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Rions un peu avec Clémenceau, Hitler et un compilateur cobol

Qu'est-ce qu'une question logique ? Par exemple, la question suivante est-elle logique :

Question A : "Quel auteur latin du 18e siècle a écrit l'autobiographie de Clémenceau par Rembrandt ?"

Eh bien, oui, cette question est logique. Et ce pour une raison simple : elle a au moins une réponse qui soit à la fois pertinente et juste. En l'occurrence, il est assez simple de démontrer que la seule réponse pertinente et juste est "aucun".

Analysons plus finement cette question. Il s'agit d'une question à "qui". La réponse que l'on attend est un sous-ensemble de l'ensemble des êtres humains (vivants, décédés, à venir ou fictionnels). Il aurait été possible de répondre "Jean-Pierre Papin", celà aurait constitué une réponse pertinente - fausse, mais pertinente. La réponse à la fois vraie et logique ("aucun") est bel et bien un sous-ensemble des êtres humains, sous-ensemble qui se trouve être vide (ou de cardinalité nulle, si vous voulez en jeter en société). En revanche, les réponses "soixante huit" ou "dans ton cul" ne sont pas pertinentes, elles ne peuvent donc être ni vraies, ni fausses.

Si l'on augmente le degré de granularité de notre analyse, on constate que cette question consiste à délimiter le groupe humain appartenant à la fois à quatre sous-ensembles :
- Le sous-ensemble des auteurs (c'est à dire des écrivains ayant laissé une oeuvre littéraire, de quelque importance qu'elle fut)
- Le sous-ensemble des individus socialement actifs au 18e siècle
- Le sous-ensemble des personnes s'exprimant en latin
- Le sous-ensemble des gens qui ont écrit l'autobiographie de Clémenceau par Rembrandt
Notez que toute personne ayant écrit l'autobiographie de Clémenceau par Rembrandt est nécessairement un auteur, la première clause est donc redondante, et peut être retirée de la question sans dommage. Il y avait sans doute encore des auteurs latins au 18e siècle. En revanche, l'autobiographie de Clémenceau n'a pu être écrite que par Clémenceau, et pas par Rembrandt, qui du reste, étant mort bien avant la naissance du vainqueur de la première guerre mondiale, n'a pu en aucune manière faire son apologie (d'autant qu'il était peintre, et non écrivain). Comme l'un des sous-ensembles est vide, leur intersection est elle aussi un ensemble vide, c'est ainsi que se démontre la réponse "aucun".

En revanche, une question telle que B : "De combien de mégawatts la couleur bleue est-elle plus poilue que sous la mer ?" est parfaitement absurde, en effet, aucune réponse ne peut lui être apportée qui soit à la fois pertinente et vraie. On peut répondre "dix-huit", ce qui est pertinent, mais de là à dire que c'est vrai, c'est une autre paire de manches. Même l'ensemble vide - zéro mégawatts - ne permet pas de conclure à une quelconque supériorité de la pilosité azuréenne au milieu pélagique.

De même la question C : "Qui est né le 20 avril 1889 ?" est parfaitement pertinente. C'est aussi une question à "qui" et la réponse habituelle (Adolf Hitler) est cohérente avec la question. Fausse, certes, mais cohérente. Si elle est fausse, ce n'est pas que le dictateur nazi soit né un autre jour, c'est juste que ce jour là, d'autres personnes sont nées. Une réponse juste consisterait à faire la liste de toutes les personnes nées le 20 avril 1889 - ce qui dans la pratique s'avère impossible. Une autre réponse exacte aurait été, plus simplement, "des tas de gens".

Notez que tout le monde ne fréquente pas le kop Boulogne, ce qui fait que beaucoup de gens répondent à la question C "Je ne sais pas". Et ils ont tort, car cette réponse n'est pas fausse, ni vraie, elle est absurde. "Je ne sais pas" ne peut en aucun cas être considéré comme un sous-ensemble de l'humanité. En revanche, c'est une réponse tout à fait valide à apporter à la question D : "Vous savez qui est né le 20 avril 1889 ?". La question D n'est pas une question à "qui". On ne vous demande pas de désigner un sous-ensemble de l'humanité, on vous demande juste une réponse par oui ou par non (ou bien, ce qui revient au même, par "je sais" ou "je ne sais pas"). Ainsi, considérez le dialogue suivant entre un béotien posant des question et un logicien répondant au mieux :

" Eh, Bob, tu peux me dire comment on fait pour compiler un cobol batch ?
- Oui, Gus. (Bob dispose en effet de la totale maîtrise de ses fonctions phonatoires, ce qui le rend apte à énoncer le mode opératoire en question)
- Euh... Comment on fait ?
- ... (Bob ignore comment on fait pour compiler un cobol batch [vous n'avez aucun besoin de savoir ce que c'est pour la bonne intelligence de la démonstration], et il ne peut pas répondre "je l'ignore" car cette réponse est non-consistante avec la question)
- Oh, Bob, tu m'écoutes ?
- Oui. (Bob est toute ouïe)
- Eh bien, réponds à ma question !
- Ceci n'est pas une question. (Bob a parfaitement raison de le souligner)
- Comment compile-t-on un cobol batch ???
- ...
- Bob, tu peux approcher ?
- Oui. (Bob dispose en effet de la totale maîtrise de ses fonctions ambulatoires)
- Approche, Bob.
(Bob approche, se prend un uppercut dans le foie et s'écroule, ayant momentanément perdu la maîtrise de ses fonctions ambulatoires)
- Trou du cul !"

Ainsi, vous constatez dans cet exemple que l'application rigoureuse de la logique au discours parlé est d'un précieux concours lorsque l'on s'est donné la louable tâche d'exaspérer ses contemporains.
Tags: science
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