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Les belles histoires de Papy Asp : Anglais à puces

Jadis, au moyen-âge, l'Angleterre était un pays arriéré, y compris par rapport au reste de l'Europe. L'Angleterre était féodale. La terre était presque entièrement détenue par des seigneurs, nobles ou ecclésiastiques, qui utilisaient les services de serfs pour la cultiver. Il y avait aussi des fermiers et des métayers, qui payaient au seigneur un droit pour cultiver la terre. Bien sûr, tous ces gens vivaient dans des conditions misérables, et seul le seigneur bénéficiait réellement des fruits de la terre. Les villes étaient rares et de petite taille, le commerce était réduit à sa plus simple expression, les finances royales étaient constamment à sec, le royaume entier, en fait, stagnait dans la médiocrité économique, mais il était stable. Bref, tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes, pour peu que vous fussiez né seigneur.

Cela aurait pu durer encore longtemps, mais il advint qu'un jour de 1348, dans un port, un bateau apporta quelque chose de merveilleux. Des rats. Evidemment, à l'époque, tous les bateaux avaient des rats à bord. Mais ceux-ci étaient différents : ils portaient des puces. Comme tous les rats du reste. Mais ces puces étaient spéciales : elles étaient porteuses du germe de la peste.

Cinquante ans plus tard, 70% de la population britannique avait mystérieusement disparu. Les 30% restant étaient bien incapables de cultiver toutes ces terres. Que croyez-vous qu'il se produisit ? Certains seigneurs, plus malins que d'autres, considérèrent qu'il serait de bonne politique de traiter un peu mieux leurs serfs. Tellement mieux qu'ils se mirent à les payer, à renégocier le contrat de travail, comme on dirait de nos jours. D'autres seigneurs, attachés à l'ordre ancien, refusèrent de suivre le changement, mais ils virent bientôt leurs serfs fuir leurs terres pour aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte. Ils n'avaient pas le droit, bien sûr, mais comment les rechercher efficacement dans toute la campagne, à une époque où il n'existait ni état-civil, ni même de nom de famille ? Nombre d'aristocrates firent faillite à cette époque, vendant parfois leurs terres aux vilains enrichis.

Ainsi, la pénurie de main d'oeuvre engendra un redéploiement des revenus : les riches devinrent un peu moins riches, et les pauvres un peu moins pauvres. Surtout, le peuple Anglais sortit du servage, pour devenir un peuple d'hommes libres. Les villes se peuplèrent, l'artisanat se développa, et avec lui le commerce, la banque. Au final, les aristocrates y gagnèrent même, car ils profitèrent de la prospérité générale. Un siècle après l'épidémie, arriva l'époque élisabéthaine. C'est ainsi que se fonda le socle d'un empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais. Un empire dont les valeurs exaltant la réussite individuelle, la compétition et l'esprit d'entreprise ont conquis le monde.

Moralité : quand on prend l'argent des riches pour le donner aux pauvres, on peut accomplir de grandes choses. Quand on fait l'inverse, on n'obtient qu'une nation de larves.


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Tags: belles histoires
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