October 2nd, 2009

pape

Post pas drôle

Kennedy


Extrait du célèbre discours de J.F. Kennedy à l'université Rice de Houston, en 1962 :

We choose to go to the moon. We choose to go to the moon in this decade and do the other things, not because they are easy, but because they are hard, because that goal will serve to organize and measure the best of our energies and skills, because that challenge is one that we are willing to accept, one we are unwilling to postpone, and one which we intend to win, and the others, too.

It is for these reasons that I regard the decision last year to shift our efforts in space from low to high gear as among the most important decisions that will be made during my incumbency in the office of the Presidency.

In the last 24 hours we have seen facilities now being created for the greatest and most complex exploration in man's history. We have felt the ground shake and the air shattered by the testing of a Saturn C-1 booster rocket, many times as powerful as the Atlas which launched John Glenn, generating power equivalent to 10,000 automobiles with their accelerators on the floor. We have seen the site where five F-1 rocket engines, each one as powerful as all eight engines of the Saturn combined, will be clustered together to make the advanced Saturn missile, assembled in a new building to be built at Cape Canaveral as tall as a 48 story structure, as wide as a city block, and as long as two lengths of this field...


On ne retient, de nos jours, que le début de la seconde phrase, il est vrai très jolie : "We choose to go to the moon in this decade and do the other things, not because they are easy, but because they are hard". Ce n'est pourtant que le milieu de ce discours, précédé d'un historique des grandes réalisations du génie scientifique humain, et suivi d'une description des réalisations du programme spatial Américain, passées et à venir. Aucun Président des USA, ni d'aucun autre pays, ne ferait un tel discours aujourd'hui. Il est inconcevable qu'un chef d'état parle de "moteur fusée F-1", ni du VAB, ni, comme le fait plus tard Kennedy, de la taille de la fusée, de la distance de la Lune, de la précision qu'il faut atteindre pour s'y rendre ou des métaux encore à inventer dont sera fait le véhicule. De nos jours, un tel discours serait décrit par les conseillers en communication comme "trop compliqué", et "les gens n'y comprendront rien", et "ça ne passera pas au 20h". Dans la même situation, un politicien moderne secouerait les épaules, agiterait les mains, lancerait quelques phrases-choc soigneusement pesées agrémentées de fautes de français méticuleusement choisies, accuserait l'esprit de 68 et les 35-heures, et globalement, ferait comme tout le monde, un discours bien vague et nébuleux qui n'annonce rien, ne promet rien et ne signifie rien, mais occupe le terrain.

Faut-il donc croire que les étonnants pithécanthropes qui peuplaient la Terre dans les années 60 étaient plus intelligents que nous, ou mieux formées aux choses des sciences, et qu'ils appréciaient donc ce genre de discours mieux que nous ? Sans doute pas. Est-ce que Kennedy était à ce point passionné d'espace et compétent en astronautique qu'il se laissait emporter par son enthousiasme ? Ce serait étonnant de sa part. Est-ce la faute à la marchandisation de la politique soumise à de prétendues lois du marketing édictées par des gourous aussi sots que fats ? Marginalement. En fait, la vérité, c'est que la culture technique a régressé dans le champ du discours public. Pouvez-vous me citer le nom d'un seul scientifique Français actuellement en activité et s'étant fait connaître par ses travaux ? Naguère, on a baptisé la tour Eiffel du nom de son ingénieur, mais au fait, qui a bâti le viaduc de Millau ? Le pont de l'Ile de Ré ? Songez simplement au fait qu'il n'y a plus d'émission scientifique à la télévision. Jamais les Occidentaux n'ont été aussi formés, diplômés et éduqués, et jamais les choses de la science n'ont été aussi absentes préoccupations quotidiennes. On dirait que le champ jadis occupé par le savoir a été entièrement cannibalisé par le culte du fric, l'esbroufe commerciale, et la vaine gloriole de "pipolze" connus pour leur célébrité. Du coup, la science est ravalée au rang de quasi-magie, capable de tout et n'importe quoi pourvu qu'on y mette les moyens. La voiture électrique ne marche pas ? "Il suffit qu'on fasse des recherche". Les éoliennes brassent du vent ? "Si seulement on avait consacré les mêmes crédits qu'au nucléaire..." Sauf que ça ne marche pas comme ça dans le vrai monde.

On pourrait croire que les arts, de par leur caractère quasi-sacré, sont épargnés par l'épidémie de connerie humaine ? Il n'en est rien. Est-ce que seulement cette news aurait été concevable il y a vingt ans ? Est-ce qu'on aurait interdit des groupes de rap pour cause "d'incitation" il y a vingt ans ? Il faut regarder la réalité en face : nous vivons une époque de régression de la civilisation occidentale. Tout ce qui en a fait sa richesse, sa force, sa vitalité est en train de disparaître. Même notre mode de vie basé sur la réussite individuelle est remis en cause, maintenant, par les bigots et les endoctrineurs de toutes les coteries.

On n'est pas prêts d'y retourner, sur la Lune.