aspexplorer (aspexplorer) wrote,
aspexplorer
aspexplorer

The Cretinous Star Sauvageons 7.04

4 ) L’évaluation tactique annuelle



DS 1014.1

La passerelle était juste à côté, aussi ne mit-elle que quelques secondes à la rejoindre. C’était un joyeux bordel. Punch donnait des ordres contradictoires à ses subordonnés sans se soucier de savoir s’ils avaient les moyens d’y obéir, et plus ça allait, plus ses glapissements se faisaient aigus et inaudibles.
« Allons bon, qu’est-ce qu’il y a encore ?
- Ils sont arrivés ! Ils ont surgi d’on ne sait où ! Ils sont partout ! Ah !
- Et on dirait qu’ils sont hostiles. Et quels sont les ordres, capitaines ?
- Ben... Comment dire...
- Ah oui, je me souviens, tu ne devais pas procéder à mon évaluation tactique annuelle ? C’est l’occasion ou jamais de le faire en conditions réelles.
- Exactement ! L’évaluation tactique annuelle. Vas-y, prends ma place. Je te surveille.
- Merci capitaine. Borgo, je veux un relevé des boucliers. PTB, intensifie le feu des postes avancés et charge deux torpilles à fragmentation dans les tubes arrières. Goodnews, brouille leurs communications. Jeckle, exécute des tonneaux barriqués rapides pour les empêcher de rentrer dans notre zone primaire. Lipstick, il me faut un relevé des systèmes principaux. Six-cinquante, combien de vaisseaux affrontons-nous et est-ce qu’il y en a d’autres dans les parages. Heckle, je veux savoir où nous sommes et s’il y a une planète ou quelque chose du genre pour nous couvrir. Allez, sortez-vous les doigts du cul ! »
Personne ne savait trop où Diana allait chercher tout ça. Il y a eu une théorie à la mode parmi les philosophes levantins, comme quoi tout individu était un génie, mais rares étaient ceux qui, au cours de leur vie, avaient la chance de rencontrer leur domaine de prédilection. Manifestement, et n’en déplaise à un destin qui la vouait à vendre des accessoires de couture dans une petite boutique de Potegaïa, dans une île perdue de la Mer des Cyclopes, le truc de Diana, c’était de survivre aux attaques d’extraterrestres hostiles. Tout le monde l’avait bien compris à bord, à commencer par le capitaine Punch, qui savait mettre sa fierté virile dans sa poche à chaque fois que les tirs de plasma menaçaient d’entamer la coque de son cher vaisseau (ce qui se produisait du reste avec une fréquence alarmante).
« Déflecteurs phlogistiques à 35% à la poupe, tout est OK par ailleurs.
- Tubes chargés.
- Brouillage multibande activé.
- Tonneaux barriqués en route, accrochez-vous.
- Les tirs ont occasionné des dégâts mineurs aux extracteurs de phlogiston. Il y a augmentation de la température des circuits secondaires, mais ça reste dans des limites tolérables.
- Nous sommes environnés par quatre vaisseaux de petite taille, ils tiennent une formation splendide, ce sont des professionnels. Je détecte aussi un vaisseau de taille moyenne à six mégabrasses, escorté de plusieurs appareils du même type que ceux qui nous assaillent. Ils se tiennent à distance.
- Nous sommes à treize gigabrasses de l’étoile Llogorrh, il y a une énorme planète à moins de huit gigabrasses en dessous de nous.
- Mais qu’est-ce qu’on fout aussi près de ce soleil ? S’étonna Diana (il est vrai que l’étoile emplissait une bonne partie de la verrière, dans laquelle on cuisait littéralement, malgré les déflecteurs phlogistiques).
- Euh... Il a du y avoir une petite erreur de navigation quelque part, expliqua Punch.
- Sûrement. PTB, charge un leurre polychromatique dans un tube avant. Vous autres, coupez les sections sept et neuf des extracteurs de phlogiston, mettez le cap sur la planète à facteur un, puis obliquez sèchement vers l’étoile.
- C’est toi qui voit, acquiesça Jeckle avec fatalisme, avant de s’exécuter.
- Avant qu’on meure, tu peux m’expliquer ? Demanda Punch, qui était blême.
- C’est pourtant évident : ils ne nous ont pas attaqué n’importe comment, ils ne cherchent pas à détruire le Disko, mais à l’arraisonner. C’est pour ça qu’ils ont tiré à l’arrière, pour mettre nous convecteurs de phlogiston en surcharge et nous forcer à couper le moteur.
- Mais pour quelle raison ?
- Sans doute parce que ce sont des pirates, et que c’est notre cargaison qui les intéresse. Alors je leur donne ce qu’ils veulent, je coupe certaines sections des convecteurs pour qu’ils croient nous avoir touché, et je simule une avarie nous conduisant droit vers le soleil. C’est pour ça qu’ils ne nous tirent plus dessus, tu noteras, ils craignent pour leur précieux butin.
- Et l’intérêt, c’est...
- Gagner du temps et les garder bien dans l’axe arrière pour avoir une solution de tir. PTB ?
- Torpilles verrouillées.
- Ouvrez le feu. Jeckle, manœuvre de dégagement, facteur deux pour mettre la planète entre nous et le vaisseau-mère. »
Il était difficile de reconnaître en Diana la femme qui tremblait comme une feuille à chaque décollage et jurait qu’elle ne remonterait jamais dans un vaisseau spatial à chaque retour de mission. Trônant sur le fauteuil du capitaine, l’esprit en alerte mais sans tension palpable, les ordres coulaient de sa bouche comme allant de soi, et les officiers de passerelle les exécutaient avec fluidité. L’audacieux demi-tour au ras de la chromosphère de Llogorrh surprit les chasseurs, dont les détecteurs furent un instant aveuglés par l’éclat de l’astre majestueux et les grésillements de leurs propres boucliers déflecteurs bombardés de radiations délétères. Ils n’eurent pas le temps de tenter une contre-mesure ou une esquive, deux poursuivants furent pulvérisés par des impacts directs, un troisième fut mortellement criblé d’éclats d’Adamas Magna, matériau dont sont fait les étoiles mortes que selon la légende, seuls pouvaient forger les dieux, jusqu’à une date récente où on avait réussi à l’obtenir par magiosynthèse à haute pression thaumique dans les hélicoïdes constricteurs ultragonaux des usines d’armement drakoniennes. Le quatrième astronef, qui était un peu en retrait, se vit gratifier aux passage de deux coups de turbots lasers dans le bouclier latéral, mais parvint néanmoins à prendre du champ et à se perdre dans l’immensité. Le Disko ne le poursuivit pas, préférant continuer sa route qui l’emmenait, suivant les directives du commandeur, à raser la planète géante gazeuse qui orbitait à torride distance de son étoile de tutelle.
Tout était allé si vite que dans le lointain, l’astronef ennemi n’avait pas encore viré de bord, que ce fut pour fuir ou pour courir sus au Disko. En manœuvrant à de telles vitesses, même une planète de la taille de ce titan chauffé au rouge défilait sous votre coque comme un boulet de catapulte, toutefois à l’instant précis où l’astre s’interposa entre nos héros et leur adversaire, ils lancèrent une torpille leurre et dans le même temps, décélérèrent de toutes la puissance de leurs moteurs pour se retrouver quasiment à l’arrêt. Puis, inexplicablement, le Disko se glissa furtivement dans l’atmosphère incandescente du colosse ardent, dans l’abri précaire procuré par le cœur d’un maelström de poussière et de plasma de la taille d’un océan tourbillonnant à des allures supersoniques.
« Je ne les capte plus, s’alarma Six-Cinquante. Les turbulences brouillent les détecteurs.
- Donc, il est probable qu’ils ne nous détectent pas non plus. PTB, charge les tubes avant avec les quatre torpilles cantiques standard et vérifie les turbots-lasers frontaux. Heckle, calcule une trajectoire théorique pour intercepter la torpille-leurre que nous venons de lancer. Borgo, ouvre les injecteurs des circuits primaires pour une accélération maximale. Jeckle, à mon ordre, sors nous de là et file comme le vent. On va leur faire regretter de s’en prendre à l’Astrocorps. Onze... dix... neuf... huit... sept, début de la séquence d’allumage... quatre... trois, allumage des moteurs... un... zéro !
Le Disko bondit d’un coup hors de l’atmosphère poisseuse de la planète hypergéante, y creusant un long sillon de plasma radioactif avant de filer dans les cieux glacés. Guidés par le sillage de la torpille-leurre, il ne fallut que quelques secondes pour accrocher le signal de l’astronef pirate qui, bien obligeamment, avait mordu à l’hameçon et tentait une approche de l’astucieux engin. Les lèvres de Diana s’entrouvrirent l’espace d’un instant pour découvrir d’un sourire sinistre ses petites dents blanches et régulières.
« Ouvrez le feu de toutes les pièces en acquisition automatique et dégagement latéral. »
Les quatre torpilles sortirent des tubes l’une après l’autre, et portées par l’élan prodigieux que leur conférait l’astronef, poursuivirent leur route en ligne droite jusqu’à ce qu’elles détectent à leur tour le vaisseau ennemi et s’inclinent en élégante parabole pour couper sa route. La série d’explosion fut visible à l’œil nu à des millions de brasses. Pour parachever l’œuvre de destruction, les turbots lasers du Disko balayèrent la zone où leur adversaire s’était trouvé. Las, l’opposant avait de la ressource. Ses déflecteurs devaient être d’une rare puissance, ou bien avait-il réussi in extremis une manœuvre d’esquive, toujours est-il qu’il réapparut sur les détecteurs à quelque distance de là, détalant sans demander son reste et semant au passage un sillage de débris, dont certains pouvaient être des mines.
« Bah, qu’ils aillent au diable, commenta le capitaine avec un visible soulagement. Ils savent maintenant qu’on ne se frotte pas impunément au Disko, fleuron de l’Astrocorps et orgueil de la Terre.
- Merci, James. Alors, ton évaluation.
- Quelle évaluation ?
- L’évaluation tactique annuelle, tu sais.
- Ah oui... C’était correct. Correct. »
Tags: sauvageons
Subscribe
  • Post a new comment

    Error

    default userpic

    Your IP address will be recorded 

    When you submit the form an invisible reCAPTCHA check will be performed.
    You must follow the Privacy Policy and Google Terms of use.
  • 12 comments