January 26th, 2011

Zongo

L'âge des ténèbres


On a souvent une vision simpliste du moyen-âge, période du reste floue, située entre la chute de l'Empire Romain et la découverte des Amériques, et regroupant sous un même vocable mille ans d'histoire européenne et des générations n'ayant strictement rien en commun. Si l'on qualifie cette époque d'"âge des ténèbres", ce n'est que par ignorance du scintillement intellectuel qui y a prévalu et par adulation mécanique d'une Renaissance qui vit pourtant s'allumer nombre de bûchers barbares.

Si l'on a communément la conception d'une Église résumée à un éteignoir, une chape de plomb s'étendant sur la conscience des anciens latins et grecs, et qui ne sera secouée finalement que par le quattrocento triomphant, c'est que l'on ignore à quel point, des siècles durant, cette même Église fut au contraire le seul lieu de survie de cet héritage antique, le seul vivier de la recherche en philosophie, en médecine, en géométrie et en sciences naturelles.

Non, il n'y eut pas, en Europe, d'âge des ténèbres. Non, il n'y eut pas mille années perdues, dix siècles de barbarie, quarante générations maudites. C'est nous qui sommes, en fait, les ignorants, les barbares, les sots oublieux de ce qui aurait dû être notre héritage, que nous avons perdu par mépris stupide de nos aïeux. Sont-ce des esclaves, privés d'espoirs, de rêves et d'ambitions, qui ont élevé les cathédrales de nos villes ? Sont-ce des langues de brutes, de sauvages, que nous parlons encore ? Des va-nu-pieds pataugeant dans la fange qui ont repoussé les invasions mongoles, pris Jerusalem aux Maures et couvert de gloire leurs armes dans les lices et sur les champs de bataille ? Ridicule. Tout nous crie, et il suffit pour cela d'ouvrir les yeux, que nos ancêtres formaient de grands peuples, épris bien plus que nous de liberté, amoureux de la vie, animés d'une riche spiritualité dont nous autres, pauvres larves humaines du 21e siècle, sommes si dépourvus que nous ne pouvons en aucune manière nous la figurer.

Néanmoins, il est séduisant, ce modèle intellectuel d'une Église-étouffoir. Il serait peut-être avantageux pour notre civilisation de mettre en place une structure de ce genre. Ainsi, les progrès des communications ont rendu accessible à tous un vernis de culture scientifique. Chacun se croit donc habilité à parler de science, et à vociférer à ce propos de considérations d'autant plus absurdes que l'individu les proférant est sot. Cela est bien naturel, car moins le parleur est intelligent, plus il est enclin à croire suffisant le peu qu'il sait, et à s'estimer autorisé à parler sans s'apercevoir de son ridicule. L'argumentaire simpliste d'un idiot étant plus séduisant que les doutes savants d'un homme de l'art, il convaincra sans coup férir nombre d'abrutis de la même eau qui à leur tour, se feront une joie d'abonder dans le sens du premier vociférateur, produisant à leur tour des "recherches" originales de leur cru, dont il est inutile de qualifier la valeur.

La raison profonde de cette prolifération d'inepties est que l'on a toujours considéré comme une bonne chose le fait que la science soit accessible à tous. La vulgarisation semble même être devenue une des fonctions cardinales du scientifiques, au même titre que la recherche et l'enseignement. Erreur ! Tout le monde n'a pas les capacités intellectuelles, le solide fonds culturel et la méthode rigoureuse nécessaires pour tirer parti de ces disciplines aux abords ingrats. Voici donc pourquoi j'estime qu'il serait de bon aloi de n'enseigner les sciences qu'à un nombre réduit d'individus, formant une certaine élite qui disposerait de la seule autorité légitime à aborder ces questions. On pourra raconter au bas-peuple toutes sortes de fariboles mystico-pataphysiques qui seront plus à sa portée, et dont ils ne tireront pas plus profit, mais qui, dans ces cerveaux débiles, seront bien moins dangereuses que la chimie ou la physique nucléaire. On m'objectera avec raison qu'une telle disposition serait peu démocratique, mais vu l'état dans lequel sont déjà les principes démocratiques en Occident, autant ne pas se préoccuper de ces considérations.

En tout cas, ça nous dispenserait de lire des conneries pareilles.
masson

Double bash

D'aucuns se demandent à quoi ça sert d'apprendre l'anglais. Certains couillons rétrogrades pensent que c'est une bonne idée d'imposer le français obligatoire à tout le monde et surtout d'empêcher les bambins d'apprendre l'anglais. Ce sont évidemment des imbéciles, car l'anglais, ça permet de lire des choses qu'on ne pourrait pas lire dans la presse française, ça ouvre l'esprit, ça ouvre des horizons. Par exemple, si l'anglais m'était inconnu, je n'aurais jamais pu lire ceci, genre de propos qu'on ne risque pas de trouver dans la presse de Sarkozy (en tout cas, pas tant qu'il sera au pouvoir).