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Remontons-nous le moral

Alors voilà mon petit calcul de ce que va nous coûter, non pas le coronavirus, mais le confinement. Ci-dessous, j'ai noté par trimestre, sur 2 ans et demie, des prévisions de croissance du PIB. Les Q1 et Q2 2020 sont évidemment les chiffres de l'INSEE (le Q1 a été révisé à la baisse au moment de la publication du Q2), j'ai inféré que l'activité allait rebondir de 6% au Q3, 3% au Q4, et se maintenir à 2% pendant un an et demie par effet de rattrapage. J'ai appliqué ceci à un PIB de base 100, et j'ai observé que mi-2022, nous devrions retrouver l'activité pré-covid.


J'ai ensuite calculé "l'aire sous la courbe", c'est à dire la masse de PIB perdue à cause de ces singeries. On arrive à 20% du PIB annuel de base environ. 20% de toutes les richesses produites dans le pays ont disparu.

D'aucun m'objecteront que ces prévisions sont faites au doigt mouillé, et j'en conviens. Toutefois, ceci rejoint les prévisions du Ministère de l’Economie et des Finances concernant la dette publique, qui prévoit que celle-ci passera de 100% à 120,9% du PIB cette année (soit, plus de deux fois le maximum prévu par les critères de Maastricht, mais à ce point...)

Alors bon, on va faire de la dette, c'est pas bien grave, me direz-vous. C'est pas juste ça. Ces 20% de PIB, ce n'est pas juste des impôts qu'on n'a pas prélevé et des allocations farfelues qu'on a fait pleuvoir sur les banlieues, comme on en a l'habitude. C'est du VRAI PIB. C'est de la véritable activité économique qui n'a pas eu lieu. Ce n'est pas un artifice comptable, ce sont des richesses qui n'ont pas été produites, et qui ne le seront jamais.

Les imbéciles croient que l'économie, c'est la science de l'argent. Non, pas plus que la médecine, c'est la science de la fièvre, l'économie n'est pas la science de l'argent. C'est la science des richesses. Les richesses, c'est ce qui est produit par le travail des hommes : des biens et des services. Ces biens et services sont ensuite consommé par d'autres hommes, c'est ce qu'on appelle la civilisation. Quand on s'est dispensé de créer des richesses pendant 20% d'une année, quand on n'a pas fabriqué de voitures, pas construit de maison, pas coiffé rombières, pas coupé de vêtements, pas rénové de toiture, pas rebouché les trous de la route, c'est une toute autre affaire que quand une vague banque fait faillite au fin-fond du Wisconsin et entraîne la chute des bourses. C'est de la vraie économie concrète, pas de la finance.

Cette projection, je me suis amusé à la faire la semaine dernière. Depuis, je suis venu à me convaincre qu'elle était fort optimiste. D'une part, parce que les débiles mentaux qui nous gouvernent ne semblent toujours pas avoir compris que les conséquences d'un effondrement économique seront infiniment plus tragiques que celles d'une seconde vague de l'épidémie, même si elle est très meurtrière. Nous ne sommes pas à l'abri de voir un troisième trimestre atone (c'est l'été après tout), et un quatrième catastrophique (à mesure qu'arriveront les recommandés de licenciement), auquel cas nous nous dirigerons vers une spirale de type vénézuélienne. D'autre part parce que, travaillant dans le milieu bancaire, on m'a montré l'exemple de produits financiers à destination des PME qui ont perdu 90% du volume d'affaires d'une année sur l'autre. C'est pas super bon signe.

Mais bon, est-ce que c'est si grave, après tout, 20% du PIB ? Bon, vous voyez ça ?


N'approchez pas de trop près

C'est la centrale nucléaire de Tchernobyl, vraisemblablement au début des années 80. Elle a un peu changé de physionomie depuis suite à l'explosion du réacteur que l'on voit sur la droite. Les estimations sur le coût total de la catastrophe de Tchernobyl sont très variables d'une étude à l'autre, mais les travaux les plus complets ont été faits par un institut Biélorusse (le pays le plus touché par la catastrophe) qui a estimé le coût total, sur trente ans, à 235 milliards de dollars. Ceci inclut le coût de la centrale elle-même, la décontamination, les pensions aux victimes, les deux sarcophages, etc, etc... Il s'agit d'une somme équivalente à 9% du PIB de l'URSS au moment de la catastrophe, et ça a été suffisant pour mettre à terre l'empire soviétique, qui a disparu cinq ans plus tard.

Mais c'est pas grave, on est beaucoup plus intelligents que les popov, pas vrai ?

Non, je n'exagère pas. Je ne vois pas vraiment, dans les annonces gouvernementales, ce qui pourrait augurer d'un quelconque redressement du pays. Rien de concret pour l'industrie. Rien de concret pour l'agriculture. Un secteur touristique et culturel abandonné. Encore et toujours les mêmes fariboles environnementalistes. Encore plus d'impôts, encore plus de règlements, encore plus de fonctionnaires pour contrôler tout ça.

" Oui, mais nos vies valent mieux que vos profits ", nous braient toutes les sortes de flippés du cul qui croient que le port du masque en extérieur présente un intérêt sanitaire. J'ai noté cependant que les tenants de cette forte maxime étaient toujours issus de la classe protégée : fonctionnaires ou assimilés, retraités, professions privilégiées par le pouvoir, d'une manière ou d'une autre. Les petits commerçants, artisans, indépendants, salariés du petit-privé-licenciable, eux, ils ont déjà bien compris où on allait, et ils crèvent de trouille, mais d'autres, bizarrement, se croient protégés par la ligne maginot des acquis sociaux. Alors laissez-moi vous raconter comment ça va se passer pour vous.

Un jour, genre le 5 du mois, vous allez regarder votre compte en banque, et vous verrez que votre virement n'est toujours pas arrivé. Vous allez gueuler à la paye, où on vous dira qu'il y a un bug informatique en voie de résolution, et effectivement, le 10, vous toucherez votre paye. Le mois suivant, vous n'aurez toujours pas votre paye le 10, alors vous allez gueuler à la paye, et on vous dira que c'est encore le bug informatique, et que c'est en cours de résolution, et effectivement, le 20, vous allez toucher la moitié de votre paye, et le reste sera régularisé le mois prochain. Ce fameux mois prochain, vous recevrez un demi-mois de paye, et on vous "proposera" de recevoir le reliquat en "bons convertible réajustés actuariels", ou quelque nom qu'on donnera ce genre de chose. A ce stade, vous avez compris que c'est pas un bug informatique, c'est qu'il n'y a plus d'argent pour vous payer. Vous allez descendre dans la rue à l'appel de vos syndicats, vous allez vous faire tirer dessus par les flics, qui eux, touchent encore leur salaire vrai argent (enfin, si le gouvernement n'est pas trop con), vous allez faire grève, et vous allez découvrir un fait amusant : la politique, c'est un rapport de force. Si vous avez un service essentiel à vendre à l'état, vous avez un moyen de pression. Si vous êtes prof d'arts plastiques dans une MJC, moins. Bien sûr, vous allez rester accroché à votre poste (enfin, si la police ne vous a pas logé une balle dans la tête au cours d'une manif), et année après année, vous allez perdre du pouvoir d'achat à force de salaire non-réévalué et de paye en tapacones. Alors, vous allez voir de plus en plus de vos collègues quitter le bureau de plus en plus tôt pour courir vendre des salsifis sur les marchés, réparer des plomberies, donner des cours du soir au black, bref, faire ce qui deviendra, année après année, "leur vrai boulot". Ah, vous aurez toujours votre sécurité de l'emploi, vos congés payés, votre assurance maladie qui vous donnera accès gratuitement à tous les mouroirs d'état du pays, pas de panique.

Remarquez, il est possible que je me trompe, hein, je ne suis pas expert. Si ça se fait, vous avez raison de faire confiance à l'état.

Bonne promenade. N’oubliez pas votre masque.
Tags: la france qui coule
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