December 23rd, 2008

pape

L'écologie de l'homme

Les mots, on ne s'en méfie pas. Les gens normaux ont tendance à considérer que ce sont les actes qui comptent, mais que c'est sans danger, les mots. Ça va, ça vient, c'est du bruit, c'est un peu du vent. Sitôt prononcé, sitôt oublié, c'est sans conséquence, c'est pas méchant.

Mais il y a des gens qui pensent différemment. Il y a des gens qui ont une drôle d'occupation : ils utilisent les mots. Ils les tordent. Ils les assemblent. Ils les réarrangent. Ils leur font même dire autre chose que ce qu'ils voulaient dire à l'origine. C'est bizarre comme passe-temps.

Tiens, si je vous parle d'écologie de l'homme, ça vous dit quoi ? Je suppose que pour vous, ça évoque plein de trucs sympa. Déjà l'homme, tout le monde est pour. C'est bien l'homme, c'est fédérateur, tout le monde voudrait que chaque homme ai l'occasion de se développer, de s'épanouir, de vivre pleinement le temps qu'il a à passer sur cette terre en étant utile à ses contemporains. Et l'écologie, c'est bien aussi, c'est respecter la nature et ses cycles. C'est sûrement une bonne idée, l'écologie de l'homme, non ? C'est quoi au juste, l'écologie de l'homme ? Une sorte de développement durable, sans doute... Oh, moi je suis pour !

Sauf que c'est pas tout à fait ça dans la bouche de Joseph Ratzinger, le dicatateur vaticanois d'origine bavaroise. Dans la bouche de Joseph Ratzinger, l'écologie de l'homme, c'est la doctrine selon laquelle l'homme se doit de vivre "selon la nature". C'est à dire ? Ben, c'est à dire que par exemple l'homme, son destin, dicté par la nature, c'est de travailler dur, de vivre avec une femme et de lui faire des enfants. Oui, mais pour les tapettes alors ? Ben voilà, c'est ça le truc. L'écologie de l'homme, c'est un nouveau nom qu'on donne à une vieille chose : la justification par la religion chrétienne (qui n'est pas la seule dans ce cas) de la persécution des minorités sexuelles au nom de la "loi naturelle". Avant on disait "les pédés au bûcher" mais ça, on ne peut plus le dire, alors maintenant on dit "écologie de l'homme". C'est la même différence qu'entre le "dessein intelligent" et le vulgaire créationnisme. Same shit, another package.

Notez que la "loi naturelle", en la matière, l'Eglise s'arroge le droit de décider ce que c'est, en l'occurrence ce qui l'arrange bien (notez aussi que la révérence envers la "loi naturelle" ne va pas jusqu'à accepter les lois de l'évolution). Mais on peut aller plus loin et faire progresser "l'écologie de l'homme" en dehors de ces limites un peu étroites. Car après tout, la question homosexuelle est un peu marginale et anecdotique comparée à la question de la femme et de son rapport au corps. Rappelons que l'Eglise proscrit toujours la contraception, et évidemment l'avortement, au nom toujours de cette fameuse "loi naturelle". Et puis, inférieure par le physique, et naturellement accaparée par l'impérieuse nature de sa fonction reproductrice, la femme n'est-elle pas amenée "naturellement" à retourner au foyer dont elle n'aurait jamais dû sortir ? De la même manière, on peut s'interroger sur les malheurs de tant de peuples s'étant défaits trop tôt du carcan colonial, livrés sans défense à la concurrence internationale, aux luttes ethniques et à la convoitise de multinationales avides. N'était-il pas la destinée naturelle des peuples occidentaux, supérieurs par la culture et la morale, d'éduquer plus avant ces pauvres diables ?

C'est beau, l'écologie de l'homme, expliquée par un ancien des jeunesses hitlériennes, hein ?


Il est grand dommage que cette photo soit floue, on ne voit
pas bien l'écusson sur le revers de Joseph Ratzinger. Le
voici tel qu'il apparaissait sur les uniformes réglementaires.

Je rappelle que le métier de ce monsieur consiste à nous
apprendre ce qui est bien et ce qui est mal.