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La catin II - livre IV - Chapitre 15

Chapitre 15. Et au commencement...



« Ah ah, vil faraud ! Bélître ! Bradype ! Monocéphale ! Toi qui te rengorgeais de l’apparat de ta propre puissance, tu... fais moins l’malin, pas vrai... Ah ah ah ! La vengeance est un plat !
- Ouah, mais ça fait un mal de chien !
- Quoi ? Tu es encore vivant ? Je croyais que cette épée...
- Me tuerait ? C’est exactement ce qu’elle fait. Mais pas en deux secondes tout de même. Je te rappelle que je suis Chuck Norris, des points de vie, j’en à plus savoir qu’en foutre.
- Alors tu vas mourir, c’est vrai ?
- Dans quelques minutes.
- Ah, bien. Je n’ai pas fait tout ça pour rien.
- Ah ça, tu peux le dire. Tu n’imagines même pas la portée de ce que tu as fait.
- La portée ?
- Parce que je te rappelle ce que j’ai essayé de t’expliquer cent fois : je ne fais pas que détruire l’univers. Je le crée aussi. Alors maintenant que tu m’as tué, et vu que la destruction de l’univers est en marche, tu vas m’expliquer comment je vais faire pour le recréer après.
- Euh...
- Voilà, monsieur Malinasse. C’est intelligent de tuer le dieu suprême de l’univers, hein ? Si tu avais réfléchi deux secondes, tu m’aurais, je sais pas moi, tu m’aurais menacé de me tuer si je ne remettais pas tout comme c’était avant.
- Ah oui, maintenant que tu me...
- Seigneur, comment j’ai pu trouver un ahuri pareil pour ce boulot...
- Ce boulot ?
- Ouais. Bon, écoute, on n’a pas le temps alors tais-toi. Ce que tu viens de faire était écrit. C’est un acte d’une portée cosmique incalculable, j’espère que tu en as bien conscience.
- D’accord.
- Une portée telle qu’elle transcende la nature de l’espace et du temps. Car ce n’est pas moi qui ai détruit l’univers, Dizuiteurtrente Percemouche, c’est toi. Les conséquences de ton acte se propagent maintenant à la trame même de la réalité.
- Je ne comprends pas, je croyais ?
- Vertu, Condeezza et leur jouets magiques ? Elles ne sont que les manifestations de cet instant. Le règne de terreur de Skelos ne fut qu’une préparation à ce qui est en train d’arriver. Toute l’histoire du monde n’a eu lieu que pour justifier cet instant. Je meurs. Ma substance me quitte et se dilue. Et l’univers que j’ai créé, qui m’est lié intimement, se désintègre lui aussi. Sais-tu ce qu’est la constante cosmologique, Dizuiteurtrente ?
- Non, répondit-il, accablé.
- C’est un paramètre physique. On appelle ça une constante, mais en fait, c’est pas constant du tout. Là, en ce moment, du fait que je suis en train de mourir et que donc je ne peux plus la tenir tranquille, elle est en train d’augmenter à toute vitesse. Vois, ça commence à faire son effet. Tu vois la nébuleuse du Gynopède, par là ?
- Oui, je la distingue vaguement...
- Tu ne vois pas qu’elle a l’air de disparaître ?
- Ah oui, c’est vrai, elle faiblit.
- C’est parce qu’elle s’éloigne de nous, repoussée au loin par la constante cosmologique. Et bientôt, ce seront les étoiles lointaines qui se mettront à nous fuir, et puis les proches. Et les planètes quitteront leurs orbites, la Lune quittera la Terre. Puis, la gravité qui lie les êtres à leur monde cessera progressivement d’exister, et les planètes voleront en éclats. Enfin, les composants intimes de la matière se sépareront, avant de se désintégrer en minuscules particules qui à leur tour, seront écartelées par la constante cosmologique. Et alors, il n’y aura plus dans l’univers, démesurément enflé, que des rayons de lumière infiniment faibles, naviguant solitaires au milieu du néant, séparés les uns des autres par des distances inconcevables.
- Tu dis vrai ! Les étoiles déjà s’effacent du ciel. Ne peut-on rien faire ? Ne peut-on te... soigner ?
- Bien sûr que non. J’ai conçu Avogadro comme une arme mortelle.
- Mais... mais alors, que va-t-il se passer quand tout sera consumé ?
- Eh bien, je disparaîtrai, et seul restera cet observatoire.
- Et moi ?
- Eh bien, toi, tu resteras aussi.
- Tout seul ?
- Y’a pas plus seul.
- Et... et puis... c’est tout ? Je vais mourir ici ?
- La Chambre pourvoira à tes besoins physiques. Ah c’est sûr, c’est pas très grand. Mais je suis sûr que tu trouveras à t’occuper. Tu pourrais faire des travaux.
- Des travaux ? Je ne comprends pas !
- Tais-toi et regarde. Voici ce dont je te parlais. »
Et effectivement, comme Chuck l’avait prédit, après que toutes les étoiles se furent éteintes, le Soleil lui-même sembla s’éloigner peu à peu, puis s’effacer au loin, éclairant de ses derniers feux une Lune elle aussi fuyant vers le néant. Un instant, la Terre martyrisée, à la surface broyée et portée à incandescence par la lutte des deux catins folles, parut seule dans l’univers. Et puis, son atmosphère s’évapora, et en un surprenant ensemble, lorsque la gravité fut vaincue, elle se désagrégea en poussière. Un grand nuage de poussière qui s’étendit, s’étendit, se diluant toujours plus vite dans le néant toujours plus enflé, jusqu’à ce que les liaisons atomiques se rompent, libérant des flots de photons. Les électrons des atomes sortirent de leurs orbitales, couche après couche, en un kaléidoscope étourdissant de lumière, neutrons et protons se séparèrent à grands renforts de rayons X, et puis, et puis en un instant, les quarks se vaporisèrent. Et l’univers fut achevé. Tout était terminé. Vraiment tout.
« Voilà, nous sommes seuls. Et bientôt, j’aurai à mon tour disparu. Tu pourras parler tout seul et te gratter les couilles, y’a plus personne pour te regarder. Accessoirement, ta volonté sera alors unique raison au milieu du néant.
- C’est de la folie. Pourquoi ça me tombe dessus ? Pourquoi n’ai-je pas eu le droit de mourir avec les autres ? Mais qu’est-ce que je t’ai fait pour que tu me condamnes à moisir en ce lieu pour l’éternité ?
- Mon dieu, que cet homme est donc sot. Quand je dis « mon dieu », c’est bien sûr une façon de parler. J’ai dit « ta volonté sera unique raison », bougre d’ahuri, tu ne comprends donc rien ? Oh, mais, ça alors !
- Quoi donc ? Eh, mais ma parole, quelque chose est resté ! Quelque chose a survécu à l’apocalypse !
- Alors là, je croyais avoir tout vu au cours de ma longue vie, mais je dois dire qu’en l’ultime minute de mon existence, quelqu’un a réussi à me surprendre. »
Car, à une distance difficilement estimable, vu que tout repère spatial avait disparu (ainsi, probablement, que la notion même d’espace), ils pouvaient encore voir des gerbes d’éclairs tourbillonnants, deux comètes orbitant frénétiquement l’une autour de l’autre, s’expédiant des amabilités cosmiques avec un joyeux entrain.
« Bon sang, dit alors Chuck, elles sont encore en train de se battre. J’ignore comment elles ont survécu au big rip, mais le fait est qu’elles y ont survécu. C’est étourdissant. Je crois que tu devras prendre ça en compte pour le prochain. Par la force des choses, la haine de Vertu et de Condeezza sera nécessairement un des éléments structurants.
- Eh ? De quoi parles-tu ?
- De l’univers que tu vas créer pour remplacer celui-là.
- MOI ?
- Qui d’autre ? Il n’y aura plus rien que toi. Le néant n’est rien, tu seras tout. Ta parole s’imposera forcément. Tu pourras faire ce que bon te semble.
- Mais j’en suis indigne !
- Il ne s’agit pas de dignité.
- Je ne sais même pas comment on s’y prend.
- Ben, t’auras qu’à regarder dans le manuel. »
Et Chuck Norris tendit à Dizuiteurtrente Percemouche un petit bouquin plein de pages. Tellement plein de pages qu’il y en avait une infinité.
« Tout est décrit là-dedans. Comment faire ci, comment faire ça, comment on se sert des quasars, pourquoi les étoiles à neutron sont poilues, c’est tout marqué là. Y’a des exemples, c’est vachement bien foutu.
- Mais...
- C’est le moment pour moi de te dire, allez, salut, maintenant. »
Et Chuck Norris, comme une vulgaire étoile, se désintégra en poussière.

Au commencement était le néant.
Puis, Dizuiteurtrente Percemouche, ci-dessous appelé « Dieu », dit : « Que La Lumière Soit », et la lumière ne fut point.
Alors, Dieu ouvrit le manuel, et découvrit qu’une étoile, ça devait être beaucoup plus gros que ça.
Alors, Dieu dit encore : « Que La Lumière Soit », et la lumière fut.
Très brièvement.
Car comme il était écrit dans le manuel, si on en met trop, ça fait une hypernova qui se transforme instantanément en trou noir, et du coup, c’est pourri. Et en plus il avait oublié de mettre des éléments lourds.
Alors, Dieu s’obstina, et dit « Que La Lumière Soit », et la lumière fut.
De nombreuses fois.
Et au bout du quarante-huitième essai, Dieu vit qu’il avait réussi à fabriquer une étoile. C’était une petite étoile toute rouge, variable et assez laide, et il vit que cela était pas bon mais oh, eh, hein, bon, on va pas y passer la journée non plus.
Puis, Dieu créa la terre, les eaux et l’air. Et tout se barra aussitôt dans tous les sens.
Alors, Dieu potassa le manuel, et vit que faire une planète à la main, c’était autrement plus compliqué qu’une étoile. Et qu’en plus, pour un univers qui aie de la gueule, il fallait en fabriquer des milliards de milliards de ces merdes. Et grand fut son désarroi. Et il y eut des gémissements et des grincements de dents.
Alors, Dieu chercha, chercha et chercha encore dans le manuel pour voir si y’avait pas moyen de truander. Et il tomba sur la procédure pour la création automatique des univers.
Alors, Dieu prit des branes, des supercordes, des champs scalaires et des inflations, et tout un tas de saloperies à plein de dimensions, comme il était écrit dans le manuel. Et il fit ce qu’il fallait. Et il vit que ça big-banguait comme il fallait. Alors, il poursuivit sa lecture, et lut :
« Laissez refroidir environ trois cent millions d’années en agitant de temps à autre pour éviter la formation de trous noirs supermassifs, et vous observerez les premières galaxies. »
Et Dieu relut à plusieurs reprises le coup des trois cent millions d’années. Et Dieu dit, « C’Est Pas Possible, C’Est Une Blague ! ». Mais c’était pas une blague.
Alors Dieu entra dans une grande ire, et il jeta le manuel à terre, et il dit : « Sacré Putain De Manuel De Merde ! »
Puis, Dieu se reprit, et nota que le manuel s’était ouvert au chapitre : « Restauration de l’univers à partir des copies de sauvegarde »
Et Dieu vit que cela était cool.

Tristement, la Compagnie allait rejoindre ses pénates lorsque la porte du Gorille des Brumes s’ouvrit discrètement. Vertu passa la tête, puis, reconnaissant ses camarades, alla les rejoindre. Elle fut saluée par une salve d’acclamations réjouies et la commande d’une nouvelle tournée au patron bougon, qui avait espéré se coucher.
« On ne t’espérait plus ! Que t’est-il donc arrivé ?
- Dizzie et moi, nous sommes tombées sur les deux gugusses de Naong. Après qu’on s’en soit débarrassées, nous nous sommes querellées sur un sujet dont j’ai un peu perdu le souvenir. Je me suis battue avec Condeezza, à ce qu’il me semble. J’ai dû prendre un mauvais coup, car je ne me souviens pas de la suite. Et lorsque j’ai repris mes esprits, j’étais en train de marcher sur le chemin, avec l’auberge en ligne de mire.
- C’est singulier !
- Oui, vraiment. En parlant de malheur, vous ne l’avez pas vue, Condeezza ?
- Pas le moins du monde. Et la clé ? Et l’épée ?
- Ah oui, c’est vrai. Mais c’est ça, on s’est disputée à cause des clés ! On s’est disputées... ah, c’est confus. En tout cas, on n’a pas retrouvé Avogadro, ça c’est sûr.
- Quel dommage.
- Quelle quête idiote, vraiment. Toute cette énergie dépensée, toutes ces souffrances, tout ça pour en retourner à Baentcher... C’est vraiment sans queue ni tête. Il y a sûrement quelqu’un quelque part qui connaît le pourquoi du comment de cette histoire absurde, mais en ce qui me concerne, je sèche. »
Et c’est ainsi que, plus riches d’expérience et de quelques breloques, nos cinq compagnons retrouvèrent Baentcher, ses doux mystères, ses paisibles intrigues et ses braves assassins.
Ange, pour une fois, tint parole et se retira de la vie d’aventure ainsi que de la Guilde. Il rentra vendit son appareillage magique et se retira dans son île natale avec son pécule, y acheta une propriété et y vécut bien vieux avec sa femme, de l’élevage des brebis et de la vente des fromages.
Son ami ayant démissionné et ayant lui-même accumulé assez de bien pour s’installer, Corbin n’avait plus de raison de risquer sa vie à faire le voleur. Il abandonna donc lui aussi la guilde et, s’étant mis en ménage avec Quenessy, partit avec elle s’installer dans la cité de Daglioli, dont il devint quelques années plus tard un des notables les plus respectés. Ils y ouvrirent, en effet, plusieurs palestres à destination de la belle société, les conseillant sur l’art et la manière d’entretenir son corps, et leur vendant de très onéreux et malodorants breuvages aux propriétés anabolisantes des plus douteuses.
Le docteur Venarius lui aussi déserta Baentcher. Ayant trouvé sa voie, il retourna à Schizietta et seconda efficacement Fabrizzio d’Areva en tant qu’administrateur de la NASO (Nazionali Aeronauticale di Schizietta Organizassion). Leurs travaux précurseurs ouvrirent la voie, bien des années plus tard, aux aventures de l’Astrocorps.
Vertu, seule, resta ceinte des pourpres murailles de Baentcher où, à son grand dépit, elle ne tarda pas à retrouver Condeezza, qui s’était mystérieusement matérialisée de l’autre côté de la ville au même moment qu’elle. Dans un premier temps, toutefois, chacune fut fort occupée à régler ses petites affaires, ce qui explique qu’elles n’entrèrent en conflit que bien plus tard.
En revanche, elle n’eut jamais de nouvelles de Toudot ni d’Aristide. Sans doute trouvèrent-ils chacun sa voie dans les lointaines nations qui étaient les leurs.
Mais revenons à ce fameux jour où le monde a été créé.

Il y eut un matin. Et du coup, le soleil fit mine de s’annoncer, et les couleurs du monde naquirent à nouveau autour du lac, à commencer par le bleu très foncé. Dizuiteurtrente descendit les trois marches et quitta le belvédère, qui disparut derrière lui. Il s’en étonna quelque peu, mais la Chambre devait rejoindre le précédent Dieu Créateur. Il foula avec satisfaction les herbes humides de rosée et contempla la splendeur de la création. Et il la contempla avec fierté, tant qu’à faire. ‘pas s’gêner.
« Ah, évidemment, si tu triches... »
Dizuiteurtrente se retourna, surpris. Il le fut encore plus en voyant que Chuck Norris lui faisait face.
« Mais... tu n’es pas mort ?
- Si, si, je te rassure. Mais tu sais, le temps, c’est quand même un truc moyennement linéaire. Y’a toujours moyen de baiser le principe de causalité... enfin bon, tu découvriras ça par toi-même un jour ou l’autre.
- Ah ?
- En tout cas, je te félicite pour ton imagination.
- Je te dispense de ton ironie. J’ai fait au mieux.
- Note, quand j’ai débuté, j’ai pas mal galéré moi aussi. Tu aimes vraiment cet univers mou et spongieux, au point de le recréer inchangé ?
- La preuve.
- Mais attends, il n’y a vraiment rien que tu aurais envie de modifier ? De rendre mieux ? Une constellation qui serait plus jolie dans le ciel Austral ? Une variété de muon que tu jugerais particulièrement méprisable ? Un trait de la nature humaine que tu souhaiterais améliorer ? Rien de rien ?
- Ben... j’ai quand même fait quelques réglages en passant, bien sûr, c’est humain.
- Ah, bon !
- Par exemple, j’ai aboli toute trace du Parløj.
- Excellent.
- J’ai éliminé du vocabulaire quelques mots assez laids, comme conquichielle, vermantousse, ophlinque ou le verbe oscanquouire.
- C’est pas plus mal en effet.
- Et tu noteras que dorénavant, l’humanité sera dépourvue de cet appendice caudal cramoisi et disgracieux qui ne servait à rien à part à se le coincer dans les portes.
- C’est très judicieux en effet. Et le petit orteil ?
- Ah merde, je l’ai oublié celui-là...
- Mais je crois comprendre que tu as aussi perdu tes pouvoirs divins.
- Ouais. Ça te défrise ?
- C’est tes affaires après tout, mais je ne comprends pas : tu avais le pouvoir suprême ! A quoi bon y renoncer ?
- A quoi bon l’avoir ? Est-on plus heureux lorsqu’on est un dieu ? Ma vie me satisfait. Je n’ai pas besoin de savoir comment fonctionne la fusion nucléaire pour jouir des rayons du soleil, et si ma mort survient d’ici cinquante ans, que m’importe que l’univers se consume dans trente milliards d’années ?
- Vraiment, j’ignore si tu es l’être le plus sage qui ai jamais existé ou la plus stupide des créatures du cosmos. »
Ils se regardèrent un moment en silence, puis furent dérangés dans leur méditation par un oiseau qui piaillait, là-haut, dans son arbre.
« Est-ce vraiment exclusif ?
- En tout cas, j’espère que tu as bien pensé à tout avant de te dépouiller ainsi.
- T’inquiète, je gère.
- D’accord, moi, ce que je dis... je suppose que tu as pensé aux nécromants ambitieux.
- Oui, j’y ai... les quoi ?
- Eh bien, mine de rien, tu es une sorte d’entité cosmique, maintenant. Je pense que ça intéresserait pas mal de cinglés de t’avoir dans son labo, pour te disséquer, pour te supplicier afin d’accéder au Savoir des Anciens, ce genre de trucs.
- Comment ils pourraient deviner ?
- Avec des sorts de divination, peut-être. Enfin bon, tu gères, hein.
- Ouais.
- Bon. Alors, amuse-toi bien, « le Roi ».
- Adieu, Chuck. Bon voyage. »
Et Chuck s’en fut. Et plus jamais il ne revint.
Et Dizuiteurtrente s’aperçut alors qu’il avait oublié un autre petit détail gênant. Il avait encore Avogadro à la main. Avec un peu de chance, elle avait perdu ses pouvoirs... Il restait encore quelques étoiles visibles à l’ouest. Parmi elles, les huit joyaux blancs que l’on appelait les Pléiades. Il en choisit une au hasard, et tendit son épée. Il y eut comme un petit « pouf ». Et les Pléiades furent sept.
Bon. Comment se débarrasser de ce machin ?
Il fallait sans doute porter l’épée jusqu’à la Forge du Destin pour la faire piétiner par le Dragon du Temps, et tous ces trucs. Il fallait faire des recherches dans les bibliothèques. Courir après des parchemins. Réunir des compagnons. Jurer fidélité, faire des bornes, trimballer des quintaux d’objets magiques, combattre la moitié du monster manual...
Ouais.
Bon.
Il regarda à droite, il regarda à gauche, il regarda derrière lui. Puis il prit un air dégagé, et jeta Avogadro au loin, très loin, là où le lac est profond. Nulle noble dame ne jaillit de l’onde pour la cueillir à la volée. Juste, Avogadro fit plouf.
Ah, une bonne chose de faite.
Et maintenant, cette histoire de nécromant. C’est vrai que c’était inquiétant, il n’avait pas envisagé les choses sous cet angle. Il connaissait peu la sorcellerie, ses arcanes et ses possibilités. Tout ce qu’il savait, c’est qu’il fallait se méfier de tous ces crétins encapuchonnés marmonnant des débilités à propos de démons et déités dont ils ignoraient tout, et qui en plus, n’étaient pas si supérieures que ça (à ce qu’il lui semblait sur le coup, mais n’oublions pas que Dizuiteurtrente était quand même le Créateur de Toute Chose).
Bref, il fallait la jouer fine. Couvrir ses traces. Disparaître. Adieu, Dizuiteurtrente Percemouche. Adieu Baentcher et ses rouges murailles, où trop de gens le connaissaient, il faudrait désormais chercher fortune dans le vaste monde. Il lui faudrait se composer un personnage crédible. Qui attire peu l’attention. Qui détourne les soupçons. Qui aie peu de points communs avec un certain apprenti-voleur qui, à un certain moment, avait été l’Unique, l’Incréé, le Gars Avec Les Majuscules. Tiens, pourquoi ne pas se faire passer pour un habitant du lointain midi ? Il connaissait déjà un peu la langue de Pthath, et puis dans le nord, personne ne ferait la différence. Il n’était pas bien grand, plutôt sec et un peu basané, comme les gens de là-bas. Evidemment, il était roux, mais en se teignant régulièrement au broux de noix, ou mieux, en se rasant le crâne, il pourrait facilement passer pour un véritable voleur de Thebin exilé pour quelque sombre raison qu’il valait mieux ne pas connaître. Chacun sait que les étrangers ont leurs sombres secrets, c’est culturel, tout ça...
Bon, maintenant trouvons un nom.
Comment on dit « le Roi », en Pthaths, déjà ? Il l’avait su, jadis...
Tags: la catin de baentcher
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