June 6th, 2012

madscientist

Les mésaventures des Français dans l'espace


Je me dois ici de corriger quelques conceptions erronées que d'aucuns pourraient avoir sur la place de la France dans la conquête spatiale. En premier lieu, oui, nous avons été les troisièmes dans l'espace. Tout le monde sait que les Soviétiques ont été les premiers à envoyer un satellite en orbite, en 1957, suivis de peu par les Américains. Mais beaucoup de gens, et en particulier beaucoup de Français, ignorent que notre beau pays fut le troisième à procéder à une satellisation, en l'occurrence d'un engin baptisé "Asterix", fin 1965, depuis la base d'Hammaguir dans le désert Algérien, grâce à une fusée Diamant.

Donc oui, nous fûmes troisièmes dans l'espace.


Puis on a eu l'idée de faire l'Europe, et comme on ne savait pas quoi faire de cette merde, on a décidé de lui confier la conquête spatiale. Il faut dire que construire des fusées, ça coûte cher, et que donc, des crânes d’œuf d'énarques de merde se sont dit qu'ils pourraient mutualiser les coûts tout ça (si vous avez jamais travaillé dans le privé, vous vous doutez déjà que c'est le genre d'économie qui finit par coûter cher). Pour ce faire, on a décidé de mettre sur pied un programme de lanceurs européens nommés... Europa. Jamais entendu parler ? Et pour cause, ce fut un échec pathétique. Après une belle série de cinq lancements ratés, on décida d'arrêter les frais.

L'origine de cet échec était organisationnelle : on avait confié la réalisation du premier étage à la Grande-Bretagne, le second à la France et le troisième à l'Allemagne. Ça revenait à construire trois fusées de trois nationalités différentes et de les visser l'une sur l'autre. Les bouts ne jointaient pas bien et finissaient invariablement dans la mer. On décida donc de recommencer de zéro, mais en faisant l'inverse : chaque pays serait responsable d'un type d'équipement particulier. Un pays fait les moteurs, un autre fait les réservoirs, un troisième fait l'électronique, etc... Résultat des courses, un certain succès technique. Et une stagnation aussi. Le premier vol d'Ariane V date de 15 ans, et il n'y a pas d'Ariane VI en préparation. Stagnation politique, car si à l'origine, ce lanceur était prévu pour expédier des hommes dans l'espace, l'Europe a renoncé à cette ambition, pour des raisons de budget, mais surtout pour des raisons stratégiques, la Grande-Bretagne y mettant son veto pour favoriser l'accès à l'espace par la voie exclusive de l'allié privilégié Américain (politique dont du reste, ces Américains se mordent les doigts aujourd'hui qu'ils sont obligés de prendre le Soyouz pour rejoindre l'ISS).

Et si on se passait des rosbifs ? Après tout, on n'a pas besoin d'eux, non ? Ben si. Car ce qui est merveilleux dans la fusée Ariane, c'est qu'en répartissant ainsi les tâches, on a perdu des savoirs-faire. Ainsi en France, on n'a ni ingénieurs, ni machines permettant de réaliser des réservoirs de fusée cryogéniques. Nous sommes tributaires pour ça d'une usine de Brème. En 65, nous avons pu lancer Asterix, aujourd'hui nous en serions incapables. La fusée Diamant était 100% française, toute la technologie, de l'électronique au moteur, était maîtrisée par l'industrie nationale. L'Europe a ici mené la France à une régression technique. Sans cette manie de faire l'Europe, un bidochaunote aurait sans doute volé dans une capsule Calendos dans les années 70-80. Aujourd'hui, faut-il le rappeler, aucun Européen n'a encore volé dans un astronef européen. Oui, on pourrait le faire. Ça ne coûterait même pas cher et ça pourrait aller vite, on a déjà des infrastructures, une fusée faite pour, un vaisseau, il ne manque qu'une capsule. Oui, on pourrait le faire. C'est possible.

Bon, dans la vie, il y a ceux qui peuvent, et puis il y a ceux qui font. Lesquels impressionnent ? Pendant qu'on "pouvait", qu'on se vantait de notre technologie neuropéenne que le monde nous envie, le troisième à avoir accompli cet exploit fut un Chinois. Bientôt, un Indien ou un Brésilien le rejoindra, l'Europe se retrouvera quoi... cinquième, peut-être ? Toujours dans le camp des "ouais, facile, on pourrait le faire nous aussi".

Au passage, ça veut dire quoi "premier dans l'espace" ? A quelle aune mesure-t-on la réussite de l'espace européen ? Au chiffre d'affaire ? Bon, déjà, il faut se méfier des taux de change, car on fait plus en Chine avec cent millions de dollars qu'aux USA avec 500. Et puis il faut se méfier de ce qu'on mesure. Oui, Arianespace est leader des lancements commerciaux de satellites. Youpie, super, champagne ! Sauf que les lancements commerciaux, c'est quedalle. De nos jours, un satellite de communications, ça dure 15 ans, et on n'en fabrique pas comme des saucisses. Le gros du marché, c'est le satellite militaire. Et il n'y a pas de politique spatiale militaire européenne, car (on y revient) les godons s'y refusent. Pour bien fixer les idées, en 2011, il y a eu 6 tirs d'Ariane V, un tous les deux mois. Pas de quoi se relever la nuit. Et ça rapporte combien à l'économie européenne ? Rien, c'est pas rentable : les tirs sont subventionnés à hauteur de 10% par le contribuable. Et malgré ça, Ariane V est le lanceur le plus cher du marché ! Et des concurrents s'annoncent de tous les côtés.

La triste réalité, c'est qu'avant de se doter d'un lanceur, il aurait fallu réfléchir à ce qu'on allait bien pouvoir lancer.

mégalomane

Le Grand Jeu de Laid (té) - édition 2012 (résultat de la 1e manche)

Grâce à la constance de nos vaillants sportifs tricolores, nous pouvons clôturer la page tennistique de notre Grand Jeu de Laid (té) avant que ne débute la page footballifère, ce vendredi. Comme Tsonga s'est fait sortir par Rostropovitch en quart, voici le classement :


Nombre de points dans la première colonne, classement dans la seconde. Notez que six candidats avaient trouvé la bonne réponse, et ne sont départagés que par leur promptitude. Ça n'étonnera personne que ce gros nul de Baal Ammon se retrouve bon dernier avec zéro point, en compagnie d

ce jeu est débile.

Pour mémoire, voici le règlement et le lien du poll