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The Ordinaries 2.4

Le donjon souterrain



« Dingue ! s’exclama Alex, comme pour conjurer l’appréhension de ses compagnons. On se croirait dans l’égout qui passe sous le Club des Damnés, dans l’épisode des X-men où le Phé...
- Ouais, ouais, répondit Malcolm à mi-voix. Mais si on se taisait, on ferait sûrement moins de bruit, tu crois pas ?
- Tout juste, Auguste. Taisons-nous maintenant, et en silence, car n’oublions pas que le bruit est l’ennemi du rôdeur des nuits, qui le trahit aux yeux de ses ennemis tapis dans l’ombre. Alors à partir de maintenant, restons furtifs et tapis. Tels des petits fennecs du désert, imitons le chat qui, à pattes de velours, sait se glisser tel une anguille...
- Oh ! Ta gueule ! »
A la lueur des lampes torche, le couloir présentait toutes les caractéristiques d’un égout, avec une voûte hémisphérique de briques et une profonde rigole centrale flanquée d’un trottoir pas assez large pour qu’on y pose deux pieds l’un à côté de l’autre. Néanmoins, il était remarquablement propre, cet égout, car aucune eau usée n’y coulait, ni aucune immondice n’y croupissait, distillant ses remugles infâmes et ses miasmes pestilentiels. Au contraire, à l’exception de quelques voiles arachnéens chargés de poussière, tout semblait étonnamment propre. Sans doute la canalisation n’était-elle plus reliée au réseau de Philadelphie depuis bien longtemps.
Ce n’était pas la première fois qu’ils exploraient un tunnel sombre. En tout cas, ils s’y étaient beaucoup entraînés. Autour d’une table. Ils avaient des idées bien arrêtées sur la manière de s’y prendre. Par exemple là, si un fort parti de gobelins surgissait en brandissant des sarbacanes et des massues, ils savaient que la meilleure tactique consistait à monter au contact sous couvert des boucliers, tandis que les lanceurs de sorts et manieurs d’armes à distance brisaient la cohérence du groupe ennemi, de sorte à les forcer à se prendre des attaques d’opportunité.
Cela dit, ils commençaient à se demander dans quelle mesure les règles avancées de Donjons&Dragons étaient réellement un manuel d’instruction réaliste en matière de combat urbain. En outre, ils venaient de s’apercevoir qu’ils n’avaient pas d’armes, ni d’armures, ni de boucliers. La bonne nouvelle étant que dans les égouts de Philadelphie, les probabilités de tomber sur un fort parti de gobelins brandissant massues et sarbacanes étaient fort réduites.
Ils trouvèrent sans peine les affaires des deux marginaux blotties au fond de la rigole – compte-tenu de l’exiguïté du local, ils auraient eu de la peine à les rater. C’était un magma compacté et collé de duvets, bouts de carton, cartouches vides de réchaud à gaz et autres immondices. Personne, semblait-il, n’avait tenté d’y voler quoi que ce fut, mais il faut dire que le trésor était peu engageant. Il n’y avait pas trace du dénommé Bob. Comme tout couloir qui se respecte, celui-ci avait deux bouts, aussi choisirent-ils au hasard un sens pour leur progression. Pas de bol, ils butèrent au bout de quelques mètres sur un mur de briques, dont le parement et l’état de surface suggéraient qu’il datait de bien avant la destruction du quartier. Ils firent donc demi-tour, dépassèrent les haillons et progressèrent d’une bonne centaine de mètres dans l’étroitesse humide et angoissante du boyau, avant de découvrir un second mur, de béton celui-là. Un béton assez frais, d’ailleurs, dont les coulures et les infiltrations n’avaient pas encore souillé l’uniforme livrée grise, et qui s’ornait en son centre d’une étroite porte de fer portant, peinte au pochoir jaune, l’avertissement suivant :

DANGER - CAUTION
No trespassing beyond this point
violators will be prosecuted
hyper-secret project of the
Government of the United States
you are warned
Don’t come back to complain


Pour renforcer le propos, on avait décalqué un sigle “radioactif” et un “biohazard” en haut et en bas de l’inscription. Evidemment, ils s’étaient attendus à trouver ce genre de symbole à cet endroit, mais quand on voit ça en vrai, ça fait tout de même son petit effet. Rien qu’en voyant ces glyphes funestes dévoiler leurs formes redoutées dans la lumière crue des troches, ils eurent l’impression de ressentir le picotement des radiations mortelles traversant leur épiderme.
« B... bon, dit alors Alex, On va... quelqu’un aurait une...
- ...
- Euh... ouin ?
- Oh, c’est pas vrai, s’emporta Malcolm. Allez, du nerf les gars, on est là pour devenir des héros, pas pour s’enfuir à la vue d’une porte.
- C’est vrai.
- Bon, j’ouvre, vous me couvrez. »
Aucun des trois autres ne savait au juste en quoi consistait « couvrir » Malcolm, mais chacun était persuadé que ses deux compagnons sauraient à quoi s’en tenir le moment venu, et favoriseraient sa fuite. Donc, le colossal jeune homme saisit la poignée – qui ressemblait assez à n’importe quelle poignée de porte, sauf qu’elle était en acier plein – la tourna précautionneusement, et tira à lui le vantail. Comme rien ne venait, il tira plus fort, puis encore plus fort, puis s’appuya du pied contre le chambranle d’acier serti dans le béton, et qui avait l’air capable de pouvoir résister à n’importe quoi. Le panneau s’ouvrit d’un demi-pouce, puis au prix d’efforts considérables, d’un pouce entier.
« Eh ben, aidez-moi !
- Mais si même ta super-force n’est d’aucun secours, que pouvons-nous...
- Putain, Karl, viens m’aider !
- Inutile de jurer comme un mécréant. »
Karl, qui était un gars de la campagne fort sportif, accourut pour prêter main forte à son ami, et tous deux parvinrent à faire jouer les gonds rouillés jusqu’à obtenir un passage praticable. Puis, haletants, ils s’accordèrent quelques secondes de repos.
« Eh bien, s’étonna Karl, tu as un problème ?
- Non, pourquoi ?
- Eh bien je ne sais pas moi, comment ça se fait que même avec ta super-force, tu aies besoin de moi ?
- J’ai pas de super force. Où t’es allé chercher cette idée farfelue ?
- Ben... c’est pas ce que tu nous avais raconté, comme quoi on avait fait des expériences sur toi et tu avais acquis une super force ?
- J’ai dit qu’ils avaient fait des expériences sur moi et que j’avais acquis des super muscles. Mais ils sont normaux. Juste gros.
- Hein ? S’alarma Aloysius. Tu veux dire que t’es tout ramollo ?
- Non, je suis fort. Mais comme un mec normal qui est fort, pas comme Superman.
- Mais... mais... mais c’est catastrophique ! Tu veux dire qu’AUCUN d’entre nous n’a de super pouvoirs ?
- Ben quoi, j’ai le pouvoir d’impressionner les gens quand je croise les bras, comme ça là. Tu vois, ça fait ressortir les biceps et ça fait des avant-bras noueux. C’est déjà pas mal.
- Ouin... mais on va tous mourir alors !
- Oh, ça va les jérémiades ! S’emporta Alex. Si Mister Ouin veut rentrer chez lui, la porte est ouverte. C’est par là, y’a juste cent mètres de couloir sombre, un escalier branlant, un terrain vague infesté de violeur sodomites séropositifs et le quartier le plus pourri de la ville à traverser avant d’atteindre l’arrêt de bus le plus proche, dans la rue-aux-putes.
- Ouin... hin hin... pleurnicha-t-il de plus belle, sans toutefois faire mine de s’éloigner de ses amis.
- Néanmoins, le Plurnisher a raison sur un point : Malcolm, tu aurais pu nous signaler ce détail avant qu’on se lance là-dedans. Ça aurait été poli.
- De quoi ? Vous ne m’avez rien demandé. Ah, j’ai compris, vous avez les miquettes maintenant, parce que vous comptiez tous sur moi pour vous sortir le cul des ronces en cas de coup dur, pas vrai ? Ben, désolé les mecs, y’a pas marqué Batman.
- Ouais. Bref, en route, nous n’avons que trop tardé, voyons de quels nouveaux périls nous attendent !
- Nouveaux ? »
Tags: the ordinaries
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