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La catin II - livre III - Chapitre 16

Chapitre 16. L’île des brumes



Il régnait sur l’île une ambiance fantasmagorique, entretenue par le silence sépulcral qui baignait les lieux. Lorsque les compagnons sortirent du temple outragé par les siècles, ils se retrouvèrent au milieu d’une scène semblable à ces rêves dont on a clair souvenir au réveil, et qui presque aussitôt s’effacent de la mémoire, n’y laissant qu’une impression énigmatique de béatitude, d’effroi ou d’étrangeté. Etait-ce réellement une ville qui s’était tenue là, où bien la scène de quelque théâtre bâtie en pierre pour complaire à la monomanie d’un souverain aux passions exotiques ? Les bâtiments étaient soit trop grands, soit trop petits pour l’usage qu’on leur devinait, ici, une allée de pierre serpentait entre des obstacles brillant par leur inexistence, là on avait sculpté avec soin un gigantesque bloc d’une pierre à la résistance inconnue pour lui donner l’apparence d’un arbre, un peu plus loin trônait la statue de quelque centaure n’ayant, pour tête, qu’un anneau. Des statues mutilées formaient une farandole autour d’une colonne isolée. Au centre de ce panorama ô combien insolite, voilé par endroit d’une brume mouvante, se dressait un édicule de taille modeste, mais parfaitement conservé, évoquant à s’y méprendre un kiosque à musique. Mais quel orchestre aurait pu s’y représenter, sous ce belvédère où avec peine, deux musiciens auraient eu de la peine à jouer de conserve ?
Mais quelles étaient ces deux maigres silhouettes aux mouvements saccadés que l’on distinguait maintenant, dialoguant sous le menu chapiteau de ce grotesque abri ? A pas de loups au bord de la sente tortueuse, marchant sur l’herbe rase, maladive et détrempée, l’œil et l’oreille aux aguets, nos compagnons s’approchèrent pour en avoir le cœur net. Ces lieux de toute évidence maudits avaient-ils donc des habitants ? Un vent changeant au souffle indolent jouait avec les rideaux de brume, dérobant parfois la scène à la vue des aventuriers, dévoilant quelques secondes plus tard des hectomètres de paysage. Ce n’est que lorsqu’ils furent rendus à une vingtaine de pas qu’ils purent entendre les voix monotones des deux interlocuteurs et saisir leur discours. Et ce n’était pas une conversation. Car si chacun des deux protagonistes alignait des phrases, contrairement à l’usage civil répandu un peu partout, l’autre n’attendait guère que son compagnon ai fini de parler avant de lui répondre.
« Comme il fait beau temps aujourd’hui.
- Oh oui, c’est le début du printemps.
- Les oiseaux chantent, c’est merveilleux. »
Ce verbiage sans queue ni tête était prononcé par deux voix monocordes s’entrecroisant, toutes deux grises et usées jusqu’à la trame par la poussière des siècles, néanmoins, on parvenait encore à distinguer dans l’une des inflexions masculines, et dans l’autre des accents féminins. S’approchant enfin jusqu’à être à moins d’un jet de pierre, ils virent que les deux êtres se vêtaient de hardes pourrissantes auxquelles s’accrochaient des restes de polychromie. Soudain, l’une des deux silhouette se retourna, et la compagnie se figea, glacée, tandis que les yeux morts la balayaient, sans toutefois s’arrêter pour les considérer plus avant. Oui, morts, tout comme l’était ce pauvre diable, cette malheureuse parodie d’être humain, ce cadavre animé au visage rongé par les vers, desséché par le vent, creusé par la putréfaction, que toute vie avait quitté mais qui restait figé toutefois dans une étrange obsession, accroché à un semblant d’existence par un souvenir sans queue ni tête, une mission oubliée et futile, une chimère grotesque.
« Allez les enfants, chantons une chanson.
- Regarde les jolies fleurs que j’ai cueillies pour toi, Julie ! Ce sont des myosotis...
- Oh, François, c’est merveilleux.
- As-tu vu notre ami le facteur ?
- Il repeignait sa maison avec Léonard.
- Ah, sacré Léonard. »
Entendant cela, une horrible pensée frappa soudain Ange, qui prit Toudot par le bras et, le visage blême, le menton tremblant, articula :
« François, Julie, le facteur... C’est horrible !
- Qu’y a-t-il ?
- Tu es trop jeune pour avoir connu ça, mais... une... une horreur issue du fond des temps, une abominable fantasmagorie vomie des tréfonds de mes souvenirs... Non, ça ne peut être, ce serait trop... »
Soudain, il y eut un bruit sourd, suivi d’un frisson de la terre, comme si on venait d’abattre un grand chêne.
« Il arrive, il vient... Ayeee... Non !
- Qui donc ? Mais parle ! Relève-toi ! »
Un nouveau bruit sourd se fit entendre, plus fort, plus proche, suivi d’un autre. On aurait dit un colossal martèlement dont les coups s’accéléraient, se rapprochaient. Etait-ce... Mais oui, c’était un bruit de pas. Le pas d’un titan, d’un colosse. Bien vainement, nos amis tirèrent leurs armes, scrutant la brume opaque. Mais dans quelle direction regarder ? Ce qui était devenu une cavalcade semblait provenir de toute part, les entourer, fuir, tromper l’oreille.
Puis il y eut une ombre. Et l’ombre devint une forme indistincte. Etait-ce un bâtiment cyclopéen ? Cela bougeait, pourtant, c’était bien trop grand pour bouger. Et pourtant non, c’était bien de la silhouette monumentale que provenait le pas colossal qui les emplissait maintenant d’une terreur abjecte, une couleur brûlante transperçant le gris et morne brouillard, une couleur emplissant le ciel... Leurs mains se crispèrent sur leurs armes, bien futiles.
Hélas, la brume s’entrouvrit un instant, dévoilant dans son obscène nudité la forme de leur monstrueux ennemi. C’était un gigantesque reptile, mais pas de ces lourds lézards ou de ces indolents crocodiles qui s’en vont, vautrés sur leurs abdomens. C’était une créature haute sur ses deux pattes monumentales, épaisses comme des troncs d’arbres centenaires. Son corps étroit et musculeux incliné vers l’avant, sa longue queue mobile fouettant l’air, balançant de droite et de gauche en guise de balancier, et surtout sa tête, son énorme tête osseuse d’impitoyable prédateur, oui, ils virent tout cela comme dans un cauchemar, et ils comprirent alors que ce n’était pas la poltronnerie qui avait chassé Pikrokol de ces terres, vingt ans auparavant, mais la légitime terreur qu’inspirait à quiconque la croisait cette épouvantable et titanesque chimère, ce répugnant carnassier issu du fond des âges, cette horreur qui maintenant humait l’air en quête de ses proies. Il pouvait sentir la peur, il pouvait deviner la panique. Il braqua alors son regard rouge et inhumain sur les petites créatures pétrifiées sur place sous le poids d’un saisissement au-delà de toute compréhension. Puis, il ouvrit sa gueule démesurée, armée de cent crocs jaunis et barbelés, longs chacun comme un cimeterre, et poussa un hurlement qui résonna et roula contre le flanc des montagnes proches. Il cria comme avaient dû crier ses congénères dans les jungles étranges et cruelles qui recouvraient la Terre, des millions d’années plus tôt, bien avant que les premiers hommes ne se fussent dressés sur leurs deux jambes. Il poussa son brame insane et blasphématoire, proclamant à la face des dieux que sa race n’était pas éteinte, présentant à ses ennemis son flanc large et puissant, son cuir squameux incrusté de larges écailles ternes et d’une étrange couleur orange, semé par endroit de larges tâches rouges ou jaunes.
« Horreur ! Casimir ! Fuyez ! »

Qu’est-ce que je peux être idiote, se dit Vertu tandis que sa trajectoire s’incurvait sous l’effet de la gravité. Elle avait encore l’impression de voler. Dans quelques fractions de seconde, elle aurait l’impression nettement plus justifiée qu’elle tombait. Elle évita de regarder sous elle. Il n’était pas nécessaire, en effet, qu’elle rende encore plus horribles ses derniers instants.
Puis elle entrevit sur sa gauche une forme qui se déplaçait à deux mètres d’elle, selon la même trajectoire. Elle tourna la tête, et vit avec surprise que ce n’était pas Condeezza. C’était encore cette agaçante gamine.
Et c’était reparti.

Elle suivait son hôte habituel en tête d’une file de gens, ou plutôt des ombres indistinctes en formes de gens, qui avançaient très lentement. Comme tout le monde, elle portait un plateau de bois garni de couverts, d’une petite miche de pain et d’assiettes de menues victuailles. Le tout se déroulait dans une grande salle toute en longueur, apparemment en sous-sol. Se tenant coite, elle se contenta d’observer celui qui se faisait appeler Palimon. Lorsqu’il fut enfin arrivé devant une ombre un peu moins indistincte que les autres, qui se tenait derrière un comptoir, il lui tendit le sésame rectangulaire portant son effigie et s’écria, cryptique :
« Je vais prendre la cuisse de dinde sauce curry. »
L’ombre, sans un mot, saisit l’objet, le passa sur un petit appareil carré et clignotant, puis le lui rendit aussitôt, assorti d’un minuscule parchemin que l’appareil avait confectionné en crachotant. Puis, alors que l’homme se faisait servir sa viande (accompagné de riz et sa sauce) par un évanescent factotum, Vertu l’imita, commandant impérieusement :
« Même chose. »
Plus rien ne pouvait l’étonner.
Ils s’installèrent un peu plus loin dans la salle bourdonnante de conversations chuchotées, des conversations qui s’avéraient être, si l’on tendait l’oreille, une suite de mots sans lien ni aucune signification, un simulacre, une parodie. Ils prirent un bout de table et s’installèrent en vis-à-vis.
« Alors, demanda-t-il en coupant sa miche pour y tartiner son pâté, ça avance ?
- Quoi donc ? Ah oui, notre affaire ! Eh bien, on ne peut pas dire que nous soyons présentement en excellente posture, mais je suppose que ça va s’arranger. Ça finit toujours par s’arranger.
- Oui, enfin, méfiez-vous. Je ne doute pas de vos talents pour la survie, ça m’ennuierait que vous périssiez.
- ...avant d’avoir accompli ma mission.
- Oh, quel cynisme. C’est étrange, j’ai l’impression que vous n’êtes plus aussi enthousiaste que lors de nos précédentes rencontres.
- Vous vous faites des idées. Je suis ravie de courir la campagne dans des conditions qui feraient horreur à un vagabond, torturée par la faim, la soif, la maladie, les blessures de toutes sortes, les bêtes les plus répugnantes et les ennemis les plus acharnés pour défendre une cause que je persiste à considérer comme nébuleuse.
- Sauver le monde, une cause nébuleuse ?
- Votre belle histoire, mon cher Palimon, me semble en effet peu claire.
- Ah ben merci ! Alors on se crève le fion pendant des millénaires pour éviter l’apocalypse, et voici comment on est récompensé ! Vraiment, j’aurais mieux fait de m’en foutre et de vous laisser dans votre merde.
- Oh, du calme !
- Et est-ce que je vous fais des reproches, moi, alors que j’ai très bien vu que vous étiez alliée avec notre ennemie Condeezza ? Je vous rappelle qu’elle lutte aux côtés de Naong, le Grand Ver !
- Oui, eh bien parlons-en, avec vos histoires, je me retrouve prêtres de Nyshra. Vous croyez peut-être que ça m’amuse de me faire courser par tous les paladins du continent ?
- C’est pas si mal, Nyshra. Et puis je vous rappelle surtout, et c’est le plus important, que votre amie là, elle combat pour étendre l’empire du Destructeur sur le monde. Vous l’avez oublié, ça, ou quoi ?
- Ah oui, c’est vrai, le Destructeur. Le problème, c’est qu’en discutant un peu avec elle, je me suis aperçue – et ça n’a pas été une surprise pour moi – qu’elle aussi croyait lutter pour Palimon et contre les visées du Destructeur, que selon elle, je servais.
- N’importe quoi ! Elle ment. Ou plus probablement, elle aura été trompée.
- C’est la parole de sa petite fille contre la parole de la mienne. Vous êtes, en toute objectivité, à égalité de crédibilité dans cette affaire. C’est en tout cas ce que je pensais au début. Mais en y réfléchissant plus avant, je me suis aperçue que vous aviez un peu trop parlé.
- Pardon ?
- Vous êtes du genre bavard, et c’est un défaut qui peut perdre les entités les plus redoutables. J’ai repensé à ce que vous m’aviez dit sur la troisième clé. Il m’est bien vite apparu avec acuité que si sa petite fille avait guidé Dizzie sur la piste de Naong, c’était pour une seule et unique raison : celui-ci, ou ses serviteurs, avaient en leur possession cet étrange astrolabe que je lui ai d’ailleurs dérobé. Pourquoi ? Mais parce que celui qui inspire Condeezza ignorait tout de la cachette de cette troisième clé. Contrairement à vous, qui non seulement la connaissiez, mes en plus, m’aviez confié un plan parfaitement détaillé. Le plan d’accès à la tanière d’un puissant dragon, le plan pour accéder à son trésor ! Si Palimon, comme vous le dites, n’était que la pauvre et innocente victime livrée en sacrifice à un démon, par quel mystère a-t-il pu connaître quelque chose d’aussi intime et secret ? Je ne crois pas que les dragons de l’époque étaient beaucoup plus ouverts sur le sujet que ceux de maintenant. Non, seuls les dieux peuvent savoir ce genre de chose. Voici pourquoi je pense que vous n’êtes pas Palimon, vous êtes le Destructeur. Vous me mentez depuis le début. »
Après l’emportement dont il avait fait montre peu avant, Vertu s’attendait à des dénégations plus ou moins offusquées. Il n’en fut rien.
« Je parle trop, il est vrai. Tu as deviné juste, je suis le Destructeur. Mais est-ce si important ? Cela ne change rien à notre affaire.
- Je crois que si ! Pourquoi t’aiderais-je maintenant ?
- Mais la raison n’a pas changé : pour empêcher que le monde ne soit détruit.
- Je ne comprends pas.
- Je suis d’accord pour concéder que le nom sous lequel tu me connais n’est pas très flatteur, du reste j’en ai d’autres plus à mon goût. Car je ne suis pas nihiliste, je cherche au contraire à préserver la création, et elle est en danger. Je ne t’ai pas menti lorsque je t’ai conté le lien qui nous unit, Palimon et moi, nous sommes connectés intimement, car il a été le véhicule par lequel le sortilège de mon emprisonnement avait été lancé. Lorsque je suis apparu en ce monde, nos essences se sont intimement mêlées.
- Tu m’as déjà dit cela.
- Certes, mais là où nos destins ont divergé, c’est que moi, je suis un dieu. Qu’est-ce qu’une réclusion de quelques millénaires pour moi ? Un contretemps, une péripétie sans importance, vite oubliée. Palimon, en revanche, était un mortel à l’esprit faible, qui a subi des agonies effroyables durant notre captivité commune. Quelques années durant, il a enduré la perte de son corps, la perte de ses sens, puis j’ai senti son esprit sombrer dans la folie. Aujourd’hui, ce n’est qu’une bête, un esprit malin et dévoyé. Il est persuadé de vivre dans un cauchemar qu’il ne peut quitter, et il est convaincu qu’en détruisant la substance de ce cauchemar, il accèdera enfin à l’éveil. Telle est la raison de sa haine du monde.
- Et il souhaite s’approprier Avogadro pour cela ? Cette épée est donc si puissante ?
- Assez pour déchirer la tenture des cieux, pour ravager les étoiles, vaporiser les planètes, disperser les nébuleuses aux quatre vents. Voici pourquoi je t’enjoins de poursuivre ta quête. Je ne fais pas ceci par vanité ou par soif de pouvoir, mais pour préserver ce qui est, pour autant que cela soit encore possible. Ma destinée dans cette affaire importe peu, seul importe que tu sois la première à mettre la main sur cette épée. Si Condeezza te précède, son triomphe sera l’ultime acte de gloire dont l’Univers sera le théâtre.
- Mais pourquoi m’avoir menti ? Pourquoi t’être fait passer pour Palimon ?
- Je me suis refusé à inventer une histoire de toute pièce, car la légende des clés était bien connue des lettrés, tu n’aurais eu aucun problème à découvrir le cours réel des événements. J’ai prétendu être Palimon car si je m’étais présenté sous mon vrai jour, tu aurais simplement refusé de m’écouter. Voilà tout.
- C’est logique. Je suis donc forcée de poursuivre, en espérant que tu ne me continues pas à me mentir.
- Oui, c’est ce que je disais, ça ne change rien à la situation. »
Vertu médita un moment sur ces questions, puis avec soin, détacha la peau de la cuisse de dinde et se mit en quête des morceaux de viande.

Et puis elle frappa la surface de l’eau. Elle y sombra assez profondément. C’était très froid et plutôt calme. Elle sentit vaguement que quelque chose de lourd entra dans l’eau peu après elle. Que pouvait-ce être ? Ah oui, Condeezza.
C’est bien l’eau, c’est sombre, c’est silencieux, personne ne vient vous y emmerder avec des histoires d’épées et de sortilèges. Evidemment, ça a ses mauvais côtés, mais sur le moment, elle ne se souvenait pas vraiment de quoi il s’agissait.
Respirer. Oui, c’était ça, on ne pouvait pas respirer sous l’eau. Il fallait remonter. Elle était particulièrement lasse et se sentait propre à rien, comme à chaque fois qu’elle entrait en contact avec cette créature d’outre-réalité qui persistait à la tirer de sa petite existence douillette de voleuse des grandes villes. Elle était tellement lasse qu’elle n’avait même pas le courage d’avoir la flemme. Fallait-il vraiment qu’elle eut l’instinct de survie chevillé au corps pour remonter à la surface. Elle y parvint toutefois. Sa vision trouble ne lui permettait toutefois que de percevoir des taches très floues et cotonneuses.
« Ciel, j’ai cru que mes poumons allaient éclater. Dizzie. Dizzie ? Tu es là ?
- Ici.
- Je crains de ne pas être dans mon état normal. Tu pourrais me pousser gentiment jusqu’à la rive ? Tu serais mignonne.
- En fait, je comptais un peu sur toi pour m’aider.
- Tu ne sais pas nager ?
- Pas avec un carreau d’arbalète dans l’omoplate.
- Ah oui, ça gêne un peu. Eh bien, nous voici belles. J’espère que tes deux amis ne vont pas nous suivre, on n’est pas en mesure de les affronter.
- Ça m’étonnerait qu’ils soient assez bêtes pour sautent dans l’eau de cette hauteur, surtout qu’ils sont en armure. On a donc un peu d’avance. Il y a une sorte d’île qui émerge de la brume, un peu plus loin, allons dans cette direction.
- Je te fais confiance.
- Es-tu donc désespérée à ce point là ? »
Tags: la catin de baentcher
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