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La guerre et ses horreurs

Micky Psoriasis et ses copains ont sorti une cover de Halestorm. Je suis
fan de Halestorm donc je ne vais pas dire que c'est meilleur que l'original.






C'était vers le vingt novembre. Dans un mois et demi, tout serait fini, on serait morts, pour la plupart, prisonniers de l'enfer gelé pour les autres. On ne le savait pas encore, même si on avait tous compris, tous, même les plus fanatiques, que c'était mal barré. Nous étions encerclés. Les Russes avaient pris la plupart des aérodromes, et canardaient dru tout ce qui s'approchait des pistes restantes. Le ravitaillement n'arrivait plus. C'est à peine si on recevait des munitions, le courrier, n'en parlons pas. Et la bouffe, évidemment, c'était à l'avenant. Crever de faim devant des Bolchéviques bien nourris, quelle ironie pour les guerriers du Grand Reich ! Bref, on avait froid, on avait faim, et comme on avait froid, on avait encore plus faim. Tous les matins, il y en avait un, dans la compagnie, qui ne se relevait pas. C'était comme ça.

Et donc, on faisait le siège de cette foutue usine de tracteurs qu'on n'a jamais réussi à prendre. Dans le poste, on était quatre en tout et pour tout, moi qui commandais, du haut de mes 24 ans et de mes épaulettes d'Obergefreiter, Hans, Herbert et Wilfried. C'était tout ce qui restait de notre section, mais on tenait bon. Un soir, mon copain Hans vient me voir, tout excité, il me dit de le suivre. Le poste, c'était une maison à moins d'un kilomètre de l'usine. L'étage avait été rasé et le toit n'était qu'un souvenir, mais le rez-de-chaussée n'était pas encore trop troué. En haut, on avait installé un petit poste d'observation, d'où on pouvait surveiller deux rues menant à la Volga, et on se relayait là à se cailler les meules et à compter les casques de communistes.

Bref, revenant de chercher de l'eau et quelques nouvelles depuis le quartier-général de la division (il n'y avait rien d'autre à ramener depuis longtemps), Hans, craignant d'être pris en joue par un sniper, avait fait le détour par la maison voisine, s'était faufilé par les caves, et n'avait plus eu qu'à traverser la rue en courant. Mais en chemin, il avait découvert quelque chose d'intéressant dans l'une de ces caves. J'écoutais son histoire, sans trop y croire. C'était tellement inattendu ! Je dis à mes soldats de poursuivre l'observation sans moi, et suivais Hans dans les ruines. Nous arrivâmes dans la cave qu'il avait repérée, tout était comme il me l'avait décrit. Peut-être que jadis, au-dessus, il y avait eu une épicerie ou Dieu sait quel commerce ces foutus bouffeurs de borscht ont dans leurs villes, mais il y avait plein d'étagères, vides certes. Hans me fit signe de regarder par terre, là, une trappe jadis cachée par la poussière. Il s'agenouilla, tira sur un anneau, et découvrit un petit espace, assez gros pour qu'une chatte y fasse ses petits. A l'intérieur, une boîte en papier à peine écornée. C'était écrit en russe, aucun de nous ne comprenait ce galimatias. Nous l'ouvrîmes pour vérifier. Oui, c'était bien cela : six petits vol-au-vents, encore tout à fait mangeables semblait-il ! N'était-il pas incroyable de trouver, si loin de toute civilisation, un témoignage aussi inestimable et incongru de l'art culinaire ?

L'idée de nous en goinfrer ne nous traversa pas l'esprit : nous avions laissé derrière nous deux camarades, même si nous mourrions de faim, nous allions partager avec eux. Les civils ne peuvent comprendre ces chose. Bref, nous retournons à notre poste. Herbert et Wilfried n'en croient pas leurs yeux. Mais soudain, ce dernier se met à pleurer de rage.

" Oder was ?
- C'est trop injuste. Nous avons des vol-au-vents, et nous allons devoir les jeter, car nous n'avons pas de préparation à mettre dedans.
- C'est vrai, tu as raison, dit Hans, effondré. Comment allons-nous faire des bouchées à la reine ? "

Oui, c'était décevant. Peut-on imaginer notre désespoir à ce moment là ? Peut-être les hommes de Scott, atteignant le pôle sud et y voyant flotter le drapeau norvégien, ont-ils connu le même genre de désillusion.

" Et si...
- Oui Herbert ?
- Du côté de Donetsk, j'ai entendu une histoire que j'ai eu peine à croire sur le coup, mais maintenant, je veux bien y accorder foi. Des paysans Ukrainiens, poussés à la plus extrême misère, avaient un jour garni des bouchées à la reine avec... Je n'ose le dire...
- Avec quoi donc, Herbert ?
- Avec le contenu d'une boîte de quenelles en sauce. Ils avaient découpé les quenelles tout petit, et...
- Oh mein Gott ! "

Nous nous regardâmes longuement, en silence, pétrifiés par ce que nous imaginions. Je finis par comprendre que mes hommes attendaient quelque chose de moi.

" Hans, va chercher une boîte de quenelles. Je vais le faire. "

Ah, guerre, que d'horreur ne commet-on en ton nom ?
Tags: textes divers
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