June 17th, 2014

Sarkozy

Manolo malhonnête matador de gallinas

Le Premier Ministre Manuel Valls nous met en garde : oui, la gauche peut mourir. Ça fait peur. C'est grave. L'instant est solennel, car sans la gauche, c'est la bête immonde du ventre fécond des heures les plus noires de notre histoire ceci-celà, voire même, horreur, la droite pourrait gagner. Que pourrait donc devenir notre pauvre pays s'il n'y résonnait plus la voix de Blum, la voix de Jaurès, la voix de Mendès-France ?

Ben, c'est un peu déjà le cas depuis un moment, non ?

Ce serait la catastrophe s'il n'y avait plus de gauche en France ? Ben, faut voir. Laquelle, de gauche, d'abord ?

Celle des donneurs de leçons médiatiques qui ont débuté leur premier stage de suce-boules à 5000€ par mois pistonnés par papa l'annonceur et tonton le sénateur ?

Celle de Terra Nova, rêvant d'un improbable accouplement des bobos et des immigrés pour enfanter un mythique homo gauchicus euro-urbain métissé CSP+ dépouillé de toute souillure nationale, et qui n'accouchera que de ghettos barbelés et d'une guerre civile ?

Celle des politiques qui ont choisi la gauche à la sortie de Sciences Po parce que leur étude de marché leur a dit que c'était là qu'ils maximisaient les opportunités de carrière et les chances de compléter leur collection de montres à complications ?

Celle des intermiteux travaillant dans la Sainte-Culture et de par le fait, dispensés de travailler pour gagner leur vie ? *

Celle de Rolland-Garros, des hôtels de luxe et des pétasses en tailleur Chanel qui serre la louche aux Pinault à l'Automobile Club ?

Celle des apôtres d'un autremondépossible qui >> perdent des millions en spéculant sur le marché des changes << ?

Celle des >> féministes haineuses <<, des routes à 80km/h et de l'interdiction de la cigarette électronique dans les lieux publics ?

Celle d'un Parti Communiste qui n'a toujours pas compris que les ouvriers d'aujourd'hui roulent en Audi - certes, de seconde main - et sont propriétaires - certes, à crédit - et veulent voir leurs enfants devenir commerciaux chez Atos et pas ouvriers un peu mieux payés chez Michelin ?

Celle de ces prétendus écologistes qui usurpent le nom d'une science pour jacasser leurs fariboles millénaristes, tout en étant incapables de la >> moindre action politique efficace << ?

Celle des trotskos irrédentistes qui se lamentent de la prochaine disparition des cabines téléphoniques, pourtant si pratiques pour y tenir leurs congrès ?

Celle des trotskos entristes, qui sont tellement entrés qu'ils n'ont plus du tout envie de sortir ?

C'est qui cette gauche qu'on regretterait tant ? C'est toi, Manolo ?


Y'en a pas un sur cent et pourtant ils existent
La plupart Espagnols allez savoir pourquoi
Faut croire qu'en Espagne on ne les comprend pas
Les anarchiiiiiisteuuuuu...

* Un intermittent du spectacle doit avoir cumulé 507 heures de travail pour avoir droit à l'assurance chômage. Supposons qu'un travailleur normal soit à son labeur 226 jours par an, l'intermittent travaille donc, en moyenne, deux heures et quart par jour. Sauf que dans la pratique, c'est plus compliqué. En effet, un intermittent est payé au cachet. S'il produit plusieurs cachets consécutifs chez le même employeur, il est réputé avoir travaillé 8h par jour. En revanche, si le cachet est ponctuel, il est supposé avoir travaillé 12 heures. Même s'il n'en a fait que trois, c'est comme ça. Ce qui invite certains petits malins à alterner entre deux employeurs réguliers (et complices) afin d'arriver plus rapidement aux 507 heures. Rapidement, c'est le mot, il suffit de cumuler 43 cachets dans ces conditions, soient, si on compte une journée effective de 8h par cachet, 344h dans l'année. Oui, vous avez bien lu : deux mois de boulot, le reste en congés payés. Payés par les autres salariés. Vous comprenez pourquoi ils se battent tant pour défendre leur statut, et pourquoi ça ne les dérange pas tant que ça de perdre quelques jours de travail à faire la grève ?