurèrent pas le moins du monde. Jade ?
- Oui, j'ai mis du temps à me remémorer l'endroit où j'avais déjà lu un tel nom... Finalement, c'était dans un carnet que j'avais compulsé du temps où je faisais ma thèse, ce qui ne nous rajeunit pas. Ignacio Lopez de Arraya, un conquistador rentré au pays sans un sou, avait relaté dans ses mémoires les pratiques cultuelles d'une tribu d'anthropophages abominables de la péninsule du Yucatan, une peuplade dégénérée, à l'en croire, et si brutale que même les farouches Mayas des environs évitaient tout contact avec eux. Ils vénéraient un panthéon horrifique de créatures venues du fond des mers, au premier rang desquelles figurait un certain "Jhu Lhu". La coïncidence est frappante.
- Ceci pourrait-il avoir un rapport avec le Xia Lu ? Il s'agit d'une créature mythologique du folklore Chinois, surtout connu du côté de Canton. Selon la légende, dont il existe plusieurs versions, un dragon titanesque et maléfique qui aurait combattu les dieux, lors de la naissance du monde, et aurait été enfermé sous les océans, rêvant d'un sommeil éternel. Gare à qui l'éveillerait !
- Intéressant. De quand datent ces légendes ?
- Les premières transcriptions sont aussi anciennes que l'écriture chinoise, environ quatre mille ans.
- Alors, nous sommes sur la bonne piste. Voyez comme ce nom maudit se transforme peu à peu à mesure que nous remontons le temps, mais toujours restent les éléments fondateurs : un être titanesque, malévolent, et prisonnier des flots ! Et vous, Antonin, je crois que vous avez du nouveau ?
- Oui, et à la lumière de ce que vous venez de dire, je pense que nous allons faire encore un pas. Une équipe de mon université a découvert en Anatolie, il y a deux ans, les ruines d'une cité ravagée par un cataclysme soudain, submergée par un raz-de-marée, d'autant plus étonnant qu'elle se situait à cent kilomètres à l'intérieur des côtes, et sur une colline à deux cent mètres d'altitude. Et là, dans les ruines, quelques tablettes d'argile vieilles de cinq mille ans avaient été miraculeusement préservées par un incendie, qui les avaient littéralement cuites sur place. L'une d'elle comportait le fragment d'une légende, tout à fait semblable à celles que nous avons évoquées jusqu'ici, mais dont le héros, si je puis dire, portait le nom de Chiah-Ruk. Je n'avais pas fait le rapprochement jusqu'à une date récente, mais avec ce dont nous venons de parler, je pense pouvoir affirmer que nous avons affaire à la même entité.
- Fascinant. Et vous, Jean-Luc, du nouveau ?
- Fhtagn. Enfin, je veux dire, non, j'ai rien trouvé. Bon, on avait parlé d'un gâteau là, non ? "



Au fait, je ne vous ai pas parlé de ce
superbe objet d'art que j'ai ramené des USA

Tags: textes divers
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