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Middle-easter wisdom

Et alors donc Gronald Trompe a reconnu Israël comme capitale de Jérusalem. Dont acte. C'est quoi le problème ?

Petit rappel des faits : Israël est un état souverain. Israël a décrété que sa capitale était Jérusalem. C'est bien la prérogative d'un état, il me semble, de définir quelle est sa capitale. Là où ça achoppe, c'est que Jérusalem se trouve dans un territoire que les arabes appellent Cisjordanie, et les Israéliens Judée-Samarie. Ce territoire est disputé par les deux parties. L'ONU considère que ce bout de terre gros comme la Lozère et demie fait partie d'un état, la Cisjordanie, qui a d'ailleurs la particularité amusante de ne pas exister. Israël, pour sa part, considère que ce territoire lui appartient, et concède quelques éléments d'autonomie aux populations arabes qui y vivent. Les états membres de l'ONU sont donc priés de considérer que quoi qu'en disent les Israéliens, leur capitale est Tel Aviv. Notez que dans les faits, c'est bien Israël qui occupe et administre tout ça, c'est juste une question de reconnaître ou pas un état de fait militaire datant de 1967.

Oui, parce que ça date quand même de cinquante ans, ces histoires.

Les USA sont alliés d'Israël, c'est un fait, mais jusqu'à présent, ils s'en tenaient, et avec eux quasiment toute la communauté internationale, à la position de l'ONU. Trump décide tout d'un coup de rompre avec cette position et donc, de reconnaître de fait la souveraineté d'Israël sur les territoires occupés. Et incidemment, de reconnaître la conquête militaire comme source de légitimité, ce qui bouleverse un peu le droit international.

Trump est-il fou ?

Non. Donald Trump et ceux qui lui soufflent à l'oreille sont parfaitement rationnels. Depuis sa campagne, et jusque dans ses premières décisions, Trump a placé son action résolument dans une optique nationale. Trump estime qu'il n'a pas à se préoccuper du reste du monde, qu'il ne doit se préoccuper que du salut de son pays, "make America great again". Pour ce faire, il se met en devoir de démanteler le réseau d'instances internationales mises en place ou investies par ces mêmes USA après la guerre froide afin de développer le "soft power" Américain. Car Trump a compris que le soft power, c'est fini, et ce n'est pas dans l'intérêt des USA de creuser cette voie-là.

Le soft power, en effet, c'est la théorie étrange prétendant qu'il est possible de régir le monde par l'économie et la culture, bref, par l'influence, sans utiliser les missiles. Sans rire, des penseurs Américains ont considéré qu'ils allaient gérer leur empire sans problème, rien qu'avec leurs dollars et Hollywood. Et après tout, c'est bien ça qui a abattu l'URSS, et non pas l’amoncèlement pyramidal des forces stratégiques. Sauf que le concept de soft power repose sur une certaine suprématie dans ces secteurs, où les USA sont aujourd'hui rudement challengés par la Chine et d'autres puissances. Il est donc compréhensible que Washington milite pour un retour du hard power, un jeu où le fait d'aligner douze porte-avions géants à la mer vous place immédiatement et pour longtemps au premier rang des nations. Je note en outre qu'une nouvelle fois, après le virage néolibéral des années 80, ce sont les Britanniques qui ont ouvert la voie à leur grand frère d'outre-Atlantique dans la restauration de leurs intérêts nationaux.

Et une nouvelle fois, alors que le destin du monde bascule, c'est le moment que choisissent nos élites éclairées pour s'engager résolument dans la voie opposée, en militant pour une Europe fédérale, une défense Européenne, une dictature climatique, en nous débarrasser de notre armée et des derniers lambeaux de souveraineté pour ouvrir fièrement le pays à tous les vents du commerce international et des migrations incontrôlées, à construire des métros dans quelque absurde contrée en espérant quelque éventuelle retombée politique, à nous mêler de conflits qui ne nous concernent en rien en n'y parachutant que des leçons de morale... Nous savons toutefois bien, par expérience, qu'on finira par suivre le mouvement après vingt ans et deux millions de chômeurs supplémentaires.

On peut être suiviste, ce n'est pas très glorieux mais c'est souvent payant. Mais être suiviste avec vingt ans de retard, c'est juste prendre la voie du néant. Ce pauvre pays n'a pas d'avenir.


Leurn at the trouth