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The Ordinaries 2.2

La quête



Madame Millifred Michaels était noire, et elle était assez vieille pour avoir vécu les années cinquante, autant dire qu’il en fallait plus que quatre énergumènes habillés d’élastomères bariolés et de passe-montagnes pour lui faire peur. Avec ses pantoufles et sa robe de chambre, lele semblait tout droit sortie d’un cartoon de Tom et Jerry. Elle sortit sur le pas de la porte, son fusil à pompe Remington M870 à la main.
« Dégagez, bande de voyous, ou je vous larde l’arrière-garde selon la bonne vieille recette de l’ouest.
- Paix, madame, nous venons pour l’annonce...
- L’annonce ?
- Oui, votre chat, Lucifer.
- Ah bon ? Et c’est halloween ?
- Nous sommes un groupe de super-héros et nous venons vous aider à recouvrer un être cher.
- Ah... tout s’explique. Entrez, entrez. Ne faites pas attention au désordre. »
Le désordre consistait en deux exemplaires du « rider’s digest » jetés sur la petite table ronde du salon, sur la toile cirée aux motifs sino-écossais. Pour le reste, tout était si bien rangé que du premier coup d’œil, l’on pouvait lire à livre ouvert dans l’existence de madame Michaels rien qu’en observant les photos sur les murs et les souvenirs sur les meubles. Selon toute vraisemblance, son défunt mari avait travaillé toute sa vie à quelque poste subalterne dans un hôpital afin d’offrir un modeste confort à sa femme et à son fils qui, comme en attestaient quelques décorations patriotiques, servait son pays dans les forces armées, là-bas, dans un pays plein de barbus basanés lapideurs de femmes. Il y avait aussi une belle-fille et un bébé. Rien que de très ordinaire.
Mais peut-être est-il temps de nous pencher sur nos héros. A défaut de se trouver des super-pouvoirs, ils avaient employé des trésors d’énergie, d’ingéniosité et de persévérance à parfaire leur super-attitude. En premier lieu, ils s’étaient trouvé des noms de super-héros. Alex avait opté successivement pour « l’Ingénieur », « Mastermind » et « Calculo », avant de se fixer sur « Docteur A ». Karl, pour sa part, s’était pris au jeu et se faisait maintenant connaître sous le sobriquet de « Captain Cosmos ». Aloysius était fort aise de se débarrasser de son prénom, aussi fut-il ravi se retrouver affublé du titre de « Scorpio Kid ». Seul le taciturne Malcolm, ne voyant pas l’intérêt de la chose, s’abstint de tout renommage, mais ne protesta pas plus que ça quand on le baptisa « Colosso ». Les tenues, confectionnées dans le plus pur élasthanyle de polypropylette, étaient à l’avenant : grise et noire, ornée de glyphes mathématiques pour le docteur A, rouge et jaune pour Captain Cosmos, verte et noire pour Sorpio Kid et d’un bleu-gris du plus bel effet pour Colosso. De loin, par une nuit brumeuse, ils pouvaient passer aux yeux d’observateurs inattentifs pour des super-héros sérieux.
« C’est bien arrangé chez vous ! Dit Karl de sa voix la plus enjouée.
- Merci, je vis ici depuis bien longtemps et j’en ai fait mon petit royaume. Ah, le quartier n’est plus ce qu’il était, mais au moins, cette maison est un vrai foyer digne de ce nom. Vous prendrez bien un chocolat chaud ? »
Et c’est dans ces circonstances moyennement héroïques que débuta la quête.
« Alors, s’enquit Alex, parlons un peu de ce greffier. Auriez-vous une piste que nous pourrions suivre ?
- Une piste ? Mais je sais qui a fait le coup ! Parce qu’avant, on vivait tranquille dans notre coin, l’air était pur, le voisinage était calme, la paix et l’harmonie régnaient... et puis ils sont arrivés. Il y en a eu un, et puis cinq, et vingt, et bientôt des centaines à traîner dans les rues ! Car quand il y en a un qui s’installe, et que par malheur on ne le jette pas dehors à coups de cailloux, aussitôt, c’est couru d’avance, y’a ses frères, ses sœurs, ses cousins qui rappliquent, et les mouflets, les grands-parents, les amis du village et toute leur smala... Ils sont tout le temps dehors, on sait pas de quoi y vivent., ils traînent toute la journée dans les rues à fomenter leurs mauvais coups, tout ça c’est graine de bandits et compagnie. Et puis vicieux en plus, méchants et fourbes, avec leurs gueules allongées de fennecs, leurs grandes oreilles, leurs lièvres lippues et leur long nez là... Eh oui, moi j’vous l’dis, c’est encore un coup de ces maudits Italiens !
- Vous êtes sûre ?
- Ben voyons. D’ailleurs, je suis pas la première à perdre un chat dans le quartier, monsieur Robertson, qui habite à deux pas d’ici, pas plus tard que le mois dernier, zou, plus de mistigri ! C’est bien la preuve.
- Sûrement, sûrement, opina Alex en faisant semblant de noter sur son carnet. Mais on ne peut pas interroger tous les italiens de Philadelphie tout de même.
- Ben, vous devriez.
- Vous n’avez pas des soupçons plus précis ?
- Lucifer avait l’habitude de faire un tour, chaque soir, du côté du terrain vague. Y’a un de ces maudits macaronis au faciès bistre qui tient une baraque à frites, je suis sûr qu’il trempe dans le coup, vous devriez aller le cuisiner. »
Tags: the ordinaries
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