November 15th, 2013

Poissonnier

Comment vont faire les poissonniers ?

Les chiffres sont là, bruts. Ils font peur, ils posent des questions. "Libération" nous révèle aujourd'hui l'ampleur de la crise qui frappe la France. Non pas dans un article, puisque selon Libé l'économie de la France va mieux que bien, ou en tout cas assez bien pour que son principal problème soit de nature bananesque, mais dans ses comptes. Entre 1 et 1,5 millions d'euros de pertes en 2013, et un plongeon abyssal de la diffusion payante, de 29,5%. Le salaud eud'pâtron envisage des départs volontaires, des retraites, l'aménagement du temps de travail, etc...

>> Cités ici par les gentils confrères de l'Express <<

Alors certains se demandent depuis un moment pourquoi je tire à boulets rouges sur Libé. Bon, déjà le fait que j'ai toujours pas digéré l'édito de Serge July du 30 mai 2005. Et puis aussi je me fous de leur gueule tant que je peux, vu que bientôt ils auront disparu. Quand vous perdez près du tiers de vos lecteurs sur un an et que vos actionnaires ne veulent plus remettre de l'argent pour combler le trou, que vos salariés sont par définition des gauchos revendicatifs aux gros besoins financiers et que de toute façon vous évoluez sur un secteur destiné à disparaître faute d'utilité pratique, faut pas avoir fait Normale Sup et l'ENA pour comprendre ce qui va arriver.

Et c'est bien fait. Après tout, quand on passe des années à beugler pour qu'on ouvre toutes grandes les portes de la concurrence libre et non-faussée sans se soucier le moins du monde de foutre l'industrie française au chômage, c'est quand même justice que le Pôle-Fouettard vienne frapper un jour à votre porte vous apporter des convocations à entretien préalable.

Alors on me dira : " oui, mais alors et la diversité de la presse alors, garante de la démocratie dans la joie des débats machin ". Ouais. Elle est où la diversité de la presse aujourd'hui ? Vous l'avez beaucoup vue en 2005, la diversité de la presse ? Vous pouvez m'expliquer comment, quelle que soit l'école de pensée de laquelle vous vous réclamez, vous arrivez toujours à justifier la même politique ?

Tiens, les mecs de Libé, ils me font un peu penser à ceux de la SNCF. Ils ont toujours ce complexe de la Bête Humaine, avec Jean Gabin qui descend de sa loco tout ça, les guerriers du fer, les prométhées du charbon, l'avant-garde de la classe ouvrière, alors qu'ils sont au mieux des esclaves presse-boutons interchangeables arc-boutés sur leurs statuts statutaires et leurs primes d'escarbilles.

Les nourjalistes d'aujourd'hui, c'est le même genre de truc, ils se prennent pour le nombril du monde, le quatrième pouvoir, le watergate, le Vietnam, Robert Capa... mais en guise d'investigation, ils sont pas foutus de retrouver les clés de leur Prius sous les cadeaux qui s'accumulent sur leurs bureaux. Ils ont depuis longtemps cessé de remplir leur fonction de contre-pouvoir, étouffés qu'ils sont sous le fric et les honneurs, parce que c'est plus rapide, plus facile, moins cher et moins risqué de recopier les dépêches d'agences, les communiqués officiels et les dossiers de presse. Entre un suçage de boule à un gros annonceur et une copie servile de l'AFP, on va faire de l'investigation sur twitter ou sur youtube, et voilà, une journée bien remplie à faire honneur à sa carte de presse. Bref, les journalistes ont disparu. Mais bien qu'ils ne soient plus là, le monde continue de tourner, bizarre non ? Et si les journalistes, en fait, étaient tout simplement inutiles ?