June 9th, 2014

pape

F comme fasciste, N comme naziste...

Je vais vous faire un aveu horrible. C'est triste à dire, mais bon, je vais faire mon coming-out : je n'ai jamais compris ce qu'on reprochait au juste à Jean-Marie Le Pen. Bon, je sais bien qu'aujourd'hui je vire plus ou moins facho à mesure que s'accumulent l'expérience de la vie, le nombre des années et les k€ sur mon PEA, mais même quand j'étais lycéen, la sortie du leader frontiste sur le "point de détail de l'histoire de la seconde guerre mondiale" m'avait paru être en soi un propos anodin, pouvant signifier tout et son contraire, et sans grand rapport avec les appels au meurtre de Brasillach. J'étais pourtant un un lycéen gauchiste boutonneux du fond de sa cambrousse, prompt à chanter l'Internationale en levant le poing et à militer dans la joie pour l'Europe du traité de Maastricht qui allait nous sauver du chômage et de la pauvreté, vous voyez le genre. Et pourtant, déjà, je ressentais un malaise intellectuel à l'idée qu'on puisse condamner un homme pour avoir proféré des considérations de ce genre. Pour moi, ce n'étaient pas tant les propos de JMLP qui me rappelaient "les heures les plus sombres de notre histoire" que l'abandon de l'idée de liberté d'expression dès qu'on parle des juifs, d'Israël ou de shoah.

Et pourtant, je le répète, j'étais de gauche !

Rebelote pour l'affaire de "Durafour crématoire", qui me semble, pour moi, relever du calembour pas drôle plus que de l'appel à la haine. La justice semble en avoir décidé autrement. Et donc récemment, Le Pen père veut mettre Bruel "dans la même fournée" que d'autres artistes pas juifs, donc il est antisémite. Mouais... Bon, moi, "fournée", c'est un mot que j'employais jusqu'ici en toute innocence pour désigner au figuré un ensemble de personnes. JMLP l'a-t-il employé sciemment, faisant un rapprochement entre l'idée de four et le sujet Bruel ? Je ne sais pas, mais en tout cas il s'en défend. La question qui se pose donc ici, juridiquement, est de savoir s'il avait une intention antisémite.

Eh, au fait, c'est pas un peu ce qu'on appelle un "procès d'intention" ?

En terme stratégique, s'en prendre aux dérapages réels ou supposés du FN me semble relever de la stupidité stratégique. Il me semble que c'est un peu essayer de défendre quel qu'en soit le prix une ligne Maginot en carton, une ligne imprudemment avancée et indéfendable, alors que l'ennemi est déjà 200 km derrière soi. Parce que, n'en déplaise aux nourjalistes, ce ne sont pas des militants du FN qui ont fait un carton au collège juif de Toulouse ou qui ont défoncé la gueule d'Ilan Halimi. Pour moi, l'antisémitisme, c'est ce qui s'est passé à Bruxelles il y a deux semaines. Mais c'est vrai que déjà, on commence à entendre dire que Mehdi Nemmouche est la victime d'une enfance difficile dans ces territoires abandonnés de la République, victime d'une société qui l'a rejeté aux marges blablabla... Donc si Nemmouche, est une victime, qui donc se retrouve avec une bonne tête de coupable ?

Le plus grave, dans cette stratégie, c'est qu'elle est inefficace, voire contre-productive. Et ce pour une raison simple : elle n'est pas comprise. Tout se passe comme si nous zélites qui ont le droit de penser vivaient dans un monde ouaté tapissé de feutrine mauve et crème, où ils passent leur temps à analyser sans fin les inflexions de voix de tel ou tel pour tenter de deviner ses intentions. Dans cette perspective, les propos de Le Pen peuvent leur sembler outranciers. Pour le commun des mortels, dont votre serviteur, ils sont anodins et sans conséquence, car nous vivons dans un pays violent où l'on passe notre temps à se traiter comme de la merde. Nos bons maîtres sont logés sur une île à part, bien à l'abri derrière leurs murs, et s'offusquent dès qu'ils sont confrontés aux dures réalités du monde. Pour qui le peuple prendra-t-il fait et cause ? Il suffit de regarder le résultat des élections pour avoir la réponse. Ces polémiquettes de rédaction sont indécentes, odieuses et déplacées à ceux qui vivent dans un pays qui crève du chômage depuis quarante ans, qui croule sous les dettes, où les services publics tombent en morceaux et où on risque de se faire détrousser à tous les coins de rue. Si le but de cette agitation est de mobiliser les Français contre le FN, ça ne risque donc pas de marcher. S'il s'agit de s'assurer le vote de la communauté juive, c'est trop tard, ils sont tous en train de se barrer (et je ne peux pas leur donner tort). Tout au plus cela pourra-t-il peut-être avoir l'effet de souder quelques parlementaires de gauche autour de valeurs nostalgiques d'un antifascisme d'autant plus fantasmé que le fascisme a disparu depuis 70 ans.

En tout cas, les propos de Jean-Marie sont à confronter avec ceux-ci :


Karl Marx, que l'on peut difficilement taxer d'extrême-droite, a donc tenu des propos qui, mis dans la bouche de Jean-Marie Le Pen, l'enverraient immédiatement en prison. Yvon Quiniou emploie alors des arguments tordus pour défendre Marx, évoquant le fait que quand il parle des juifs, c'est à une religion qu'il se réfère et pas à un peuple, que c'est à l'idée de juif que ceci-celà... C'est un tel ramassis de mauvaise foi que Raphaël Enthoven se croit obligé de le relever ("sophisme" étant le vocable utilisé en philosophie pour désigner le foutage de gueule).

Mais bien sûr, personne n'ira taxer les marxistes d'antisémitisme. Ce n'est pas à l'intention qu'il faut juger d'une idéologie, mais à ses résultats, c'est pas comme si Staline avait exterminé des millions... euh...

Oui, bon, mais c'était pas dans des fours alors il avait le droit.