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Un grand coup de Pline

Depuis une semaine il m'arrive un truc étrange. Ce matin là, je sortais les poubelles devant chez moi, quand je m'aperçois qu'il y a, par terre, sur le trottoir, un buste en bronze d'une quinzaine de centimètres de haut. Je la ramasse, rien, pas de mot, pas de numéro d'encombrants, rien, si ce n'est une inscription indiquant qu'il s'agit du fabuliste Ovide. Quel genre de nigaud va se débarrasser d'une œuvre d'art qui, à défaut d'être du meilleur goût, n'en est pas moins d'un certain prix ? Je récupère donc l'objet par devers moi, bien heureux de ma bonne fortune.

Le lendemain matin, partant à mon labeur, voici que je manque de trébucher sur un autre buste, cette fois en plâtre, et nettement plus imposant. Je reconnais tout de suite à sa barbe fleurie l'empereur et philosophe Marc-Aurèle, mais quelle est donc cette plaisanterie ? Est-ce que je vais me retrouver tous les jours avec un buste romain devant chez moi ?

Eh bien non, ce n'est pas un buste qui m'attend le lendemain, mais une statue en pied de Mercure, une véritable œuvre d'art si, comme je le soupçonne, elle est faite en marbre. Comme les précédents, je mets ce trésor à l'abri dans mon petit chez moi dont je redoute cependant qu'on ne vienne à m'en faire reproche. J'hésite à interpeller la maréchaussée sur ce curieux trafic, mais de naturel curieux, je tiens à en savoir plus par moi-même.

Je passe donc toute la nuit suivante à faire le guet, comme le vulgaire troufion que j'avais été un quart de siècle plus tôt, mon Pentax prêt à l'emploi, avec son 200mm prêt shooter au travers de la meurtrière aménagée entre deux rideaux. La rue est calme, il est donc aisé de surprendre les allées et venues des antivoleurs potentiels. Et sur le coup de trois heures du matin en effet, voici qu'une antique camionnette fait halte de l'autre côté de la rue, tous feux éteints mais, je le note, sans couper le moteur. Après de longues minutes, un individu sort par la porte arrière. D'un air suspect, il inspecte les alentours, puis, un colis sous le bras, traverse la chaussée en diagonale en trottinant, se déleste devant chez moi, puis en trois secondes, son forfait accompli, retourne à son véhicule et repart dans la nuit, me laissant interdit avec mes questions sans réponses et une carte mémoire bien remplie. Il n'y a, hélas, rien d'exploitable sur les photos, l'homme portant l'un de ces masques faciaux qui sont à la mode en ce moment, des lunettes teintées et une casquette à la Audiard. Le gredin avait même pris la précaution de masquer ses plaques d'immatriculation ! Je finis par sortir récolter le fruit de mon larcin involontaire, un buste de Pline l'Ancien. Comme il l'aurait dit lui-même : "Quid ?"

Or donc, le soir suivant, je décidais de passer à l'offensive. A l'aide d'un marqueur, je rédige une affichette en ces termes :

" Monsieur,

Qui que vous soyez, sachez que j'apprécie l'art antique, mais pas au point de transformer mon logis en annexe du Louvre. Je vous prierai donc de venir reprendre ce qui vous appartient, ou au moins, de m'expliquer la raison de ces offrandes gênantes que vous me faites toutes les nuits. "

Après avoir posé l'écriteau devant chez moi, je vais pour à nouveau guetter les allées et venues de mon homme, mais hélas, la nuit blanche de la veille m'ayant quelque peu altéré, je dois m'avouer vaincu et dors comme un bébé. Le lendemain, le jour est déjà bien avancé quand je sors et d'un air las, sous un portrait de l'empereur Néron réalisé sans doute au XIXe siècle d'après l'antique, je trouve une note.

" Monsieur,

Je suis bien confus, croyez-le, de vous infliger ce désagrément quotidien, d'autant plus agaçant qu'il vous est sans doute incompréhensible. Sachez, monsieur, que j'ai les meilleures raisons du monde d'agir ainsi, et que tout s'éclairera lorsque je vous aurai expliqué les tenants et les aboutissants de mon geste. Je vous propose de nous retrouver ce soir, 20h, à la pizzeria "El Vesuvio", 17 rue Saint-Meyron, dans le XIIe arrondissement. "

Ah, enfin, j'allais connaître le fin mot de l'histoire ! Le soir, donc, je revêts mon plus bel habit, soucieux d'en imposer à cet extravagant personnage, et me rends au lieu prévu et à l'heure dite. J'attends dix minutes, trente, une heure, je finis par commander une pizza, je la finis, à 22h, toujours personne. Je finis par rentrer chez moi, et sans surprise aucune, je trouve devant ma porte une médaille à l'effigie de Cicéron. Il m'avait encore posé un latin.
Tags: textes divers
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