aspexplorer (aspexplorer) wrote,
aspexplorer
aspexplorer

Un point d'histoire méconnu

Lorsque l'on cherche dans sa mémoire des exemples de saints hommes, d'illustres personnages ayant consacré leur existence à faire le bien autour d'eux, nombreux sont les noms qui nous viennent à l'esprit. Médecins, politiques, philosophes, chercheurs, hommes de Dieu, artistes... Ils sont légion à avoir marqué de leur empreinte notre histoire et à avoir mérité une petite place dans le dictionnaire des noms propres. C'est remarquable et rassurant de constater combien les civilisations humaines conservent plus volontiers le souvenir des grands hommes que celui des scélérats qui bien souvent, n'auront pour rétribution de leurs méfaits que l'oubli méprisant de l'histoire. Certes, nous avons tous en tête le contre-exemple de ces quelques flamboyant malfaiteurs qui ont rougi de sang des chapitres entiers de l'histoire du monde, mais lorsqu'on y réfléchit, il apparaît qu'ils sont bien plus rares que les remarquables spécimen d'humanité que l'on donne en exemple aux jeunes gens. Il est vrai que bien souvent, conscientes de leur nature vile et de la réprobation qui s'attacherait à leur nom si elles venaient à être découvertes, les mauvaises gens veillent à agir dans les marges obscures du monde. C'est le cas d'Oskar Von Drahaus.

Né en 1907 dans une famille aristocratique mais désargentée de Thuringe, le jeune Oskar perdra son père à neuf ans, tombé comme tant d'autres dans l'absurde boucherie de Verdun. Deuxième de quatre enfants, il fera des études assez médiocres, ayant une prédilection pour l'exercice physique au détriment des matières académiques. Dans l'Allemagne de Weimar en proie aux troubles politiques, il se forme vite un caractère violent, qu'il met au service des convictions politiques conservatrices héritées de son entourage familial. En 1929, il quitte l'école professionnelle avec en poche un diplôme de technicien en textile, mais ne se montre guère pressé de faire carrière. Encouragé par son oncle, il adhère en effet au Parti National-Socialiste des Travailleurs Allemands, dont il devient un très zélé militant. Son énergie est vite remarquée, et il gravit les échelons du parti, devenant rapidement Hauptman des SA, avant de se diriger vers la garde personnelle d'Hitler, qui deviendra par la suite la SS.

A l'arrivée d'Hitler au pouvoir, il rentrera dans l'encadrement des Hitlerjungend, sous le commandement direct de Baldur von Schirach, avec qui il mettra en place le corpus idéologique de cette organisation. Il se révèle doté d'un grand sens pratique et d'une habileté manoeuvrière qui, alliés à un manque total de scrupules, lui permet d'écarter ses rivaux de son chemin. Lorsqu'arrive la guerre, il a quitté depuis plusieurs mois les jeunesses hitlériennes pour rejoindre l'Etat-Major de la SS. C'est alors qu'il intègre un petit groupe d'officiers de confiance, sous la houlette d'Adolf Eichmann, pour l'étude d'un sujet "délicat" : les "opérations spéciales" à l'est. Von Drahaus va ainsi participer à la planification de la solution finale, et sera responsable de la recherche sur les techniques d'extermination. On le verra ainsi durant toute la guerre visiter fréquemment les camps de la mort, conseillant ici, ordonnant là, commandant le matériel, menant des expérimentations de sinistre mémoire, et y prenant un évident plaisir.

Mais le vent de l'histoire tourne, et Oskar, qui a plus d'instinct de survie que de fibre patriotique, finit par fuir le chaos du front Russe en mars 45 pour traverser l'Allemagne, et se rendre aux Américains. Inquiété par la justice - on le serait à moins - il réussit le tour de force d'éviter le procès de Nuremberg en monnayant des renseignements sur ses anciens camarades de la SS. Le SAS est si satisfait de son mouchard qu'à la fin de la guerre, celui-ci "s'évade" mystérieusement, et file en Argentine sans demander son reste.


Une des seules photos connues de Von Drahaus (croix)


Voici une liste de vilenies qui suffiraient à remplir la vie d'un homme, mais Oskar, contrairement à d'autres, n'est pas du genre à se cacher dans quelque lointaine pampa à élever des poules et des moutons. Il a des vues plus élevées, il souhaite poursuivre son oeuvre de mort. C'est alors qu'il se souvient de sa formation initiale dans l'industrie textile, et prend contact avec un fabriquant de toile à matelas de la banlieue de Buenos Aires. Il vient d'avoir l'idée qui va faire de lui un homme riche, et qui va semer la terreur et la consternation dans des millions de foyers. Profitant de ce que l'Argentine produit de grandes quantités de latex, il insère un élastique aux quatre coins d'un drap. Par ce procédé, expliquera-t-il dans des publicités, devient-il plus aisé de faire le lit, car les coins du drap recouvrent le matelas et tendent le tissus. Nul besoin de refaire entièrement le lit chaque matin ! L'argument séduit les ménagères. Fier de lui, ce malfaisant a même le front de signer son oeuvre en lui donnant son nom : le drahaus (qui sera francisé dans nos contrées en drap-housse).

Bien sûr, toute personne qui a déjà eu un drap-housse entre les mains en aura fait l'amère expérience : il suffit de s'asseoir au bord du lit pour que les coins élastiqués sautent, ensemble ou séparément. Il suffit que se retourner dans le lit pour que se dévoile à vos pieds refroidis l'horrible contact du matelas nu. Qui donc n'a jamais tenté, vainement, de remettre l'élastique en place du bout du pied, s'infligeant du coup d'horribles crampes au mollet, avant de devoir se relever à deux heures du matin pour refaire le pageot ? Et lorsque le drahaus est sale, on le lave, on le sèche, et puis... on le plie ! Mais comment plier proprement un drap-housse ? C'est impossible !

Mais pourquoi donc le Mossad n'a-t-il pas envoyé un commando coller une rafale d'UZI dans la cervelle de ce dangereux personnage, ça, c'est un mystère de l'histoire. Car à plus de cent ans, Oskar Von Drahaus est toujours parmi nous ! Multimillionnaire, protégé par une armée de gardes privés dans une luxueuse propriété, entouré de filles vénales et pas nécessairement majeures, il est la preuve vivante que l'adage dit vrai, ce sont toujours les meilleurs qui s'en vont les premiers.

Maudit sois-tu, Von Drahaus !
Tags: textes divers
Subscribe
  • Post a new comment

    Error

    default userpic

    Your IP address will be recorded 

    When you submit the form an invisible reCAPTCHA check will be performed.
    You must follow the Privacy Policy and Google Terms of use.
  • 35 comments