November 7th, 2006

Zongo

Il y a des gens qu'il faudrait flinguer, tout de même

La vie d'un parisien est rythmée par la fréquentation quotidienne des transports en commun que mettent à notre disposition la RATP et la SNCF. Tous les jours, tel Ulysse passant le Lethe pour converser avec l'âme du divin Achille, je sacrifie au rituel franchissement du portillon composteur pour me retrouver dans l'enceinte sacrée, en compagnie de quelques centaines de milliers d'autres Franciliens, moyennant la modeste obole d'un coupon trois zones à 69 euros et des brouettes.

Et parmi les éphémères compagnons de mes modestes odyssées, il en est qui m'intéressent, d'autres qui m'indiffèrent, d'autres encore qui m'irritent, en particulier en écoutant leur walkman à des volumes suffisant pour casser les oreilles à tout le wagon. Et puis, il y en a qui me fissionnent sérieusement les noyaux.

Et parmi cette dernière catégorie, il y a la secte des teneurs de portillons. Mais voyons donc comment ils agissent.

Or donc, bon citoyen, vous vous faites fort, tous les matins, de valider votre titre de transport. Pour ce faire, comme c'est l'heure d'affluence, vous faites la queue devant le portillon. Observez ce sournois personnage. Rien a priori ne le distingue de l'honnête homme. Il n'est pas plus mal habillé qu'un autre, n'arbore aucune scarification rituelle ni aucun signe ostentatoire d'appartenance à son culte maudit. Il ne ressemble en rien aux dangereux sauvageons crameurs de bus qu'une presse en mal de sensations désigne à la vindicte populaire. Oh non, on ne peut pas le repérer à l'avance. Nul ne se méfie de lui, et il le sait. Et pourtant, il est là, il vous guette. Comme par hasard, il se retrouve juste devant vous. Va-t-il, impromptu, sauter le tourniquet ? Non, il sort sa carte orange et valide. Dans un bip, la machine déverrouille la porte. Il la pousse, et le voici qui pénètre dans la zone, tandis qu'à sa suite, vous vous engagez dans la machine.

Mais que fait-il ? Il s'arrête ? Mais pourquoi ? Mais, ma parole, IL VOUS TIENT LA PORTE !

Non mais de quoi je me mèle, connard ? J'ai 36 ans, je ne suis pas handicapé, je fais du sport, je suis quand même encore capable de pousser un petit portillon de merde d'un mouvement du coude ! Ah, mais je te vois venir, misérable, tu espères, par ce service minable que tu crois me rendre, t'attirer mes faveurs. Tu vas me demander quoi en retour ? Un sourire ? Un euro ou deux pour te tenir propre ? Une pipe ? Un CDI de casse-couille ? Mais ça ne marche pas avec moi, ce chantage affectif, pauvre dégénéré ! Je ne t'ai rien demandé, moi, va mourir ! Au lieu de perdre ton temps et le mien à faire bouchon dans les couloirs du métro, tu ferais mieux de te dépêcher d'aller au boulot, ton patron t'attend. Fainéant de gauchiste !

Maudits, MAUDITS soient les teneurs de portillon !