November 2nd, 2021

madscientist

Où j'explique pourquoi la science c'est de la merde

La science c'est de la merde.

Alors bon, non, c'est pas de la merde, on est bien d'accord. La science est un des plus fantastiques accomplissements de la pensée humaine, c'est un merveilleux outil pour comprendre l'univers et tout et tout. Mais il est de plus en plus urgent à mon sens d'en essayer de comprendre les limites.

La science est un outil pour appréhender le monde, et par là même, d'approcher la vérité, mais c'est juste un outil. Si vous avez le meilleur tournevis du monde, et que vous vous en servez pour enfoncer des clous, ça va faire piètre marteau. La science est puissante en ce qu'elle répond aux questions scientifiques ; problème, l'immense majorité des problèmes qui concernent les gens ne sont pas des problèmes scientifiques. Quand j'ai besoin de surmonter mon anxiété sociale pour dire à mon voisin d'arrêter de faire la fête à 3h du matin, ce ne sont pas les intégrales curvilignes ou le vecteur de Poynting qui vont m'être d'une grande aide. La science est donc efficace, mais dans un nombre limité d'applications.

Ensuite, la méthode scientifique elle-même est faillible. Ça a été démontré théoriquement, et on en a d'innombrables exemples. Et les scientifiques eux-mêmes sont les premiers à reconnaître cet état de fait : il arrive à la science de se tromper. Même quand on respecte les règles. Même quand on prend en compte toutes les variables. Même quand on calcule les marges d'erreur acceptables, et qu'on a publié dans la meilleure revue avec le comité de lecture le plus pointu du business, personne n'est à l'abri d'un biais méthodologique, d'une mauvaise interprétation des données, d'un appareillage mal calibré, d'une hypothèse hasardeuse, ou simplement, d'un fondement théorique lui-même faux.

Une autre limitation à la science est le fait qu'elle est produite par des scientifiques, qui sont des hommes. Chacun a ses passions, son histoire, sa personnalité, ses intérêts, ses présupposés culturels, chacun a sa manière de voire le monde, et même avec la meilleure volonté du monde, il est impossible d'en faire abstraction. Consciemment ou pas, en trichant ou en toute bonne conscience, c'est assez facile de sélectionner les données "de meilleure qualité" qui collent avec ce qu'on attend, de bouger les points de manière à ce qu'ils se rapprochent des courbes, etc... Et ce sans parler des cas de fraude scientifique pure et simple, qui sont légion. La science coûte cher, les places sont rares, ce serait dommage qu'un mauvais set de données coûte son financement au laboratoire.

Et puis, la science est une pratique sociale. Ce n'est pas une île, c'est un sous-ensemble des activités humaines et à ce titre, elle est soumise aux aléas volatils de la politique internationale, des idéologies à la mode, des intérêts financiers. Depuis le choix des sujets de recherche jusqu'à la publication de l'article, tout dans le processus scientifique peut être influencé par des considérations sans aucune valeur académique. En quelques décennies, ces phénomènes de fond peuvent porter au pinacle des pans entiers d'une science qui jusque là vivotait, et plonger dans l'oubli d'autres pans de sciences qui seront tout simplement passés de mode.

C'est pour ces raisons que science et vérité ne sont pas des synonymes. Si on s'est donné la peine d'avoir deux mots différents, c'est qu'il y a une raison. Pourtant, il y a une confusion dans l'esprit de beaucoup de gens, qui sanctifient aveuglément tout ce qui sera énoncé, chiffres à l'appui, dans un article d'une revue autorisée. C'est extrêmement dangereux car, si les politiques ne s'intéressent notoirement pas au produit du processus scientifique, ils ont fini par comprendre que la science était un merveilleux outil rhétorique, un moyen inespéré de valider n'importe quelle foutaise, n'importe quelle saloperie, n'importe quelle idée rance et meurtrière. La science est un piège car tout ce qui en porte le sceau devient une vérité aussi irréfutable que jadis les Evangiles. Irréfutable car abstruse, comprise seulement de certains initiés, autorisée seulement à quelques élus, et le vocable "Le Consensus Scientifique" a remplacé "Le Saint Esprit" dans la bouche et dans la tête de beaucoup. Et, pour les raisons exposées plus haut, il se trouve toujours nombre de savants à gages pour prêter leur concours à ces forfaitures.