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aspexplorer
15 November 2018 @ 06:59 am

La dernière photo connue du Chevalier d'Ambalbert

" ...de gueules, aux trois besons d'or, contrairement aux armes du Comté de Toulouse. Mais dites moi, Ambalbert, je crois que vos propres armoiries sont des plus originales.
- Oui, certes, certes, Jean-Louis. Mais ô combien évocatrices !
- Je gage qu'il y a une savoureuse anecdote là-dessous, que vous brûlez de nous narrer.
- Je m'y apprêtais en effet. Eh bien voilà, vous le savez sans doute, j'ai pour aïeul le Chevalier Gontrand, Désiré, Jules, Marie d'Ambalbert de Montmormontmorcy, plus connu sous son sobriquet de "l'Aristo", un surnom qu'il illustra sur mer, car il était gentilhomme de fortune. Eh oui, je descends d'un authentique corsaire, qui sous le règne de Louis XV, alla chercher fortune du côté de Java. Or donc, tandis qu'il croisait au large des côtes de Malabar, après avoir déjà échangé quelques bordées avec des Hollandais au cours des dernières semaines, voici que la " Belle Angèle " se retrouve nez à nez avec deux bricks de la marine Anglaise, qui se lancent à sa poursuite. Le sloop manœuvre avec habileté pour éviter les tirs godons, et riposte à son tour, plus pour tenir ses ennemis en respect que pour réellement les toucher. Soudain, le bosco s'écrie : " Plus de boulets ! " Qu'à cela ne tienne, l'Aristo fait charger à mitraille, on enfourne tout dans les gueules de bronze : clous, outils, vaisselle, pièces de monnaie. Et déjouant ses ennemis, la Belle Angèle se rapproche pour compenser la perte de portée. Manœuvre habile : la salve déchiquette les voiles du premier brick, qui s'était trop avancé, cueillant au passage les têtes de quelques marins de sa gracieuse majesté. L'Aristo peut distancer son poursuivant, et la nuit tombant, il se glisse dans la brume pour s'échapper. Ce qu'ignore mon ancêtre, c'est que le détroit où il croit s'engager n'en est pas un : c'est l'unique passe d'une large baie, où il est donc prisonnier. S'apercevant de sa méprise, il tente de rebrousser chemin, mais les deux bricks gardent maintenant la passe. Pris comme un rat ! L'obscurité tombe, que faire ? Tous feux éteints, l'Aristo confère avec ses hommes : ils décident de passer à l'action sur le champ, profitant de la brise de mer. Sans un bruit, il fait à nouveau charger à mitraille des deux côtés. A faible allure, pour ne pas soulever d'écume, la Belle Angèle fait demi-tour et met le cap sur la passe, gardée par les silhouettes noires des deux cerbères à l'ancre. L'Aristo vise le milieu exact de la formation ennemie, espérant se glisser entre les deux navires. Arrivé à l'exact aplomb, le capitaine hurle : " Feu, de toutes les pièces ! " Et les bouches à feu de vomir leur cargaison sur les ponts des deux bricks simultanément, cinglant les voiles et les mâtures !


Tirer à démater, une vieille technique de pilates

- Quel hardi marin !
- Oui, mais hélas, dans la précipitation et l'obscurité, les hommes de l'Aristo avaient chargé les canons de tout ce qu'ils avaient sous la main, sans trop vérifier ce que c'était. Il se trouva que ce furent les rations de l'équipage, principalement des pâtes séchées (ils avaient relâche en Chine peu avant). Évidemment, ce n'est pas avec ça qu'on peut déchirer des voiles. Le combat, aussi bref qu'inégal, envoya la Belle Angèle au fond de l'eau, avec son capitaine et l'essentiel de son équipage.
- On savait mourir, à l'époque.
- En tout cas, depuis ce jour, mes ancêtres et moi-même portons fièrement comme blason l'écu " bordée de nouilles ". Voici toute l'histoire. Et vous, Chambazinier ?
- Vous allez rire, c'était durant la 8e croisade que mon aïeul Tarjo III, Marquis de Turunennes, se mit au service de Louis X (dit le Hutin) et, tandis que le Bei de Tunis... "


La Belle Angèle face à son destin




Antique symbole de la civilisation celte, le triskat