aspexplorer (aspexplorer) wrote,
aspexplorer
aspexplorer

Les 440

Vous connaissez les 300 ? Mais si, ces légendaires spartiates qui en 480, sous le commandement du roi Leonidas, résistèrent héroïquement à des armées perses incroyablement supérieures en nombre, pour permettre aux grecs coalisés d'organiser leur défense. Par leur courage, ces merveilleux soldats continuent de par le monde à émerveiller tous les jeunes gens qui se destinent au métier des armes.

Mais si les 300 des Thermopyles sont devenus légendaires, on a bien moins gardé le souvenir des 440 de Sphactérie.

Rappel des faits : 55 ans après l'exploit des hommes de Leonidas, en 425, la guerre du Péloponnèse fait rage depuis cinq ans. Athènes et Sparte sont en conflit, et derrière chacune d'entre elles, la moitié de la Grèce. La flotte Athénienne fit un jour halte à Pylos, en territoire spartiate, et comme il faisait mauvais et qu'il fallait bien occuper les hommes, ils décidèrent de fortifier l'endroit. Pylos est une baie abritée formant une excellente base d'opération pour les Athéniens, dont l'accès est commandé par une île appelée Sphactérie. Les Spartiates, apprenant cela, envoyèrent à la fois une armée et une flotte histoire de reprendre la place. Le dispositif se composait donc de 60 trières bloquant la baie (afin d'empêcher un ravitaillement des Athéniens par la mer), d'une quantité inconnue de soldats encerclant les fortifications proprement dites, et de 440 hoplites débarqués sur Sphactérie pour empêcher que des Athéniens taquins ne s'approchent trop des trières par la terre.

Or, les Athéniens tinrent bon derrière leurs fortifications (les Spartiates avaient la réputation d'être incapables de prendre d'assaut une place forte). Et la flotte Athénienne revint, avec une cinquantaine de navires. La bataille navale s'engage dans la baie, et malgré l'infériorité numérique, la qualité supérieure des marins de l'Attique a tôt fait d'envoyer la flotte Lacédémonienne se faire voir chez les grecs. Les troupes terrestres se replient alors. Sauf bien sûr les hoplites de Sphactérie, qui était, si vous avez suivi, une île ! Eux qui venaient pour mener un siège, voilà qu'ils en subissaient un.

Bien que les Athéniens soient plus nombreux, ils éprouvaient une certaine réticence à débarquer leurs propres hoplites pour faire une belle bataille comme les Grecs aimaient tant en faire, avec de jolies formations rectangulaires, des chocs de boucliers et des hurlements virils. La réputation de la phalange Spartiate était alors des plus flatteuses, et personne ne souhaitait affronter à la loyale cette machine de mort. Mais après diverses tergiversations et deux mois de siège, les courageux Athéniens se décident finalement à débarquer en quasi-infériorité numérique, à seulement 1000 hoplites contre 440. Ils bousculent les défenses de l'île, puis marchent vers les Lacédémoniens. Mais les hoplites Athéniens ne sont pas venus seuls ! Ils ont amené avec eux des combattants légers, peltastes et archers, bien plus mobiles que les lourds hoplites en cuirasse, qui harcèlent la phalange Péloponnésienne sur ses flancs. Les pertes s'accumulent, les Spartiates reculent, se replient sur un poste fortifié, puis, épuisés, décimés, voilà qu'à la stupéfaction de leurs ennemis, ils font ce que personne n'attendait d'eux : ils capitulent !

Ils ne sont plus que 292 vivants, parmi lesquels 120 "homoioi", les citoyens Spartiates. Capturés, ils sont ramenés à Athènes. Ces prisonniers sont incroyablement précieux ! Sparte ne comptait que très peu de citoyens de première classe, la perte de 120 d'entre eux était une catastrophe que semble-t-il, la cité ne pouvait se permettre d'assumer. La mainmise de Sparte sur le Péloponnèse et son prestige auprès de ses alliés reposait en effet sur la réputation de son irréductible phalange. Cela peut sembler étonnant si l'on considère que la guerre du Péloponnèse a occis des Grecs par dizaines de milliers, mais sans doute cela faisait-il sens pour les gens de ce temps. Terrifiés, les Spartiates négocieront des années durant pour que leurs hommes leur soient rendus, et y perdront tout à la fois leur confiance en eux et le respect qu'ils inspiraient à leurs voisins.

Un des vainqueurs, raillant un prisonnier, s'écria : "Vous êtes des lâches, alors que vos camarades tombés à Pylos étaient de vrais braves". Ce à quoi le Spartiate répond : "Les flèches des Athéniens sont remarquables, puisqu'elles peuvent distinguer les courageux des couards." Lorsque finalement, les prisonniers purent rentrer chez eux, ils on s'avisa qu'ils auraient dû être bannis de la cité selon les lois en vigueur. Mais comme Sparte ne pouvait se passer de ces hommes à ce moment là, il fut décidé "qu'en ce jour, il fallait laisser dormir les lois". Des formules que l'on pourra qualifier de laconiques, mais qui ne font que masquer le peu de vertu morale auquel était alors réduit ce peuple.

Alors, les Spartiates étaient-ils vraiment des guerriers implacables, incidemment poussés au deshonneur par des circonstances extraordinaires ? Ou bien était-ce un peuple comme un autre, qui vivait sur sa réputation confortée par une et sur une série de victoires devant plus au hasard qu'à autre chose ? Est-ce qu'ils étaient vraiment supérieurs aux autres Grecs, ou bien est-ce qu'ils se la racontaient ?

En tout cas, les Spartiates finirent par vaincre Athènes au bout de 27 ans de conflit, sans remporter de grande bataille d'hoplite contre Athènes, mais en coulant sa flotte grâce à une flotte supérieure en nombre, payée par les Perses.

Qu'en aurait dit Leonidas ?

Tags: belles histoires
Subscribe
  • Post a new comment

    Error

    default userpic

    Your IP address will be recorded 

    When you submit the form an invisible reCAPTCHA check will be performed.
    You must follow the Privacy Policy and Google Terms of use.
  • 17 comments