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aspexplorer
08 November 2018 @ 06:49 am

Non je déconne.

Mais quand même, cette agitation autour de l'image de Pétain est grotesque. Elle ne traduit à mon sens qu'une gêne profonde de la classe politico-médiatique Française, qui sait d'où elle vient. Les politiciens des années 30 étaient tout autant haïs et méprisés par la population que les nôtres aujourd'hui, et à juste titre. Toute la caste d'affairistes pourris qui avaient mené le pays à la ruine avait trouvé, en juin 40, une divine surprise dans les bottes de la Wermacht : une opportunité de continuer à faire ses petites et grandes affaires sans avoir à s'encombrer de ces pénibles et toujours imprévisibles rituels que sont les élections. On a appelé ça "Etat Français", ou "Vichy". On a formellement confié le pouvoir à un ticket d'union nationale, avec Pétain, rassurant chef de l'Etat de centre-droit, et Laval, rassurant chef du gouvernement de centre-gauche. Oui, car Pétain-Laval, à l'époque, étaient à peu près autant perçus comme des fascistes qu'un attelage Alain Juppé / Gérard Colomb. Bref, sous cette étiquette, les mêmes grenouilles de ministères on continué les mêmes grenouillages, et se sont considérablement enrichies. Vichy, c'était la IIIe République, moins la démocratie.

Mais parfois, l'histoire a des détours inattendus, et après le grand coup de balais de 1945, ces traitres ont dû disparaitre du paysage, au profit d'une nouvelle aristocratie d'état issue du gaullisme et de la résistance. Ces gens n'étaient pas nécessairement plus compétents, ni même plus honnêtes, mais c'étaient au moins vaguement des patriotes, et le fait est qu'ils ont relevé le pays.

Et puis, dans les années 70, les enfants des pourris des années 30, les enfants des collaborationnistes, sont revenus au pouvoir, par le truchement des Grandes Écoles qu'ils avaient créées pour ce faire. Ils sont dans les ministères, dans les administrations, dans les media, dans les grandes entreprises. Et à nouveau, ils ont vendu la France. Ils ne savent faire que ça.

Il est pratique, le vieux Maréchal, il prend bien des choses sur son dos. On peut lui faire dire ce qui nous arrange, ceux qui l'ont connu, ceux qui l'ont suivi, sont morts, et sa mémoire est sous la garde de quelques historiens à gages. Il faudra sans doute attendre un siècle pour que son histoire ne soit plus l'otage du calendrier électoral et qu'on puisse enfin faire l'inventaire de Vichy.