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aspexplorer
18 March 2019 @ 07:11 am

L'homme au costume noir remontait l'allée bordée de pawlonias en fleur, peinant à dissimuler le poids de la mallette de cuir. Musculeux, il ne semblait pourtant pas du genre à avoir des difficultés. Arrivé devant la porte, il ôta son chapeau, s'essuya le front de son mouchoir, puis sonna à la porte. Après quelques secondes, la porte de bois et de papier s'ouvrit latéralement, dévoilant une petite dame en yukata, plutôt distinguée, de ce genre qu'on dit "d'un certain âge".
" Monsieur ?
- Bonjour, vous êtes madame Morisota ?
- Morisato.
- Oui, désolé, Morisato. Je m'appelle Konosuke Tamago, je viens pour l'assa... Pardon, pour ramoner le conduit d'électricité, je suis de la compagnie des eaux de la mairie, c'est ça.
- Oh ? Entrez, entrez. Vous voulez voir les compteurs ?
- Pour quoi f... Oui ! Oui oui, les compteurs.
- C'est à la cave, venez, je vais vous montrer.
- Parfait, vraiment parfait, ça m'arrange.
- Voilà, c'est ici. Vous vous habillez toujours en costume pour travailler ? Pas en tablier, ou quelque chose ?
- Non, c'est plus confortable. Bien, je vais sortir mes outils, eh eh eh... "
L'homme ouvrit sa mallette. Elle contenait un assortiment de clés à pipe, clés à molette, marteaux, tournevis, mètre à ruban, clous, vis, ruban adhésif, etc... Il resta interdit une seconde, la bouche ouverte, puis ferma les yeux et s'exclama :
" Kuso !
- Un problème ?
- J'ai pris la trousse à outils au lieu de la trousse à... outils... C'est pas les bons outils... Pour le boulot que j'avais à faire, putain !
- Ah là là, ça peut arriver à tout le monde. Allez, remontons, vous avez bien le temps de prendre un petit saké.
- Ah, là, madame Morisato, c'est pas de refus, j'ai pas d'autre contrat aujourd'hui de toute façon. "
Deux heures plus tard, dans le salon "années 50" de la résidence Morisato.
" Je suis désolée, je radote, mais vous savez, je suis toute seule ici, mon mari est en voyage d'affaire au Canada.
- Ben oui je sais, c'est un bon alibi.
- Pardon ?
- Je veux dire, il vous resterait pas une 'tite bouteille de ce daiginjo ?
- Oui, bien sûr.
- D'habitude, je tiens mal l'alcool, mais bon, sachons vivre.
- Ah oui ? Vous avez l'air encore bien.
- Ouais, ouais, je tiens debout, mais il paraît que je parle trop quand je bois, c'est chiant dans mon métier.
- Ah ? Il faut être particulièrement discret quand on est employé du... gaz, je sais plus...
- Non, j'ai dit ça, c'est des conneries, je suis tueur à gages en fait.
- Ah bon ?
- Ben oui. Bon, je vais être honnête, vous le direz à personne hein, mais si je suis là, c'est pas mal pour vous tuer, voilà.
- Quoi ? Mais pourquoi ?
- C'est monsieur Morisota, il veut récupérer l'héritage de la compagnie Sumimachin, je sais plus, j'ai pas bien compris sur le coup. Bref, il voulait vous buter, donc du coup, il a contacté le plus impitoyable, le plus implacable des tueurs : le légendaire Golgo 13 !
- Vous êtes Golgo 13 ?
- Eh non, moi je suis Golgo 12, Golgo 13, il est au Kazakhstan en train d'assassiner le chef de la mafia Albanaise pour le compte d'un diamantaire Brésilien, un truc de ce genre. Moi, je suis juste le pauvre type qui fait les contrats minables dont il ne veut pas.
- Oh, mon pauvre monsieur.
- Ben ouais, c'est la vie. Eh mais j'y pense, ça vous dirait que je vous tue au marteau ? Ça peut faire vachement mal un marteau !
- Ben là non, ça me dit pas trop. D'ailleurs, je crois que la bonne a appelé la police il y a cinq minutes, c'est sûrement eux qui viennent de se garer devant la porte là.
- Oh, chiotte, encore...
- Désolée.
- Y'a pas de mal. Eh, j'y pense, puisque je vais sûrement être interrogé, ça vous dirait de m'en remettre un godet ? Il parait que je suis super bavard quand j'en ai un petit coup dans le nez, ça m'aiderait. "