November 15th, 2012

Papy Asp

La croix et la bannière

C'est au début du XIIIe siècle qu'eut lieu la quatrième croisade. L'affaire était mal engagée, vu que les souverains d'Europe commençaient à se lasser de ces couillonnades et n'envoyèrent escogner l'infidèle que des sous-fifres. Bref, l'objectif de l'opération est de prendre l'Egypte, et ceci fait, de remonter sur la terre sainte. Ambitieux projet qui achoppe sur un détail ballot : pour traverser la mer, il faut des bateaux, et les croisés n'en ont pas. Ils s'adressent donc à la république de Venise, puissance maritime par définition, dirigée par le doge Enrico Dandolo.

Il faut se mettre à la place de Dandolo, il a deux problèmes. D'une part, il ne peut pas refuser d'aider des chevaliers chrétiens, d'autant qu'ils campent sous ses fenêtres et qu'ils sont nombreux et armés, ces cons. D'un autre côté, il a moyennement envie de voir des croisés guerroyer contre les maures, qui sont ses partenaires commerciaux, vu que Venise est une cité marchande et que la guerre signerait sans doute sa ruine. C'est un cruèle dilemne *!

Notre doge, cependant, a de la ressource. Il envoie tous ces turbulents hommes d'armes sur une île et leur fournit à volonté nourriture, vin, catins et musiciens pour adoucir leur séjour. Et puis, une fois qu'ils n'ont plus un écu vaillant en poche, il leur dit comme ça : " Eh, les gars, c'est bien joli, mais si vous voulez traverser la Méditerranée, ça coûte des ronds ! Pas d'or, pas de croisade. " Il faut dire, à la décharge des Vénitiens, qu'ils avaient armé une flotte spécialement pour l'occasion et, fourbes et rapaces comme tous les Italiens, ils espéraient voir un retour sur leur considérable investissement.

Ah, le traître ! Voici que les chevaliers n'ont plus un radis, et sont donc incapables de s'acquitter du droit de passage. " Qu'à cela ne tienne, leur dit alors Dandolo, bien conciliant, on peut trouver un terrain d'entente. Allez donc à Constantinople, prenez la ville, pillez-la, on fait moit-moit sur le butin, ça vous renflouera. "

Et c'est ainsi que la quatrième croisade s'en va fièrement à la conquête de Constantinople, à l'exception de quelques récalcitrant qui ont un peu tiqué et sont rentrés chez eux. Oui, parce que le petit détail qui faisait tache, c'est que Constantinople était une cité chrétienne, tout comme le port Croate de Zadar qui fut mis à sac au passage.

Constantinople, c'était la seconde Rome, la ville la plus riche d'Occident. Le butin fut d'une richesse prodigieuse (d'où l'expression "c'est Byzance") et une fois le partage fait, croisés et vénitiens se séparèrent copains comme cochons, ayant totalement oublié cette sombre histoire de tombeau du Christ et de mahométans sanguinaires. Venise y gagnera le Péloponnèse, quelques îles, et divers éléments architecturaux que l'on peut encore admirer sur les bords du Rialto.

Notez qu'à l'époque des faits, Enrico Dandolo était aveugle, et avait dans les 95 ans, cequétaittrèsrarealépoque.

* Ceci est la refonte d'un de mes devoirs de 5e