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The Ordinaries 2.6

Apocalypse à Philadelphie



Aloysius, qui n’avait que de très vagues notions de chromodynamique quantique, n’avait pas bien saisi la nature du faisceau de l’accélérateur. Tout ce qu’il avait compris, c’est que seul un rayon de lumière le séparait de la grosse prise électrique qui, de toute évidence, alimentait l’engin démoniaque en énergie. Donc, mû moins par le courage que par l’envie de ne plus être le pleutre de service aux yeux de ses compagnons, il avait décidé sur un coup de tête, comme ça, de prendre l’initiative et de débrancher le tout. Et après... ben... après.
Toujours est-il que le professeur Foldingue cessa ses gesticulations à l’instant où il s’aperçut qu’un individu fluet et habillé d’un justaucorps de mauvais goût s’approchait de sa précieuse machine. L’esprit supérieur du scientifique dévoyé comprit aussitôt le péril, et il se précipita vers notre super-héros qui, apeuré, recula d’un pas au moment où l’autre arrivait sur lui pour le saisir par le col. Ils trébuchèrent tous deux, et tombèrent sur le trajet de la mortelle radiation. Herr Doktor poussa un « Hyaeargael ! » tout à fait pitoyable avant que sa peau ne se mit à fondre, puis, ses organes internes portés à ébulition, il explosa dans une gerbe de viande à moitié cuite et de fragments de blouse incandescents. Une rétroaction positive eut lieu dans la boucle de puissance, qui grilla alors en chaîne tous les précieux amplificateurs.
Le silence revint. Puis, une sirène stridente retentit.
Tout étonné, Aloysius se releva et regarda autour de lui. Il nota avec détachement que ses compagnons venaient à sa rencontre, Alex l’aida à se relever en disant quelque chose qu’il n’entendit pas bien – car ses oreilles bourdonnaient – tandis que Karl et Malcolm s’occupaient des sangles du malheureux cobaye, qui semblait très choqué par sa mésaventure. Puis, ils retournèrent dans leurs gaines d’aération, qu’ils refermèrent peu de temps avant qu’une demi-douzaine de gardes ne fassent irruption dans la pièce.
« Ça y est, dit le gradé en poussant de la botte un bout de boîte crânienne calcinée, ce vieil imbécile a enfin réussi à se faire sauter avec ses expériences débiles.
- Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés
Dans la première argile et la première terre.
Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre.
Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés...
(Charles Péguy)

- Non, les gars, sérieux, faut arrêter les conneries littéraires là, on passe pour des cons.
- Scusez, chef.
- Bon, ben on n’a plus qu’à aller s’inscrire au chômage. Tiens, il paraît que le Baron Zalko recrute en ce moment... »

Mais, profitant de ce que les rares gardes étaient partis, nos compagnons avaient emporté le marginal, d’abord à quatre pattes dans les tunnels, puis debout dans les couloirs. Ils avaient sans coup férir retrouvé la porte de fer, qu’ils avaient à grand peine refermée derrière eux, puis étaient revenus dans l’égout désaffecté. L’égout était toujours aussi désaffecté, mais au moins, il n’était plus obscur, car une assez vive clarté l’illuminait. Et Aloysius s’aperçut alors pour la première fois que la clarté en question émanait de sa personne ! Cela expliquait sans doute l’attitude circonspecte que ses compagnons avaient à son endroit depuis quelques minutes.
« Ben quoi ? Je luis dans la nuit, comme les scorpions.
- Ouais, on voit ça. Mais comment t’as fait pour survivre au rayon de la mort ? Demanda Malcolm. C’est vrai quoi, l’autre foldingue s’est fait cramer en deux secondes, et toi, tout ce qui t’arrive, c’est que tu fais de la lumière.
- Ben... je sais pas.
- Moi je sais, dit Alex.
- Oui, renchérit Karl, la volonté de Dieu l’a protégé car il combattait pour une juste cause.
- Oui... enfin, sûrement ça, et puis aussi le fait qu’il ait été mordu par un scorpion radioactif. Mais oui, souvenez-vous ! Sans doute a-t-il acquis certains pouvoirs du scorpion, et parmi eux, celui de résister aux rayonnements !
- Aaaaah...
- C’est pour ça qu’il ne fait que luire dans la nuit. Au lieu d’être détruit par les particules subatomiques, il a accumulé l’énergie radioactive ! Le docteur Z, lui, n’avait pas cette immunité et c’est pour cela qu’il a été instantanément tué.
- Mais alors... ça veut dire que j’aurais un... un VRAI SUPER-POUVOIR !
- Ben... je te déconseille d’aller faire chier Darkseid tout seul, mais effectivement, on peut dire, en étant généreux, que c’est un super-pouvoir. En effet.
- OUAIS ! Faites place à votre héros SCORPIO KID ! »

Ils pressèrent le pas et émergèrent quelques minutes plus tard, le terrain était toujours aussi vague. Encore plus vague que dans leurs souvenirs. Il faut dire que maintenant, il était éclairé par les premières lueurs de l’aurore, ce qui ne le rendait que plus sinistre. Toujours flanqués de leur camarade Bob, frappé de mutité depuis le complexe, ils retrouvèrent la modeste cache où se terrait Joe-la-Bibine. Ils le trouvèrent amoureusement lové autour d’une bouteille de calva, et le réveillèrent du bout du pied.
« Eh ? Hein ? Quoi ? Qu’esse du veux ? Oh mais... eh, BOB, mon pote Bob ! Comment tu vas mon vieux ?
- Euh... bien. Qu’est-ce que ? Hein ? Qu’est-ce qui s’est passé ?
- Vous l’avez retrouvé, c’est fantastique !
- Eh oui, car nous sommes de véritables super-héros, rien ne nous est impossible.
- Qu’est-ce qui s’est passé ? Demanda Bob, qui émergeait avec difficulté de sa torpeur.
- Vous aviez été kidnappé par un sinistre individu, exposa Alex, qui vous avait exposé à d’abominables supplices et à des traitements révoltants et contre-nature de manière à faire de vous un super-soldat. Mais nous avons su déjouer ses...
- Ah ouais, je m’en souviens. Mais... attendez... Où est le professeur ?
- Ce scélérat a reçu la mort que méritait son ignominie. Et donc, avec vaillance et prob...
- Non mais à la fin DE QUOI JE ME MELE ?
- Pardon ?
- Il m’avait pas enlevé, il m’avait payé pour faire ces expériences ! Enfin, il avait promis de me payer, et maintenant, j’ai rien du tout !
- Je...
- Où il est le fric, connard ?
- Mais vous avez mal compris, il a abusé de votre crédu...
- J’ai très bien compris, petit con ! J’étais VOLONTAIRE pour être super-soldat ! Je rêvais que de ça, d’être super-soldat !
- Ah bon ?
- Tu crois que c’est mieux d’être clodo et de partager mes boîtes de cassoulet avec un sac à vin qui daube du rond ?
- Eh... protesta Joe.
- Connards va ! Putain de super-héros de mes deux ! »
Et sur ces fortes paroles, Bob tourna casaque et s’en fut dans le lointain, maugréant des objurgations et des malédictions, avant de se retourner et, lançant un poing au ciel, de s’écrier :
« Je reviendrai, et ma vengeance sera terrible ! »
Interdits, le quarteron de jeunes hommes échangea des regards abattus, puis Alex fut le premier à reprendre ses esprits et à s’adresser à Joe.
« Bien, quoi qu’il en soit, nous avons accompli notre part du marché. Alors, ce chat, vous l’avez vu où ?
- D’accord, d’accord, c’est moi qui l’ai. Tenez, il est dans ce sac, là. »
Le sac en question était en jute, présentait de petites bosses mouvantes et faisait miaou. Malcolm s’en empara, le souleva, l’ouvrit, et en sortit effectivement un chat. Tout blanc, avec juste le bout de trois pattes noirs.
« C’est pas du tout ce qu’on cherche.
- Pardon ? Demanda Alex.
- Ce chat, c’est pas du tout le notre.
- A quoi tu vois ça ?
- La description de l’annonce disait « européen brown tabby », c’est-à-dire rayé noir et gris. Eh, le tonneau sur pattes, c’est pas notre chat.
- Mais si, mais si !
- Ah, ne me force pas à croiser les bras sur la poitrine et à faire les yeux méchants !
- Eh, un sac à puce, c’est un sac à puce. Moi je suis pas responsable...
- Bon, tu l’auras voulu.
- OK, OK, j’avoue ! Je l’ai boulotté le chat de la mère Michaels ! Je l’ai mangé, voilà. Il m’emmerdait, j’avais la dalle... C’est un peu comme du lapin. Ben quoi, vous avez jamais eu faim vous ? »
Tags: the ordinaries
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