January 10th, 2014

Zongo

Autopsie d'un deuzénnat finissant

Il est déjà l'heure de faire le bilan de cinq ans de hollandisme. Oui je sais, ça fait pas cinq ans. Mais vous avouerez que même après 14 ans de Mitterrand, le pays puait moins la fin de règne qu'aujourd'hui.

Pourtant, ça avait bien commencé ! Hein ? Non ? Bon, revenons en arrière : 2007, Sarkozy est élu président. Je crois que les premières actions d'un président de la République sont déterminantes pour la suite des événements, c'est ce qui marque, ce qu'on retient. Mitterrand par exemple, on se souvient que la première chose qu'il a faite, c'est d'aller fleurir le Panthéon, ça avait de la gueule. Ah il était malin, le vieux ! C'était truqué, mais c'était solennel, républicain, rassembleur, symbolique. Sarkozy, lui, la première chose qu'il a faite une fois élu, c'est d'aller dîner au Fouquet's avec ses amis milliardaires et ensuite, prendre une semaine de vacances sur le yacht de son copain tout aussi milliardaire. Je crois qu'à part moins d'ouvrir la fenêtre de sa Bentley pour cracher sa fumée de cigare dans le nez des chômeurs qui font la queue sous la pluie devant l'ANPE, on peut difficilement faire mieux dans le foutage de gueule. Il l'a payée, sa note du Fouquet's, le Sarko.

Moi, ma première image du mandat hollandien, elle est bien différente. Vous vous souvenez peut-être que, de par le fait que je suis Parisien, j'ai la bonne fortune de vivre non loin de la place de la Bastille, où donc ce soir là, muni de mon Pentax, j'allais faire quelques photos. Déjà le soleil déclinait, je passe par la rue de la Roquette encombrée de monde, je me faufile entre les badauds, bobos, gauchos, jeunes et moins jeunes, nostalgiques du grand-soir de 81, photographes comme moi. Et puis merde, après tout, cette victoire, c'était aussi la mienne, puisque comme un con, j'avais voté socialiste ! Bref, l'homme du jour était encore entre Tulle et Paris, je contourne la scène qu'on montait à la hâte et où bientôt se produirait le tribun. Voici que se découvre à ma vue la Colonne de Juillet. Quelques zigotos l'ont prise d'assaut et y agitent des chiffons bariolés. Je sors mon télé et je shoote, pour l'histoire. Je regarde dans mon liveview si elle est nette. Elle l'est, hélas.


Votre serviteur, témoin de l'histoire

Ben, on voit bien un drapeau Tunisien, une banderole "Algérie", un drapeau Syrien ou que sais-je... toutes sortes de bannières plus ou moins exotiques, et puis dans un coin, un drapeau Français quand même. Et là, bon, je me dis, y'a comme un malaise. Pourvu qu'un facho fasse pas la même, ça risquerait de faire le tour des réseaux sociaux qui évoquent les heures les plus sombres de notre histoire.

Ben, ça a pas manqué.


La même faite par un pro

Confusément, je sentais qu'un mandat qui commence comme ça, dans la division et la revendication identitaire, c'était quand même pas la voie triomphale vers le succès. Je comprenais bien que ces jeunes gens, en arborant ces drapeaux, souhaitaient célébrer leur union dans la différence, mais je ne pus m'empêcher de penser à cette autre France, celle de la province, celle de la lointaine banlieue à super-qualité-de-vie, cette France blanche et de souche chrétienne qui voyant ça à la télé, l’interpréterait immanquablement comme un "ce pays est à nous maintenant". Mais bon, on ne pouvait tout de même pas imputer à François Hollande les débordements enthousiastes et maladroits de certains de ses supporters. Alors, ça a été quoi, les premiers actes du président Hollande ?
- Doubler la prime de rentrée scolaire
- Filer à Berlin lécher les escarpins de madame Merkel.

Alors bon, le minimum à savoir, quand on est Président de la République Française, c'est que se vautrer comme une larve devant le Chancelier Allemand peut être diversement perçu par la frange la plus traditionnelle de la population. Oui, même si c'est pour arracher deux ans de délai pour satisfaire aux critères européens de stabilité à la mord-moi-le-noeud et sauver au moins le double-A. C'est pas des choses qui se font. On était pauvres, en France, mais on avait notre fierté ; maintenant, on est juste pauvres.

Et puis bon, je me mets à la place du contribuable de base qui voit toujours ces allocations lui passer sous le nez parce qu'il est 10% au-dessus du plafond, qu'il lui manque un enfant à charge, qu'il n'a pas le temps de faire la queue à la Préfecture, qu'il travaille, ce con, bref, l'exclu éternel de l'Etat-providence, qui de surcroît paye toutes ces conneries de ses impôts, qui a bien compris que l’État est en faillite et qu'il n'a donc pas fini de payer, et qui voit donc un beau jour que toutes sortes de parasites va voir doubler sa prime de rentrée scolaire. Ben, ça peut énerver.

Alors doucement, il commence à se révolter, Dupont-Lajoie. Il ne sait pas comment faire, il a oublié depuis 45, alors il fait ça maladroitement. Il suit qui veut bien l'emmener. Il défile contre le mariage homo et découvre à l'occasion que la police a le droit de gazer les manifestants. Il agite des bananes devant Taubira, puisqu'il n'y a que ça qui ai l'air de faire réagir le pouvoir. Il met un bonnet rouge et met le feu aux portiques écotaxe parce qu'il sent confusément que des connards en Mercedes veulent lui piquer sa Clio dont il doit encore trois ans de crédit. Il glisse des quenelles en douce. Il prend des contacts avec d'autres mécontents, dont il ne partage pas forcément les idées, les origines ou les valeurs, mais dont il partage au moins le sentiment qu'on lui a volé son pays.

Et on en arrive à l'affaire Dieudonné. Vous vous souvenez des lascars de la Colonne de Juillet ? Oui, ces jeunes gens exubérants issus des minorités visibles se mêlant joyeusement à la foule en agitant leurs oriflammes à dominante verte. Au fait, vous croyez qu'ils vont voter pour qui aux prochaines élections ? Vous croyez vraiment que Mamadou, qui galère pour trouver un logement ou un boulot parce que "oh dommage, ça vient de partir, juste avant que vous appeliez, là, padbol...", il va féliciter Valls d'avoir si bien défendu la communauté juive contre un péril fasciste imaginaire ? Il va lui falloir un moment pour la digérer, la quenelle, à Mamadou. Et il n'est même pas exclu qu'il vote pour Marine, Mamadou. Quoi, j'exagère ? Je ne sais pas si vous avez remarqué, on ne l'a pas beaucoup entendu parler, Marine, sur cette affaire, et elle ne parle plus du tout d'immigration depuis un moment. Allez savoir pourquoi...


Quand on est élu Président, on fait un discours, c'est la règle. Et l'usage veut que dans le discours, on se veuille oecuménique et on prononce peu ou prou la phrase "je serai le Président de tous les Français". François Hollande >> n'y a pas dérogé <<. Le fait est qu'il a largement rassemblé les Français. Et il en faut, des qualités de rassembleurs, pour faire se parler autour d'une même table des Arabes, des noirs, des fachos, des cathos, des ouvriers, des petits entrepreneurs et des grands patrons, oubliant leurs différents, oubliant leurs différences dans une haine commune des juifs. Bravo François Hollande, bravo Jean-Marc Ayrault, bravo Manuel Valls d'avoir allumé la flamme de l'antisémitisme populaire dans un pays qui l'avait en fait jamais connu. Félicitation, connards, je ne pensais pas voir de guerre civile de mon vivant, mais finalement, on y va droit dedans.