aspexplorer (aspexplorer) wrote,
aspexplorer
aspexplorer

Les effets secondaires

Alors voilà, il se trouve que mon père fait partie des heureux élus qui eurent la chance de pouvoir faire leur première injection de vaccin, j'ai donc un témoignage de première main. Apparemment, les effets secondaires débutent le lendemain de l'injection, avec symptômes de type grippaux : des courbatures, des vertiges, des maux de tête, mais tout ça est assez léger. Puis il a été pris d'une forte fièvre qui l'a cloué au lit durant trois jours, avec des crises d'angoisse, des phases d'éveil fiévreuses avec accélération du rythme cardiaque, entrecoupées de longues périodes de sommeil agité de rêves dont il ne gardait pas le souvenir à son réveil, si ce n'est qu'ils étaient très désagréables. Au matin du quatrième jour, son état s'améliora, et il fut capable de se lever pour coucher ses impressions sur le papier. Il s'aperçut alors qu'il ne maîtrisait plus ses mains, et qu'en lieux et places de son élégante écriture de professeur de philologie, il traçait, sans pouvoir exercer aucun contrôle, des rangées de signes hideux. Il crut d'abord à une atteinte nerveuse, du type Parkinson, qui déformerait ses lettres, mais lorsqu'il s'exerçait à toute autre activité que l'écriture, il ne ressentait aucune dégradation de sa dextérité. Au contraire même, en dépit de son grand âge, il lui semblait recouvrer une santé insolente. Il nota alors que dans les signes qu'il traçait, certains revenaient plus régulièrement que d'autres. Une écriture ? Il se flattait pourtant de pouvoir reconnaître du premier coup d'œil n'importe quel jeu de caractère jamais utilisé dans l'histoire humaine. Pourtant, c'était bien là, dansant devant ses yeux, ces alignements de glyphes abscons aux volutes contournées, aux boucles improbables, aux crochets inquiétants. Le lendemain, pris d'une compulsion irrépressible, il se mit à griffonner des pages, des cahiers entiers de ces abominations, haletant, sans songer même à s'alimenter, y passant ses nuits et ses jours. Puis, au matin du neuvième jour, ses voisins entendirent un épouvantable hurlement, qu'ils décrivirent tous comme strident, inhumain, venu d'un autre monde. La gendarmerie, à son arrivée sur place, ne put que constater sa disparition. Au milieu du salon, sur le carrelage, il avait brûlé tous ses cahiers, mais quelques-uns de ses glyphes subsistaient, commentant les dessins hideux qu'il avait scotchés au mur, des dessins d'une incroyable minutie, représentant des paysages, des créatures, des géométries inconcevables.

C'était le Pfizer, pour info.
Tags: textes divers
Subscribe

  • Marrade

    "Mata ashita", c'est encore plus rigolo avec les paroles. Parfait pour un anime fun comme Madoka.

  • Charlotte

    Contrairement à ce que prétendent certains guignols médiatiques, il n'y a pas que les migrants Erythréens qui se passionnent pour la littérature…

  • Rencontre en haute mer

  • Post a new comment

    Error

    default userpic

    Your IP address will be recorded 

    When you submit the form an invisible reCAPTCHA check will be performed.
    You must follow the Privacy Policy and Google Terms of use.
  • 4 comments