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Considérations générales sur la première guerre mondiale

La ville de Richmond, en Virginie, est située à 155km au sud de Washington. Aujourd'hui, ça se fait en deux heures d'autoroute. C'est l'équivalent d'un Paris-Blois, pour vous donner une idée, c'est pas vraiment très loin. Je suis sûr qu'il y a des richmondois qui vont travailler dans la banlieue washingtonite tous les matins et rentrent chez eux le soir. Durant la guerre de sécession (1861-1864), Richmond était la capitale de la Confédération. Il a fallu quatre ans aux armées nordistes, supérieurement équipées, ravitaillées et bien plus nombreuses, pour parcourir ces 155km, qui même à l'échelle de la France, représentent un modeste périple, et rien du tout si on compare ça aux étendues américaines.

A l'autre bout du monde, dans le nord-est de la Chine, se trouve la ville de Lyushun. C'est un port qui a végété pendant tout le vingtième siècle, avant de connaître un assez intense développement économique depuis vingt ans. L'endroit est plus connu dans nos contrées sous son nom colonial de Port Arthur, et en 1905, ce fut le théâtre d'un siège de six mois opposant l'armée russe, qui défendait le port, à l'armée japonaise, qui souhaitait le prendre. Il a fallu six mois pour prendre le port, alors que celui-ci n'était plus ravitaillé, que la flotte japonaise le bombardait sans opposition (vu que la flotte russe était au fond de l'eau) et que les troupes nippones étaient trois fois plus nombreuses. Et la victoire ne fut remportée qu'à un prix fort élevé, l'affaire coûta 50 000 morts aux Japonais et 30 000 aux Russes.

On peut donc déduire de ces engagements qu'entre le milieu du XIXe siècle et le début du XXe, l'avantage tactique était clairement à la défense sur les champs de bataille. L'enterrement des troupes dans les tranchées, lors de la guerre de 14, fut une surprise pour les états-majors des deux camps, et pourtant, ce mouvement aurait dû être largement anticipé compte-tenu des précédents. Personne, à l'été 1914, n'imaginait que cette affaire allait durer jusqu'à la fin 1918, et personne n'imaginait que l'Allemagne finirait par perdre après être arrivée à portée de canon de Paris. Mais du point de vue tactique, la physionomie statique de la première guerre mondiale sur le front principal était prévisible depuis cinquante ans (et rappelons ici que la décision a obtenue sur le front des Balkans, et non en France, malgré les gaz, les chars et les avions).

L'aveuglement des généraux est sans doute à mettre sur le compte du contre-exemple de la guerre de 1870, qui était encore dans toutes les mémoires, et au cours de laquelle, effectivement, de grandes quantités de troupes avaient beaucoup bougé, dans de grandes manœuvres que n'auraient pas renié Napoléon-le-Grand ou Frédéric II. Faut-il donc que les Français aient été en dessous de tout pour que nous ayons perdu une guerre imperdable ?
Tags: belles histoires
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