June 4th, 2021

facepalm

Une bien curieuse découverte

J'ai récemment acheté dans une brocante un coffre en bois renforcé de ferrures, vieux comme Hérode et très lourd. Le cadenas était moderne, et le vendeur n'avait pas la clé, il ne savait pas (selon ses dires) ce qu'il y avait dedans. Bref, j'achetais les yeux fermés. Au mieux, je tombais sur un trésor, au pire, j'avais juste gagné un vieux coffre. Comme ce n'était pas cher, et que j'apprécie ce genre de mystère, je ramenais donc la grosse boîte chez moi. Après un coup de dremel, et me voici débarrassé du cadenas. J'ouvre, le cœur battant (ce qui semble être un bon signe médicalement parlant), et voici que s'ouvre à mes yeux émerveillés une rangée de vieux livres ! Le coffre était la bibliothèque de quelque érudit, esthète ou étudiant, sans doute. Une vingtaine de volumes de toutes tailles et de toutes conditions. J'extrais le premier, un des plus épais, qui a l'air en bon état. Je l'ouvre, il sent clairement le vieux papier, et il est encore parfaitement lisible. Il s'agit d'un exemplaire des Métamorphoses d'Ovide, dans une belle édition française du XVIIIe siècle, ornée de gravures plaisantes et nettes.


Emoustillé par cette découverte, je prends le deuxième volume, de taille plus modeste. La reliure a aussi l'air plus moderne, bien que le titre sur la tranche soit illisible. J'ouvre, et découvre... un autre exemplaire des Métamorphoses. Cette fois, elles datent de 1878, sans illustration aucune, mais avec une longue introduction de quelque auguste latiniste.

Le troisième exemplaire est un livre de poche datant de 1969, tout jauni et tout gondolé. Pas besoin de l'ouvrir, c'est écrit clairement sur la tranche dont le vernis s'écaille : Ovide, les métamorphoses.

Le quatrième volume est très gris et très abîmé. Vous l'avez deviné, il s'agissait d'une autre édition de ces foutues métamorphoses, cette fois dans une traduction italienne, avec des illustrations qui sont, pour la plupart, les mêmes gravures que dans le premier livre, mais dans une bien moindre qualité.

La question n'étant de toute évidence plus de savoir à quel ouvrage j'avais affaire, ma curiosité se borna dès lors à deviner l'origine et la date de la prochaine métamorphose. Du Russe ! Ou quelque autre idiome cyrillique, mais je déchiffre assez de cet alphabet pour comprendre immédiatement qu'à nouveau, j'étais en présence du fabuliste Romain. Cette édition datait d'Alexandre III.

Le reste du coffre étant à l'avenant, je vous en épargnerai la pénible énumération. Je passais donc ainsi quelques heures perplexes, les mains couvertes de poussière, à examiner tous ces bouquins, parfaitement identiques dans le contenu, parfaitement dissemblables dans l'aspect. Je suis bien satisfait d'avoir acquis à vil prix tous ces vénérables codex ; je suis d'ailleurs à peu près convaincu que l'un d'eux, imprimé à Anvers en 1560 et en version originale latine, pourrait me payer un appartement en province. Cependant, j'avoue ne pas avoir trouvé le moindre indice expliquant cette bizarre trouvaille. Sûrement l'un d'entre vous aura une suggestion, moi, je sèche. ♣♣♣♣

La réponse : Eh oui, vous l'aviez deviné, ils étaient tous antiques Ovides. C'est pour noter cette connerie que je me suis arrêté en plein milieu du centre commercial des 4 Temps sous le regard médusé d'un vendeur de nougat.