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The Cretinous Star Sauvageons 7.08

8 ) A l'est d'Eden



DS 1014.3


Dès que son équipage fut à bord, la fusée cosmique de Flash Thunder fit rugir ses puissants moteurs à zerbulium-99, crachant de ses tuyères un océan de flammes orangées qui se reflétèrent fièrement sur sa coque argentée. Les flammes s’accompagnèrent d’une quantité tout aussi impressionnante de fumée noire, qui balaya toute l’aire de décollage, maculant de suie épaisse tout un côté du Disko. Et tandis que la flèche chromée jaillissait vers les cieux d’Yshaloth, le capitaine Punch et son groupe regagnaient la salle de chargement de leur propre vaisseau, dans un état de saleté que l’on ne connaît guère qu’aux charbonniers et aux ramoneurs. Aussitôt, Punch se rua sur un cornet acoustique qui conduisait à la passerelle.
« Diana, hurla-t-il, décollage immédiat, et rattrape ce malotru !
- Reçu, répondit-elle avec résignation. Est-ce que j’engage le combat ?
- Négatif. C’est pas l’envie qui m’en manque, mais non. »
Les lourdes machineries actionnant les répulseurs gravistatiques se mirent en branle, résonnant sur toute la surface de la coque de leur brinqueballante mélopée. Arrivé sur la passerelle, Punch constata qu’ils avaient déjà quitté l’atmosphère douillette d’Yshaloth pour se jeter dans les sombres étendues spatiales, toujours accrochés au sillage du Foudroyant Lumineux. Sans prendre la peine de se débarbouiller, il reprit son siège et les commandes de son astronef.
« Six-cinquante, il doit y avoir un mobile de grande taille quelque part sur la trajectoire de ce péquenau qui nous précède, essaie de le trouver.
- Compris, chef ! Répondit l’intéressé en s’affairant à ses instruments de détection.
- On cherche quoi au juste ? Demanda Diana d’un air de s’en foutre vaguement (elle avait repris son point mousse là où elle l’avait laissé).
- Je viens d’apprendre qu’un grand péril menace Yshaloth.
- Qui ?
- Yshaloth, la planète que nous venons de quitter. Elle a été bombardée voici cinq semaines par un météore, ou pour être plus précis, par l’épave de quelque astronef en perdition, qui a causé de grands dommages. Il semble que d’autres collisions, moins graves cependant, aient eu lieu dans les mois qui ont précédé, ce qui n’avait pas alerté les autorités outre mesure. Et à peine la Reine m’avait-elle confié la difficile mission d’enquêter sur cette mystérieuse affaire qu’un bellâtre s’est présenté pour offrir ses services, et accessoirement nous avertir qu’un nouveau météore, bien plus gros, se dirigeait vers la planète en ce moment même.
- Voici qui est passionnant.
- Nous voici donc devant un double défi, à savoir sauver les Yshaliens du péril mortel qui les menace, et si possible le faire avant ce nigaud de Flash Thunder.
- Excuse-moi, j’étais distraite, j’ai dû rater le morceau où tu expliquais en quoi tout ça était notre affaire.
- Ne sommes-nous pas appelés à faire régner l’ordre, la justice et la concorde dans la galaxie ?
- Pas que je sache. Aux dernières nouvelles, on était en mission d’exploration. Avec la consigne expresse de ne pas intervenir dans les affaires des locaux. Mais je crois bien être la dernière à m’en soucier à bord de cet astronef.
- Et puis, l’honneur de l’Astrocorps est en jeu ! Te rends-tu compte du prestige qui rejaillirait sur notre civilisâtion si j’étais désigné comme unique véritable Héros d’Yshaloth ?
- C’est quoi cette histoire ?
- D’après ce que j’ai compris, c’est un titre honorifique, une sorte de champion que la planète se choisit. Le titre est en jeu entre ce niais et moi, et c’est notre capacité à sauver la planète qui désignera le gagnant.
- Et je suppose que ça gagne des sous, un Héros d’Yshaloth.
- C’est bien possible, nous n’avons pas abordé la question. Mais en tout cas ça ne nuira pas au commerce.
- Pfff... »
Pestant sans grande conviction contre la vénalité de son capitaine, Diana préféra s’occuper de la mission.
« Alors, six-cinquante, ces relevés ?
- Oh ça va, y’a pas l’feu. Je l’ai trouvé votre machin je crois, à une demi-gigabrasse. C’est vrai que c’est plutôt grand. Si ça s’écrase, ça va faire un joli trou. Je vérifie qu’il est sur une trajectoire de collision.
- Jeckle, tu l’as sur ton scope ? Demanda le capitaine.
- Comme le nez au milieu de la figure. Mais ça ne peut pas être une épave d’astronef, ça fait dans les dix kilobrasses de long !
- L’espace est vaste et peuplé de moult merveilles. J’ai l’impression que le vaisseau de cet arrogant imbécile ne va pas très vite. Et si on lui prouvait la supériorité de la technologie terrienne ? Jeckle, semons la guimbarde criarde de ce pédant uraniste, fais un joyeux petit bond à facteur... ben, disons, facteur –0,4.
- C’est toi le capitaine. »
Ils semèrent sans trop de problème le Foudroyant Lumineux, au cri de « Tiens connard, bouffe mon sillage neutronique ».

Quelques secondes plus tard, le Disko était à pied d’œuvre. Le bolide qui menaçait Yshaloth était en vue. Il est vrai qu’il aurait fallu souffrir d’une forme de cécité particulièrement sévère pour ne pas le voir, il était énorme. Tous ceux qui le virent ce jour là sur la passerelle peinèrent à se figurer quelle puissante industrie avait pu concevoir un tel titan, ni à quel étrange emploi il était destiné. Il s’agissait d’un appareil oblong aux formes douces, un élégant croiseur ou un paquebot luxueux, construit sans nul doute pour sillonner sans fatigue les routes les plus tumultueuses de l’espace. Mais par ses dimensions, il dépassait la taille de nombre d’îles souveraines de la Mer des Cyclopes, de maint baronnies terriennes. Bien que son orgueilleuse majesté fut encore clairement proclamée par ses lignes racées, son âge était partout visible, les tôles s’étaient peu à peu corrodées sous les assauts d’atomes d’oxygène vagabonds et de rayons cosmiques, par endroit des pans entiers de coque béaient, dévoilant le treillage métallique sous-jacent, et les superstructures n’étaient que vestiges décharnés. Punch connaissait maintenant suffisamment l’espace et les conditions qui y prévalent pour savoir qu’une telle ruine ne pouvait être le fait d’une collision, d’un combat ou d’une quelconque calamité cosmique qui aurait causé un soudain naufrage. Non, il s’agissait des ravages causés par une longue exposition à la glaciale solitude du vide infini de l’univers. Une très longue exposition. Des siècles n’y auraient sans doute pas suffi, cette épave avait sans doute traversé des éons insondables depuis son abandon. Le sentiment de désespoir qu’inspirait cet ancien fleuron d’une flotte à jamais oubliée était renforcé par sa trajectoire chaotique, car l’astronef mort tournait sur trois axes, avec la lenteur majestueuse propre aux objets de taille kilométrique. Et le capitaine vieillissant du Disko de s’alanguir un instant devant cette vision mélancolique, songeant peut-être que le destin de toute chose, si grande soit-elle, est de disparaître du monde et de la mémoire des hommes.
« Activez la console de tir, chargez une torpille cantique. Il est temps de faire sauter cette merde.
- Capitaine, intervint Pleinechope Troisbras, je ne pense pas que les torpilles suffisent contre une cible de cette taille.
- Bah, voyons déjà ce que ça donne, après on avisera.
- On ne risque pas de gâcher nos munitions ?
- C’est à dire qu’on arrive doucement à la fin de l’année, et si on n’use pas notre quota de torpilles avant la clôture de l’exercice, on risque d’avoir une diminution de budget l’an prochain sur ce poste. Tu sais comment sont les comptables... »
Avec l’efficacité que donne l’habitude, l’ingénieur nain Troisbras mit rapidement en branle la machinerie mortelle, et expulsa par l’un des tubes avant une puissante torpille cantique.

Chaque année, le Roi-Dieu de Drakonie se faisait payer l’impôt qui lui est dû par les diverses congrégations religieuses implantées sur ses terres. Pour la plupart des cultes, le tribut lui était payé en or et argent, en denrées alimentaires, en travaux de toutes natures ou, pour les ordres armés, en service militaire. Toutefois, certaines religions s’étaient vues confier des tâches plus singulières. Ainsi, depuis des années, les temples de Miaris s’acquittaient de leur contribution en fournissant au Seigneur Pourpre des cargaisons entières de Ciboires Consacrés. Pour ce faire, ils recevaient régulièrement de pleines charrettes de vasques d’albâtre, lourdes et épaisses, toutes creusées sur le même modèle par des artisans bien payés et bien organisés. On convoquait alors les prêtres pour qu’ils leur apposent les bénédictions idoines, qu’ils fassent les prières d’usage et qu’ils oignent les réceptacles des saintes huiles, puis on renvoyait le tout sous bonne escorte au Drakensberg. Ce que le Seigneur de Drakonie pouvait bien faire avec toutes ces vasques, ça, tout le monde l’ignorait, et de façon générale, l’église Miarite était trop satisfaite du marché pour lui poser la question de façon insistante.
Le culte secret de Nyshra, la malévolente déesse de la vengeance, n’avait pas été pour rien dans l’ascension du Roi-Dieu, et c’est ainsi que, fait plutôt rare dans son histoire, il s’était vu doter d’un statut officiel dans le partage des pouvoirs. Moyennant quoi, ses prêtres violents et fanatiques se devaient, eux aussi, d’accomplir leur devoir civique, sous la forme d’Orbes du Chaos, de petits artefacts que traditionnellement, les zélotes de cette religion enfouissaient en tapinois sous les demeures de leurs ennemis pour y attirer la déchéance, la corruption et les passions destructrices. Dans la pratique, il s’agissait de sphères d’orichalque noir grosses comme un poing, fournies par le Trésor Royal, qu’il suffisait alors de maudire selon les rites prescrits. Bien sûr, les sectateurs de Nyshra se demandaient ce que l’Etat pouvait bien faire de tout ce matériel magique. Mais de toute évidence, le seul usage qu’on pouvait faire des Orbes du Chaos, c’était semer le chaos, ce à quoi Nyshra et ses fidèles ne voyaient a priori aucune objection.
Tout étudiant un peu versé dans la magie sacrée se doute de ce qui se produit lorsqu’on approche un Ciboire Consacré d’une Orbe du Chaos, à savoir, rien de bon pour l’observateur. Concrètement, dès que ces objets se retrouvent à moins d’un pas l’un de l’autre, leurs magies sacrées se combattent et déchargent en quelques minutes sous forme d’éclairs dévastateurs, tandis que la température s’élève à plusieurs centaines de degrés. Ça, c’est bien sûr dans le cas où on rapproche lentement les deux objets.
Mais seul un esprit pervers pouvait s’être demandé ce qui se passerait dans le cas où on les mettrait en contact en une fraction de seconde, par exemple, en propulsant une Orbe strictement calibrée dans un Ciboire à ses exactes dimensions, à l’aide d’une petite charge explosive.
Tags: sauvageons
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