April 2nd, 2020

dollar

La fin d'une époque


Dans "Watchen", on suit, entre autres arcs, les peu intéressantes tribulations d'un buraliste tenant un kiosque à Manhattan, et d'un jeune garçon des minorités visibles qui squatte chez lui pour lire des comic books. M'en référent à cette vision, j'imaginais qu'il était assez facile de trouver des comic books aux USA, et que tous les buralistes croulaient sous les DC, marvels, Image, etc... Ma première visite au pays de la liberté fut pour moi une cruelle désillusion : il n'y avait plus beaucoup de buralistes, et chez eux, guère de comic books. L'an passé, ma visite en Californie me confirma que le seul moyen d'en trouver encore, c'était d'aller dans des boutiques spécialisées, tenues par des passionnées, et qui, entre les funko pops, les mangas et les t-shirts Captain America, avaient encore un rayon pour la livraison hebdomadaire de floppies.

Les comics vont mal. Ça fait des années qu'ils vont mal. Après un pic de popularité dans les années 90, les ventes n'ont cessé de descendre. On considère qu'une série qui vend encore 10000 exemplaires par mois au bout du cinquième épisode est un succès, alors que dans les années 80, on arrêtait tout ce qui tirait à moins de 30000 unités. Ni les supermarchés, ni les station essence, n'en vendent plus, et les buralistes ont disparu des villes. C'est paradoxal, dans une situation économique qui, jusqu'au mois dernier, était flamboyante, et avec une exposition considérable de la culture super-héros via le cinéma. Mais les jeunes ne lisent plus de comics, et les efforts des éditeurs pour renouveler le lectorat (mâle-blanc-quarantaine) ont eu pour effet de faire fuir le lectorat traditionnel, sans attirer un nouveau public pour autant.

Les boutiques de comics sont fermées, aujourd'hui. La plupart ne rouvriront pas. Et même si elles rouvraient, elles ne pourront plus s'approvisionner, car Diamond Comic Distributors a cessé de payer ses fournisseurs. Diamond, c'est le seul distributeur aux USA, c'est le monopole, et ils sont en faillite car, aussi bizarre que ça puisse paraître, cette compagnie centrale dans l'industrie des comics survivait apparemment d'une semaine sur l'autre. Il a suffi d'une semaine creuse, et pouf, c'est terminé.

En catastrophe, DC et Marvel tentent de trouver des solutions pour écouler leurs comics, comme la vente digitale. Elle n'a jamais décollé en 10 ans, mais il n'y a plus rien d'autre.

Voilà, c'est fini. Stan est mort avant d'avoir vu ça, c'est pas plus mal.