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aspexplorer
18 May 2018 @ 06:58 am
Tandis que je faisais mes humanités, naguère, à Toulouse, je visitais fréquemment la bibliothèque universitaire, d'une part pour les besoins de mon sacerdoce, et d'autre part, parce qu'il y avait quelques bandes dessinées. C'est là que j'ai découvert Adèle Blanc-Sec et quelques autres, et parmi eux, les délirants univers de deux Belges bien fondus : Schuiten et Peeters.

Comme beaucoup de leurs concitoyens, ces deux là sont passionnés d'architecture, dont ils ont abreuvé leurs ouvrages, notamment dans la série des "Cités Obscures". Récemment, je suis retombé sur le troisième tome, "La Tour", paru en 87, et quelque chose m'a frappé.

Qu'on en juge : le héros est un vieil ermite ventripotent qui commence à perdre un peu la boule, ce qui est normal vu qu'il vit seul depuis des années, sans nouvelles de ses supérieurs ni de qui que ce soit d'autre. Néanmoins, malgré le manque de matériel, il continue d'accomplir le sacerdoce auquel il est attaché : l'entretien d'une section de soubassements d'une gigantesque tour.

Mais au final, les effondrements de plus en plus fréquents de ses chères voûtes le convainquent de quitter sa cabane pour aller chercher dans les étages "le contrôleur" et lui dire sa façon de penser.

Long story short, il découvrira une ville où, insouciants et ignorant du reste de la tour, des gens ignorent même qu'il existe encore des mainteneurs comme lui. Il finit par comprendre que les contrôleurs auxquels il doit rendre compte, il y a belle lurette qu'ils ont disparu. Il découvre aussi l'histoire de la Tour : une gigantesque construction bâtie pour rassembler les multiples peuples guerriers du continent autour d'un projet commun, une œuvre de paix. Finalement, il se trouve une bonne amie et quitte la ville pour monter encore plus haut, afin de voir à quoi tout ça rime.

Mais il n'y a plus personne, à part quelques fous, absorbés dans des tâches sans queue ni tête. Il finira par découvrir que la tour se finit en queue de poisson. Il n'y a rien au sommet. Il y a bien longtemps que la construction de la Tour s'est arrêtée, qu'il n'y a plus de contrôleur, plus de managers, plus de but, plus rien.

Et au final, ils finiront par redescendre les vertigineux étages, échappant de peu à la chute finale de l'édifice, pour se retrouver dehors, libres et heureux, et en couleur (le reste du bouquin est en noir et blanc), au milieu d'une de ces guerres que la Tour devait prévenir.

La Tour, donc, un truc boursouflé, absurde et branlant, conçu voici des lustres par des gens bien intentionnés autant que morts, soi-disant pour assurer la paix entre les peuples, mais qui dans la pratique, n'assure que l'agonie de ses habitants. Une construction qui a perdu tout semblant de finalité, mais dont quelques fous épars continuent à ravaler obstinément les arches décaties, parce qu'ils ne savent rien faire d'autre, parce qu'ils ne veulent pas voir que tout s'effondre autour d'eux.

Et donc, trente ans plus tard, me voici en train de me dire "putain, mais ça parle de la construction européenne !"






Goldorak en ricain sans robot géant, ça pue du cul.